30/08/2015

Bref repos pour Saint Louis

shadowfax__lord_of_the_horses_by_roxnsox-d2yzxf4.jpgDans le dernier épisode de cette légendaire série, nous avons évoqué le terrible combat du roi saint Louis et de ses sept compagnons - six mortels, un immortel - contre les trois atroces monstres qui les menaçaient, issus de la Lémurie. Les huit hommes étaient parvenus à tuer leurs ennemis, mais certains étaient blessés.

Après avoir aidé Solcum reconnaissant à se relever, saint Louis courut auprès d'Alphonse de Poitiers et Robert d'Artois. Les autres chevaliers le suivaient ou le rejoignirent sans tarder. Solcum vint aussi et ausculta la plaie d'Alphonse; mais il put constater qu'elle était sans gravité, et il l'oignit d'un baume qu'il portait à la ceinture en murmurant d'étranges paroles. Louis fit une bénédiction et tous prièrent Dieu de bien vouloir le rétablir au plus vite. Mais Solcum assura que la plaie se refermerait sans dommage.

La jambe de Robert était bien brisée. Il voulait poursuivre la quête avec son roi, mais celui-ci le lui interdit. Solcum lui fit une attelle solide, oignit aussi sa jambe de son baume, et on l'aida à monter sur son cheval pour qu'il retourne au palais d'Etön et s'y repose juqu'à sa guérison. Afin qu'on fût sûr qu'il s'y rendrait bien, on chargea Imbert de Beaujeu de l'accompagner et de ramener deux chevaux pour remplacer ceux d'Alphonse et de Charles, qui avaient été tués. Quant à celui de Robert, il resterait à l'écurie du Roi, en attendant que son maître, qu'il chérissait, fût rétabli. Qu'on ne s'inquiétât point, dit Solcum: Etön prêterait des chevaux, parmi les meilleurs qu'il possède, semblables à celui qu'il montait d3446401c85519cabeaaca1dbb943a3a.jpglui-même - fils de la bise et d'une jument qui encore passait l'herbe dans les prés royaux: Etön l'avait reçue en don d'un dieu, lorsqu'il s'était rendu dans son palais, au sein de la Lune: il l'avait reçue du grand Ordolün! Et le vent qui l'avait fécondée était un puissant esprit, fils de celui que les anciens Latins nommaient Eólus, mais que Solcum connaissait sous le nom de Timaldír.

Les mortels demeurèrent silencieux, après avoir entendu ces paroles de l'étrange immortel; puis, regardant son cheval, ils remarquèrent à quel point il était beau: sur sa robe blanche couraient de fins éclairs, et ils avaient déjà vu que lorsqu'il s'élançait sur la plaine, des étincelles jaillissaient de ses pieds. Et, telle une flamme, sa crinière ondoyait, éblouissante. Il était bien d'une race divine; il était bien de ceux qu'eût pu monter un ange. S'il avait parcouru les ondes de l'air, ils n'eussent pas été surpris.

Robert et Imbert s'en furent, et les héros, à quelque distance du bûcher érigé pour brûler les cadavres, s'installèrent sur une butte couverte de gazon, et attendirent le matin.

Louis demanda à Solcum plusieurs choses, et ils conversèrent assez tard dans la nuit; Solcum ne semblait aucunement marqué par la fatigue. Il révéla à Louis que les gens de son peuple dormaient peu, et s'ils dormaient c'était différemment des mortels: car leur âme s'échappait de leur corps, à eux aussi, et voyageait à travers les espaces, mais ils demeuraient conscients, tandis que les mortels traversaient les cieux sans sembler voir ce qui était devant eux, comme si leurs yeux étaient vides, ou fermés. Cela avait peut-être un rapport avec un fait étrange: les âmes des mortels gardaient avec leurs corps un lien plus ténu que les âmes du peuple d'Etön. En effet un tel lien existait, semblable à un fil star-dreamers-linda-sannuti.jpgd'or; mais chez les mortels, il s'étirait davantage, et les mortels semblaient curieusement pouvoir aller plus haut, durant leur sommeil; à tel point que Solcum et les siens devenaient incapables de les suivre de leurs yeux, qu'ils entraient dans un mystère pour eux impénétrable. Sans doute avait-on par conséquent préféré les laisser dans l'inconscience: quelle âme eût pu supporter la vision de ces lieux?

