29/07/2015

De l'origine de l'Homme-Météore, Gardien de feu

0eab66f1a9bb8aa7e2fee82fa9cdd7a8.jpgDans le précédent épisode de cette nouvelle série, nous avons évoqué la nouvelle manifestation du Génie de la Liberté sous les traits de l'Homme-Météore, simple fonctionnaire territorial qui se métamorphosait en guerrier surhumain lorsqu'il s'agissait de s'en prendre au crime. Nous disions qu'il avait été choisi pour ses extrêmes et rares qualités de bonté, qui le portaient à accueillir sans distinction de personnes tous ceux qui venaient le voir.

Or, cela déteignit peu à peu sur les autres employés, qui voyaient que les administrés de l’arrondissement l’appréciaient, en faisaient l’éloge, et étaient aimables avec lui, lui offraient des chocolats à Noël. Au début cela avait suscité des jalousies, et on avait dit qu’il se laissait marcher sur les pieds, ne faisait pas assez valoir l’autorité de l’administration; mais ensuite on se mit inconsciemment à l’imiter, le bien ne se faisant jamais sans rayonner autour de lui. Et à vrai dire l’ensemble de l’arrondissement s’en trouva peu à peu amélioré; il y régnait une atmosphère plus douce qu’ailleurs, on eût dit que même dans les journées grises de l’automne l’air y était plus lumineux, sans que son éclat vînt d’autre part que de son propre être.

Or donc Solcum le Sage, ou Docteur Solcum, comme on l’appelle, repéra cet homme bon depuis l’orbe lunaire, d’où il observait Paris de son œil puissant; c'était un moment où derrière lui, dans le Ciel, luisait le signe des Gémeaux, et voici! il éprouva le désir de se dédoubler, et de vivre à travers ce mortel une nouvelle existence terrestre.

Il envoya une fée lui toucher le cœur, afin d’y faire surgir l’image d’une chose qu’il désira aussitôt: visiter les catacombes. Robert le proposa à sa mère, et le dimanche suivant, ils se rendirent avenue du colonel Rol-Tanguy pour y pénétrer, et admirer les squelettes. Cependant, parvenue à l’entrée, madame Tardivel lut qu’il fallait avoir le cœur bien accroché, et elle décida de ne pas effectuer cette visite. Malgré son désir de voir les catacombes, Robert lui proposa de rester avec elle et d’aller ailleurs, mais elle vit qu’il avait très envie d’entrer dans ces souterrains effrayants, et elle annonça qu’elle l’attendrait dans le 929037-visitez-les-catacombes-de-paris.jpgsalon de thé qui se tenait en face, après avoir fait un petit tour dans le quartier; elle voulait notamment voir la tour Montparnasse, qu’elle n’avait jamais vue de près, et parcourir la rue d’Alésia. Il la remercia, et acheta son billet.

Or, lorsque la visite eut commencé, Robert Tardivel crut soudain voir, dans un couloir adjacent, une lueur, et se demanda quelle était sa source; il quitta donc le groupe avec lequel il se trouvait, et se dirigea vers la faible clarté. Il parvint bientôt à une impasse. Il voulut rebrousser chemin, mais il se dirigea dans un mauvais sens, et entra dans des couloirs interminables, à peine éclairés, sans pouvoir rejoindre son groupe, et sans se souvenir d’avoir vu aucun des lieux qu’il traversait.

Le couloir devenait même étroit, et il s’étonnait. Comment rejoindre la sortie? Aucune pancarte ne l’indiquait. Les crânes le regardaient de leurs yeux vides, semblaient rire de leurs bouches béantes.

Soudain il vit une porte comme s’ouvrir dans un recoin derrière un tas d’ossements; il avait cru à une ombre, mais il y avait là une entrée. Et derrière, ce n’était plus les catacombes. Il était dans une grotte apparemment naturelle, couverte au sol de feldspath, qui dégageait une diffuse clarté; il n’y avait plus de lumière électrique. Les parois aussi contenaient du cristal jetant comme de fins rayons; de petits diamants semblaient briller, sertis dans la roche.

Il arriva bientôt dans une pièce étrange, assez grande, toujours éclairée par une matière luisante de différentes teintes, principalement placée au sol. Il se fût cru dans un de ces vaisseaux spatiaux futuristes que les films montrent, par exemple Star Trek. Au milieu de la pièce se dressait une sorte de sarcophage; mais au lieu que la pierre en fût vieille et irrégulière, poussiéreuse, il s’agissait d’un coffre rectangulaire d'onyx de la taille d’un homme magnifiquement veiné, poli, brillant. Et le plus étrange était que quatre grosses pierres quartziques étaient incrustées aux angles supérieurs, et qu'elles luisaient comme des lampes.

