20/01/2016

Momulk et la passion d'Ëtilred

12400913_894029557359725_4303284219794173768_n.jpgDans le dernier épisode de cette inquiétante série, nous avons laissé Momulk et, surtout, l'Elfe Jaune alors qu'ils entendaient raconter comment la vigilance des gardiennes de Fomal avait été prise en défaut, notamment à travers Ëtilred, qui, jadis amoureuse, croyait revoir son aimé sous une forme légère et lumineuse, et se laissait envoûter par cette vision. Un jour, elle crut même l'avoir vu, en rêve, la supplier de venir le délivrer de la prison de Mardon, dans les profondeurs du Môle, qui jadis avait été une forteresse du Grand Maufaé.

Le spectre d'Ostolcün semblait gémir, dans la mémoire d'Ëtilred, et elle se disait qu'il n'était pas mort, mais avait été entraîné par Mardon dans sa chute, quand un abîme s'était ouvert sous lui, et que plus d'un vaillant, attaché à lui ou à ses guerriers infernaux, était tombé à sa suite sans l'avoir voulu, victime de son courage. Ostolcün avait justement disparu du monde à cette époque. Et voici! on l'avait cru mort, détruit par le feu de Mardon, dissous dans les ténèbres pleines de feu noir; mais maintenant son aimée en voyait le spectre, et il semblait souffrir, comme si l'Ennemi se vengeait sur lui de sa défaite.

À vrai dire, les deux aimés n'avaient été que fiancés: si un mariage les avait unis, Amariel n'eût pas accepté qu'Etilrëd restât en son royaume, où les hommes n'étaient point admis, sinon à la façon d'invités. Mais depuis la disparition d'Ostolcün, loin d'Ëtilred le désir de trouver un autre mari, de toute manière!

D'ailleurs les Aslanïm, ou Gardiennes spéciales, devaient rester vierges. Ce n'est qu'après la mort supposée d'Ostolcün, et qu'on eut constaté que le mariage entre eux n'avait pas eu lieu, qu'Ëtilred fut nommée parmi elles. Et c'est un sujet de discussion âpre, parmi les Immortels, que de savoir pourquoi la clarté céleste, sous la forme d'une flamme légère, s'était posée sur son front, alors qu'elle avait le cœur si fragile, alors qu'elle n'était encore à plusieurs égards qu'une enfant, et que la maturité ne l'avait pas pleinement formée. Car elle aimait toujours son aimé, quoiqu'elle le pensât mort, et cela provoquait en elle de la souffrance.

Les dieux peuvent-ils se tromper? Mardon a-t-il parmi eux des alliés, qui les portent à commettre des erreurs? Est-ce lui-même qui, trompant les fées, avait suscité cette flamme légère posée sur le front d'Ëtilred? Ou bien les dieux dits de l'Ouest ont-ils des desseins plus hauts, qui demeurent cachés, et qui portent les hommes de la Terre, mortels ou immortels, à croire qu'ils se trompent, alors qu'ils poursuivent des buts Supergod-1.jpgmystérieux, que l'entendement faible des hommes, mortels ou immortels, ne peut saisir? L'ignorance, à cet égard comme à tous, est une source de souffrance.

Toujours est-il que l'ombre illusoire d'Ostolcün porta vers l'erreur la malheureuse Etilrëd. Car une voix, qu'elle crut être celle de son aimé, lui intima l'ordre de libérer Fomal - seul à même, disait-elle, de le secourir, de trouver la porte de sa prison maudite, et de l'ouvrir. À sa suite pouvait-elle pénétrer dans l'abîme de Mardon, sous le Môle, qui avait été sa forteresse, dans les temps anciens. Car Fomal était un lieutenant de Mardon, et, aussitôt libéré, il accourrait vers son maître et se ferait un passage jusqu'aux geôles qu'il tenait sous la Terre. Ëtilred pouvait trouver la porte d'entrée du royaume maudit et atteindre celle d'Ostolcün, et même échanger à Fomal sa liberté contre la promesse de l'aider à délivrer Ostolcün.

Il faut savoir que Fomal, dans les temps anciens, fut le gouverneur de la forteresse du Môle. Il maniait l'épée de Mardon, en ces lieux, et portait la couronne qu'il lui avait donnée, la gemme qu'il y avait incrustée, et qui lui donnait de fabuleux pouvoirs. C'est pour cette raison qu'il était gardé captif dans le royaume de Vouan: car il fait face à la forteresse du Môle.

Les légendes le disent: un taureau géant, jadis, hantait le Môle. Une haleine enflammée sortait de sa bouche, et il était noir comme du charbon et ses yeux étaient rouges comme la braise. Il tuait et dévorait tous ceux qui montaient sur la montagne, et il exigeait, pour épargner les gens de la vallée, qu'ils lui 7431c87c3dc84d2c901559a1ef614400 (2).jpgsacrifiassent tous les ans des jeunes filles – que, dit-on, il mangeait, ou forçait à commettre avec lui des actes sexuels, afin d'engendrer en elles des rejetons à sa semblance. Mais fréquemment elles en mouraient.

Trois êtres hybrides étaient sortis de ces unions illicites et abominables. Un avait été détruit par Dal, l'immortel héros du lac d'Annecy, le possesseur au temps jadis de la lance de Captain Savoy et de son anneau. Un avait été précipité dans l'abîme où trônait Mardon enchaîné, et il lui servait désormais d'échanson. Et le troisième avait fui, pris de terreur quand Dal se mit à le poursuivre. On ne sait avec exactitude où il se rendit, mais on dit qu'il hanta un pays lointain, et en tourmenta les habitants, avant d'être tué par un héros de ces lieux dont le nom n'est point venu jusqu'à nous.

Un jour néanmoins Fomal fut attrapé et enchaîné et livré à Amariel pour qu'elle le surveille. Diënïn, dit-on, fut l'auteur de cet étonnant exploit, secondé par son demi-frère Ëtön; ils étaient venus, pour cela, spécialement des bords de la Seine; et c'est depuis ce temps, dit-on, qu'entre la Savoie et la France, une amitié profonde existe, encore sensible dans les liens qui unissent Captain Savoy à l'Homme-Comète, Gardien de feu, génie de Paris. Inversement, Dal, dit-on, vint à Paris pourfendre les Gobelins de la Bièvre, qui infestaient les terres à l'entour, à la demande de dame Segwän, mère de Solcum et nymphe de la Seine.

À cause de ces explications, cependant, cet article commence à être long et il faudra attendre la fois prochaine pour savoir ce que fit Ëtilred après avoir entendu la voix mystérieuse lui mentir sans qu'elle s'aperçût de ces mensonges.

07:29 Publié dans Momölg | Lien permanent | Commentaires (0)

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