De nouveau Louis s'étonna de ces mystérieuses paroles. Il se demanda, aussi, pourquoi Solcum lui faisait ces révélations. Il n'osa penser que ce fût des mensonges destinés à jeter en lui la confusion – et à l'envoûter. Mais que cachaient ces mots obscurs? Pourquoi lui parler de cela maintenant? Cela avait-il un rapport avec sa mission, ou Solcum était-il seulement dans le cas d'aimer bavarder, et de vouloir passer le temps? Il ne répondit rien.

Il sentit le sommeil l'envahir. Quoiqu'il fût troublé des curieuses choses qu'il entendait dire, il ne put s'empêcher de se sentir glisser dans des profondeurs sombres: il se vit comme entouré d'esprits qui le berçaient et le prenaient dans leurs bras, puis s'endormit.

Lorsque le matin vint, et que le soleil se leva, éclairant la plaine et les restes du bûcher et du combat, il s'éveilla, ouvrant les yeux, et aussitôt admira la beauté du pays. Car une étendue immense d'herbe, dans un vallon entre deux montagnes, se montrait à l'est, par où les chevaliers étaient venus la veille; et des fleurs s'y voyaient, et des rochers, et trois rivières descendant les pentes et se rassemblant en bas: une au nord, deux au sud. Une rosée couvrait l'herbe, luisante. Cependant, vers l'ouest, le spectacle était différent: une couleur plus sombre entachait l'étendue de terre, et l'herbe n'était plus si verte, si unie, si belle. Un défilé étroit s'enfonçait entre deux montagnes abruptes, et lorsqu'il eut apprit mountain_pass_by_digitalhadz-d3e76yv.jpgde Solcum qu'ils devaient s'y engager, il s'inquiéta grandement. L'air dans cette direction manquait de pureté; une vapeur lourde rendaient flous les contours, et ternissait les couleurs. Le défilé était sombre, obscur, comme une bouche vague et énorme, ou comme l'ouverture d'un four.

- De mauvais esprits habitent là-bas, dit Solcum; et l'Adversaire en est devenu l'allié; mais même lui les craint. Il leur laisse le champ libre, leur demandant seulement de veiller sur ce passage, et il a passé avec eux un pacte; il les a investis d'une charge qu'ils ont acceptée, en échange de l'indépendance de leur royaume et des âmes qu'ils pourront saisir lorsqu'elles s'efforceront de gagner son domaine. Il a même promis, dit-on, que s'il n'en passait pas, il s'arrangerait pour qu'il en passe - ou en enverrait, les poussant par ses mensonges, les livrant à l'occasion par la force. Mais, sache-le, il n'est point d'autre voie.

Or, ce sont des êtres puissants et malfaisants, qu'il nous faudra affronter - dès qu'Imbert de Beaujeu sera de retour. D'ailleurs, n'est-ce pas lui, que je vois, au fond de l'horizon?

Pour savoir ce qu'il en est, néanmoins, il faudra attendre, chers lecteurs, un nouvel épisode de ces aventures étranges du roi saint Louis au pays des fées. On en saura plus la prochaine fois, je crois bien, sur les êtres terrifiants qui habitent le défilé que nos héros doivent emprunter.

22/08/2015

Robert Heinlein et l'homme de Mars

robert-heinlein.jpgJ'ai lu récemment le roman le plus célèbre de Robert A. Heinlein (1907-1988): Stranger in a Strange Land. Il faut savoir que Heinlein était un des trois grands auteurs de science-fiction, avec Isaac Asimov et Arthur C. Clarke, qui dominaient les années 1960, la grande époque du genre. Et il faut aussi savoir que son livre, paru en 1961, a été un phénomène de société, qu'il a inspiré toute une génération, notamment celle qu'on nomme hippie. David Bowie a été profondément influencé par lui, et c'est en partie pour cela que je l'ai lu - du reste dans la version complète, parue en 1991. L'éditeur l'avait trouvée trop longue, et raccourcie; certains, à la sortie de la vraie version, ont dit qu'il avait eu raison...