Robert s’approcha, et put distinguer alors, sur les murs lisses de la pièce, des images étranges, peintes de couleurs vives, et semblant représenter des chevaliers, mais dans des paysages inouïs, au sein egypte-luxor-ramses-resize.jpgdesquels les fleurs étaient des étoiles; et une écriture inconnue était sur des bandeaux ondoyant autour des personnages. Comme dans l’art baroque, des anges tenaient ces bandeaux, ou confiaient aux chevaliers des armes étincelantes et étranges, qu’ensuite ils dirigeaient contre des monstres horribles, qui tenaient à la fois de la pieuvre, du serpent, du taureau, de l'insecte géant. Était-il parvenu dans ce qui restait d'une base extraterrestre? Car les anges, tout en haut du tableau, étaient dans des chars de feu, tirés par des griffons qui flamboyaient, et Robert ne savait qu'en penser. Il se souvenait des théories sur les anges qui étaient des hommes d'autres planètes plus évolués que les Terriens et qui avaient aidé ceux-ci à se civiliser, et se demanda s'il était en face de scènes les représentant: les monstres seraient soit des habitants primitifs de la Terre, soit d'autres extraterrestres ennemis des hommes. Ou bien s'agissait-il d'êtres spirituels symboliquement représentés, comme dans les églises et les temples?

Il s'avança, et parvint à la hauteur du coffre.

Mais la suite ne pourra être donnée qu'une autre fois au lecteur. On saura dans le prochain épisode quelles merveilles il découvrit dans le sacrophage, et le rapport avec sa faculté à se métamorphoser.

15/07/2015

Images messianiques et super-héros

CAPM017014_col.jpgRoy Thomas fut l'un des scénaristes de super-héros les plus en vue dans les années 1970: après avoir travaillé avec Stan Lee dans des séries que celui-ci avait créées, il put forger à son tour des personnages, et dans mon enfance c'était ceux que je préférais: en particulier Captain Marvel et Adam Warlock. Il inventa des mondes qui pussent les contenir, et employa pour le dessin Gene Colan et Gil Kane; puis Jim Starlin et ses disciples donnèrent à ces séries encore une nouvelle dimension.

Si je les évoque, c'est parce que Roy Thomas y déploya explicitement des figures issues du christianisme. Il s'en expliqua lui-même. D'une part la dimension messianique des super-héros lui avait paru manifeste, notamment dans la série du Silver Surfer - extraterrestre égaré sur Terre et contraint d'y faire le bien, quoique les hommes ne le comprissent pas et le poursuivissent de leur vindicte. Il tenait de l'ange, puisqu'il était d'argent, mais aussi du dieu grec qui se révolte contre son père - puisqu'il s'était dressé par amour pour les hommes contre l'entité Galactus, qui lui avait donné sa nature de demi-dieu. Le christianisme n'y était pas patent, mais le personnage a dû marquer Roy Thomas, car Captain Marvel lui ressemble.

D'autre part, c'était l'époque de Jésus-Christ Superstar, comédie musicale inspirée du Nouveau Testament: le succès en avait été immense. Elle avait été donnée à Broadway, et le groupe Marvel avait son adresse à New York. Roy Thomas créa donc le personnage d'Adam Warlock en le faisant le messie d'une autre Terre, le fils spirituel d'un Haut Évolutionnaire – mortel devenu immortel et tout-puissant parce qu'il s'était lui-même fait artificiellement évoluer jusqu'à l'Homme Final. Il était le créateur de cette autre Terre, et avait voulu la détruire parce que le mal s'y était installé; mais Adam Warlock l'avait supplié de n'en rien faire, intercédant pour les hommes de ce monde, lesquels il trouvait profondément bons.

Il y acquit des disciples, dont un Judas, et il luttait contre un Homme-Bête qui était l'auteur du Mal dans cette Contre-Terre. Dans un épisode, il était crucifié. Sinon, il s'agissait d'un homme d'or, artificiellement créé, qui avait une gemme sur le front lui donnant une prescience infinie et un pouvoir cosmique.