Ce roman raconte, située dans un futur proche, une histoire plaisante. Un homme élevé sur Mars arrive sur Terre. Il dispose de pouvoirs formidables, et est en lien constant avec des êtres désincarnés, les Old 14191400681_3c33333a5c_b.jpgOnes, qui lui donnent de la vie une vision bien différente de celles qui dominent l'humanité. Il va fonder une église fondée non sur la foi mais sur la réalité des pouvoirs qu'a l'esprit sur la matière. On y communie charnellement, et tout le monde y est Dieu. Chaque acte sexuel est perçu comme un moyen de se rapprocher spirituellement et les limites qui lui sont imposées par la morale sont détruites.

Les adeptes apprennent le martien et donc à se lier à l'esprit des Anciens, à développer leurs pouvoirs et leurs facultés de communier avec les autres hommes. Finalement l'homme de Mars est attaqué par des fanatiques religieux et subit le martyre. Il le subit joyeusement, en offrant sa vie et en restant indifférent à son sort terrestre.

Comme le livre suit une trame qui doit aux mythes et à l'hagiographie, j'ai admiré la hardiesse de son auteur; car en Europe, les écrivains sont frileux, dès qu'il s'agit de motifs mythologiques, de pouvoirs fabuleux ou de contacts avec les êtres spirituels. En Amérique, à cet égard, une grande liberté règne, et l'art y gagne. Je dois avouer que parmi les artistes vivants connus, ceux que je préfère sont américains: David Lynch, Philip Glass, Stephen R. Donaldson.

Mais j'ai été surpris par la ferveur qui entoure toujours ce noble roman. Car ayant communiqué mes impressions de lecture, la séculaire polémique sur la question de savoir si Heinlein était militariste ou non s'est déclenchée une nouvelle fois. De fait, il a bien déclaré son affection pour les soldats du rang et les sous-officiers. Le film Starship Troopers, adapté d'un de ses romans, semblait montrer à quel point ils étaient stupides; mais cela venait de Paul Verhoeven, le cinéaste, qui a créé une ironie surprenante - d'autant plus inattendue qu'elle n'empêchait pas l'histoire de se dérouler selon les schémas impérialistes que Heinlein avouait partager aussi: il défendait l'idée d'un gouvernement mondial américain pour veiller à ce que la bombe atomique ne soit pas lancée à tort et à travers; il a œuvré pour que Ronald Reagan réussisse son programme de guerre des étoiles...

Or cela ne correspond pas tellement à la philosophie hippie. Mais le fait est que par ailleurs Heinlein était agnostique, trouvait les religions dérisoires, et croyait à l'émancipation sexuelle: dans le 875e50b384d1618b8a83d40e3c78a159.jpgfilm Starship Troopers, les soldats, hommes et femmes, prennent leurs douches dans le même espace...

Bref, il n'était pas tout d'une pièce. Mais en présentant ce que je pensais être à cet égard la vérité, j'ai été étonné de constater que Heinlein était encore une référence philosophique pour beaucoup de gens. Le sympathique écrivain de science-fiction suisse Georges Bormand, par exemple, m'a reproché de ne pas avoir bien compris sa philosophie, parce que je ne m'exprimais pas conformément à ses idées.

Or, si je dois entrer dans la chose, je dirai que je ne crois pas que l'émancipation sexuelle puisse développer la spiritualité; pour moi c'est un leurre. Car avant qu'effectivement un aspect spirituel apparaisse dans l'acte d'amour, il faut beaucoup travailler, et comme chaque personne est différente, le travail n'est efficace que si le nombre de personnes impliquées est restreint. Deux, c'est l'idéal - pratiqué par les oiseaux qui volent dans le ciel, et les âmes pures.

Heinlein présente les choses de manière théorique, comme si entre l'Homme et Dieu il n'y avait rien. Mais combien de degrés, au contraire! Un nombre infini sépare le bas du haut, et rien d'absolu n'existe. Les pouvoirs magiques sont forcément relatifs - la sagesse aussi, jusque chez les Anciens désincarnés. Dans le livre, l'homme de Mars se permet d'éradiquer les hommes dont il a vu qu'ils étaient mauvais. Mais ne sont-ils pas sur Terre pour se donner une chance de s'améliorer?