Je voulais en parler car pour moi cela montre deux choses. D'abord, que la figure du Messie est en réalité bien plus importante, pour les super-héros, que celle du Golem. Dans la tradition juive, le messie MarvelPremiere1-25.jpgn'est pas un être abstrait: il intervient pour créer un monde miraculeux, et souvent c'est en aidant les hommes à trouver par eux-mêmes les moyens de leur évolution vers l'Infini, vers la perfection. Comme le dit Abraham Cohen dans sa synthèse du Talmud, l'âge d'or est plus dans le futur que dans le passé. Le lien avec la science-fiction en est rendu manifeste.

Ensuite, Roy Thomas montre à quel point la créativité dans le monde des comics se moqua de tous les tabous, ne s'imposant aucune limite: toutes les mythologies pouvaient y entrer, même celle des chrétiens. Thomas raconte qu'il eut peur, en demandant à Gil Kane de dessiner Jésus crucifié, d'une remarque désobligeante ou ennuyée de Stan Lee, ou du Code de censure des Comics; mais rien ne vint: on le laissa faire ce qu'il voulait.

Et l'on voit alors ce qui permit à cette culture populaire au départ simpliste et sans envergure de se développer jusqu'à devenir un phénomène mondial. On saisit tout ce qui sépare dans ce domaine la production américaine et la production française, ou plus généralement européenne. La peur, l'angoisse, face au contenu mythologique des religions, antiques ou médiévales, est générale en Europe; en Amérique, les barrières sont tombées.

On sait qu'en Asie, elles n'existent guère non plus: en Thaïlande, la mythologie traditionnelle est partout, même dans les centres commerciaux, et le cinéma chinois intègre les figures bouddhistes et taoïstes.

Certes, dira-t-on; mais que font ces artistes populaires de l'extrême Est et de l'extrême Ouest de ces figures archétypales? Des objets d'amusement. Et Platon, saint Augustin s'en plaignaient.

Mais quelle force de suggestion, aussi, dans cette imagination enfin libérée des vieux interdits! Quelle puissance artistique, même dans des formes relativement simples! Et la production française qui n'ose rien s'écroule face à cette production mondiale, avec peine perfusée par les gouvernements.

Il n'est pas vrai que les thèmes du christianisme soient impropres à l'art. Tolkien disait que le vrai conte de fées suivait les principes de l'Évangile; et lui aussi eut une imagination extraordinaire, que j'ose dire inspirée.

C'est de cela que l'on doit prendre conscience en Europe, et abandonner l'espèce d'obligation au naturalisme et à l'agnosticisme que l'on s'est créée. Si les Européens ont des pensées plus profondes à exprimer sur ces sujets, qu'ont-ils à perdre à les aborder? Si leurs formes artistiques sont plus élégantes, que ne gagneront-elles pas à intégrer l'imagination mythologique et religieuse? Rien. Il s'agit seulement d'un tabou: on interdit d'en parler. Cela n'a pas de raison d'être qu'on puisse dire objective.

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05/07/2015

Momulk et la rédemption des fées

11114173_1601196473497832_2972720672029428328_n.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons raconté comment, après avoir vaincu et enchaîné Fomal, nos héros – l'Elfe Jaune, Momulk, Amariel – sont revenus auprès de l'Arbre Saint, et ont vu sortir de la forêt des demoiselles éplorées à l'appel de leur Dame.

Quand Amariel vit ses demoiselles ainsi désespérées, elle les tança d'une voix bienveillante: Venez donc, ô mes filles, dit-elle. Maintenant que Fomal est enchaîné, vous n'avez plus rien à craindre. N'eûtes-vous pas foi en mon appel, lorsque vous ordonnâtes à la forêt de vous laisser passer - après avoir commandé aux arbres de former une barrière infranchissable même pour le géant aux cornes d'or? Car c'est ce que vous fîtes, assurément, les charmes que je vous enseignai le permettant. Et en disant ces mots Amariel regardait l'Elfe Jaune du coin de l'œil, ou jetait les yeux brièvement vers lui, comme si elle avait parlé aussi pour qu'il comprenne ce qui s'était produit. Et une clarté s'alluma fugacement dans les yeux de Momulk - car il l'écoutait aussi. La reine de Vouan reprit: N'ayez pas peur, mes chéries; les deux héros que vous voyez là sont mes amis. Même le géant vert à l'horrible apparence a le cœur adouci par mes paroles, mes mains posées sur son visage, la lumière émanant du mien: ne reflète-t-il pas les étoiles et la maison des dieux? Il en contient l'éclat, en vérité.

Et Momulk la regarda, l'air étonné; et l'Elfe médita ces paroles, et il vit effectivement une gloire ceindre la face d'Amariel, et des éclairs passer sur son front. Il comprit qu'elle avait en elle le chant d'un être céleste, et qu'elle n'était pas sur Terre seulement pour prendre soin de l'arbre saint des monts.

Lors les jeunes filles s'approchèrent, les yeux baissés, et l'une d'elles, Aselmïn la blonde, fille d'Isilcar et d'Orlontë, leva la tête et demanda ce qu'elles pouvaient faire pour se racheter. Amariel répondit: Il faudra me raconter ce qui s'est passé, mais auparavant, il faut que vous couriez auprès de la porte de Mïngel, où Fomal nous a vainement attaqués, et où nous l'avons laissé sans connaissance. Car avant de partir vite auprès de l'Arbre Etolün pour guérir Etamil blessée et savoir ce qu'il était advenu de vous, à peine avons-nous songé à le lier de cordes que nous possédions, et à l'attacher à un puissant arbre, un sapin séculaire: il était trop lourd, et nous étions trop pressés pour le prendre avec nous, et nous l'avons pensé trop faible et abattu pour qu'il rompe ces liens, et même pour qu'il s'éveille avant que nous parvenions à vous, puis que vous le retrouviez. Nous l'avons traîné quelques mètres en pensant que nous pourrions l'emporter nous-mêmes, mais nous avons dû rapidement y renoncer. Or est-il temps: il faut faire vite. Vous nous narrerez à votre retour les tristes événements qui l'ont vu se délivrer de sa cage. En attendant nous allons voir si nous trouvons d'autres des nôtres ici ou là. Promptement ramenez le géant cornu, par ma foi!

Alors, elles s'empressèrent - heureuses, en vérité, de laisser derrière l'ombre de leurs peines, le souvenir du sang versé et des douleurs atroces infligées à leurs sœurs, pour faire place à l'action. Et elles se saisirent de leurs armes, éparses sur le gazon, abandonnées dans la fuite, et à quatorze coururent vers le lieu qui leur avait été indiqué. Elles trouvèrent Fomal toujours inconscient, et le ramenèrent comme on le leur avait ordonné.

Durant ce temps, Amariel envoya chercher les demoiselles égarées qui avaient fui, et elles revinrent toutes, au nombre de cent trente-trois; seules quelques-unes, qui avaient fui plus loin, demeurèrent introuvables. Certaines, disait-on, s'étaient rendues parmi les mortels - prenant leur apparence, et se mêlant à eux. Et trois ne revinrent jamais, et ne furent point revues. Les sages ont pensé qu'elles avaient épousé des hommes à la vie brève, étaient devenues pareilles à eux, et qu'elles fondèrent avec eux des familles; mais on a aussi affirmé que l'une d'entre elles au moins était devenue religieuse, dans insect_monster_by_lenuk-d5h9y4k.jpgun couvent. Et certains doutèrent de ces dires et assurèrent qu'elles avaient dû périr sous les coups des alliés secrets de Fomal, des ombres maléfiques de l'épaisse forêt - des créatures infectes qui d'habitude par peur se cachent des Immortelles, mais qui avaient pu s'armer de courage, en les voyant seules. Et de fait, d'aucunes furent attaquées par quatre d'entre ces monstres, et eurent les plus grandes peines du monde à les repousser. Ils avaient des tentacules à la place des bras, et leurs doigts étaient des dents, leurs mains des mâchoires. Leurs jambes étaient semblables à celles d'énormes insectes, et leur vue seule abattrait les âmes fragiles, si elles se révélaient au monde périssable: elles bondiraient hors du corps de chair, et le cœur cesserait de battre, tant elles inspireraient d'épouvante! Mais les fées de Vouan ne connaissaient pas ce sentiment, ayant vécu avec ces monstres dans d'autres cercles planétaires. Et lorsqu'elles eurent jeté leurs flèches sifflantes, ils s'enfuirent, car ils haïssent l'argent dont elles font leurs pointes, et aussi le bois d'aulne vert dont elles sont faites: étant bénies par Amariel, elles portent des vertus qui leur sont d'horribles poisons, qui les brûlent et les consument de l'intérieur d'une façon atroce.

Mais il est temps de laisser cet épisode, qui comporte maintes explications étranges; et de donner rendez-vous au lecteur pour une autre fois, qui verra s'élever un grand bûcher funéraire, au sein duquel des merveilles se feront voir à nos héros Momulk et l'Elfe Jaune.

07:54 Publié dans Momölg | Lien permanent | Commentaires (0)