Faute de nuance dans l'appréhension du monde spirituel, Heinlein feint de croire que la Terre peut être un lieu divin. Par excès de spiritualisme il devient matérialiste.

C'est propre à exalter les lecteurs, et je trouve que cela possède un rapport avec l'atmosphère du Contrat social de Rousseau: on y a l'impression que transformer le monde et le faire devenir angélique est à portée de main. Rousseau et Heinlein s'en défendent; mais ils n'en montrent pas moins des exemples isolés où cela est arrivé: l'ancienne Sparte pour le Genevois, l'Église martienne pour l'Américain. Cela ne manque pas de poésie, mais je n'y crois pas. Le livre de Rousseau a provoqué, en suscitant des sentiments forts chez les Parisiens, une révolution; peut-être que Heinlein y parviendra aussi, ou que les grands mouvements des années 1960 en furent l'expression. Mais pour quels résultats?

Pour moi Heinlein était un écrivain hardi et inventif, mais je ne partage pas sa philosophie.

14/08/2015

Captain Savoy secouru par l'Homme-Cygne

frieza_by_abelvera-d7yqae1.jpgDans le dernier épisode de cette somptueuse série, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait de secourir ses disciples en butte à la foule ensorcelée et au Fils de la Pieuvre, ignoble monstre qui les terrifiait; et il avait ordonné aux quatre jeunes héros d'affronter les Annéciens, pendant que lui s'occuperait de l'infecte créature.

Les jeunes disciples avaient beau lutter, les repousser, les mettre à terre, les pensées du monstre continuant de se déverser sur la ville les Annéciens en masse arrivaient d'en bas, comme une énorme marée, voyant en Captain Savoy et en ses nobles élèves désormais des ennemis jurés - et dans le Fils de la Pieuvre un nouveau roi juste et bon; certains le disaient revenu des temps les plus purs, de l'antiquité la plus haute, et le roi légitime et immortel de la Savoie tout entière.

Les quatre jeunes héros fatiguaient de plus en plus, l'angoisse les étreignait, et Captain Savoy ne pouvait venir les aider, car il était affairé à tourner autour du monstre pour l'assaillir sans recevoir ses coups. Il allait plus vite que ne l'eût fait un faucon, et lui infligeait des coups à pulvériser une montagne, qui pourtant ne lui faisaient pas plus mal que s'ils fussent venus d'un enfant. Il espéra quelques instants qu'enfin viendrait l'Homme-Cygne, mais il cessa de l'espérer dès qu'il eut constaté que ses mouvements devenaient plus lents à chaque seconde, et qu'il était menacé toujours plus vivement par les gestes également rapides et puissants de l'infatigable créature, qui s'efforçait de l'attraper et de le frapper.

Et déjà il se voyait saisi et, cette fois, anéanti, quand soudain, dans le ciel, il vit son ami de Genève, et une joie entra dans son cœur; mais cela l'arrêta un bref moment, et le monstre put le frapper au dos. Néanmoins, il l'avait senti venir, et il accompagna le coup en sautant vers l'avant, et ainsi n'eut-il que peu de mal.

Dans la foulée s'élançant dans les airs, il accourut auprès de l'Homme-Cygne et lui dit que pour l'heure il fallait battre en retraite; et que pendant que lui empêcherait le monstre de faire du mal à ses disciples, s'il le pouvait, le héros de Genève, s'il le voulait bien, les aiderait à se dégager de la nuée 11329811_10203969717339833_4478868355525461059_n.jpgd'Annéciens fanatisés et envoûtés par ce Fils de la Pieuvre, dont les pouvoirs hypnotiques étaient à peine croyables. Et puis, dès qu'il les verrait un peu plus loin de la mêlée, tous les six courraient vers le bastion secret où les six disciples encore trop jeunes pour combattre se trouvaient avec leur précepteur et gardien, et que tous, eux douze, gagneraient sa base occulte sous le Roc de Chère, afin de reprendre du souffle et élaborer une stratégie.

L'Homme-Cygne acquiesça, comprenant aussitôt la situation, et ainsi en fut-il fait: Captain Savoy jeta un éclair depuis la pointe de sa lance sur les yeux du monstre, qui en fut aveuglé, et le fit suivre d'un flux de lumière solidifiée qui, sortant de son anneau, prit la forme d'un javelot d'émeraude et s'enfonça dans son épaule. Le Fils de la Pieuvre, surpris, s'arrêta un instant: pour la première fois il connaissait la douleur.

Pendant ce temps, de ses puissantes ailes, l'Homme-Cygne créa un souffle qui éloigna brièvement les quatre jeunes disciples de la foule enfiévrée, en paralysant celle-ci; puis donnant un coup de son aile droite, il en fit jaillir un éclair qui aveugla les Annéciens. Il se présenta alors aux disciples, et, sans dire un mot, en saisit deux des trois qui ne pouvaient point voler, pendant que Captain Savoy saisissait l'Amazone Céleste; quant à la Femme-Faucon, quoique moins rapidement que l'Homme-Cygne, un blue_jaye_1_by_walterreynolds.jpghéros accompli, elle s'élança à son tour dans les airs, s'efforçant de suivre cet être auquel elle avait reconnu immédiatement une familiarité avec elle, mais qui, plus mûr, était plus majestueux.

Et ainsi tous les six s'en furent-ils vers la Tour Perrière, où étaient reclus les six disciples restants: la Houri alpine, le Noton bleu, l'Esprit des glaces – appelée aussi la Femme de Cristal -, le Démon vermeil, le Maitre au Crucifix et la Fée de feu - appelée aussi la Femme-Comète. Car tels devaient être les surnoms de ces trois hommes et de ces trois femmes, qui alors n'étaient que des enfants. Et par eux les éléments devaient être commandés, et les règnes, et l'ensemble de la nature et de ce qu'ont bâti les hommes. Mais on s'en doute, d'occultes puissances noires y mirent continuellement obstacle.

Pénétrant brusquement dans l'enceinte sacrée où s'étaient réfugiés ces héros à venir, Captain Savoy cria à l'adresse de leurs trois précepteurs - et en particulier du chef d'entre eux, le sage Marc Tholoquier - qu'il fallait fuir, et lui apporter les six disciples, afin qu'il les emmenât dans sa base et les mît à l'abri. Aussitôt les trois hommes s'empressèrent, et l'horreur les envahit, lorsqu'ils vivent la foule enfiévrée se diriger vers eux, et le monstre, derrière, écumant de rage, l'épaule baignée d'un sang noir qui fumait, et dégageant une odeur infecte. Ils se crurent perdus, mais Captain Savoy leur dit: Quant à vous, ô amis, vous fuirez par le passage secret, dont vous condamnerez l'entrée après vous. Ne craignez point trop pour votre vie, car c'est à nous - aux êtres surhumains - qu'en veulent ces fous; mais cachez-vous, car lorsque 09dbd543f0478647e27210b4d204dead.jpgnous leur aurons échappé, leur vengeance se tournera vers ceux qui nous auront aidés. Dispersez-vous dans les montagnes, faites-vous recueillir par les paysans qui me seront restés fidèles – si nombreux seront-ils! -, et attendez que je vienne vous chercher. Il nous faudra vivre quelque temps dans l'oscurité, l'errance, car Annecy pour nous est perdue, et son château!

Et ayant dit ces mots, il créa, de son anneau, un mur vert à demi transparent qui se dressa entre eux quinze et la foule ensorcelée: le Fils de la Pieuvre ne mettrait pas trop de temps à abattre cette barrière, mais ce serait suffisant pour donner celui de créer un pont d'émeraude et d'y emmener les disciples jusqu'à la forteresse du Roc de Chère.

Et ainsi en fut-il fait. Tous y coururent, sauf l'Homme-Cygne et la Femme-Faucon, qui avaient le pouvoir de voler. Car pour la Femme-Comète, le Démon vermeil et le Noton bleu, ils ne l'avaient point encore reçu, et le Maître au Crucifix, de son côté, n'avait point encore appris à se mêler au vent, à devenir brume: tout au plus parvenait-il à devenir transparent et à peine visible, en ce temps-là.

Mais voici qu'il faudra attendre une prochaine fois pour savoir ce qui se passa ensuite, car cet épisode commence à être un peu long. Nous verrons alors comment fut assiégée la base de Captain Savoy, et comment tous vaillamment y résistèrent.

(Note: la seconde image ici présente est de l'excellent Régis Dabol.)