19/06/2015

Saint Louis contre les monstres de Lémurie

url.jpg04.jpgDans le dernier épisode de cette épouvantable série, nous avons laissé notre héros, le roi saint Louis, alors qu'avec ses six compagnons et le divin Solcum, il s'attaquait à des monstres venus de l'antique Mû – de l'obscure cité de Lémurie. Ils étaient tels que des géants, et les flammes de l'enfer s'exhalaient de leur être.

Le premier à les atteindre, monté sur son cheval rapide, fut le vaillant chevalier Robert d'Artois, qui essaya aussitôt de frapper de sa lame celui qui des trois géants était le plus en avant; mais celui-ci leva le bras, et sa grande épée, qui étincelait, l'éblouit; le tentacule ventral du monstre frappa alors au flanc le cheval, qui tomba à terre en hennissant. Robert fut entraîné dans cette chute et sa jambe demeura coincée sous son corps; une douleur en vint, comme si elle était brisée, et il poussa un cri.

Thibaut de Bar l'avait suivi de près; et lui put abattre sa lame sur le monstre. Mais elle n'entama pas son armure luisante; elle rebondit dessus dans une gerbe d'étincelles, et avec un son terrible. D'un revers de son bras, le géant le projeta à terre, et il demeura sonné.

Pendant ce temps, Charles d'Anjou, dont le heaume empanaché luisait à la clarté du soleil couchant, s'était jeté sur le monstre à droite du précédent. Il avait tendu sa lance devant lui, et le géant avait levé son bouclier, pour se protéger; la lance se brisa, et le monstre trancha d'un seul coup de son épée nue les jarrets des pattes antérieures du cheval pommelé que Charles montait. Il s'écroula en hennissant, et le sang jaillit, couvrant la terre. Il battait l'air de ses moignons et de ses sabots postérieurs, et sa bouche écumait affreusement.

Charles, certes, avait été projeté en avant, mais il avait pu rouler sur lui-même. Bientôt il se releva, et, les larmes coulant abondamment sur ses joues, il enfonça son épée jusqu'à la garde dans le cœur de l'animal, qui souffrait plus qu'on ne saurait le dire. Son sang coula une dernière fois sur l'armure fingl.jpgécaillée d'or de Charles d'Anjou, se mêlant sur sa poitrine aux larmes et à la sueur qui ruisselaient de son front et de ses yeux.

Or, le monstre qu'il avait attaqué l'eût tué, si Imbert de Beaujeu ne lui eût donné un coup de lance. Le géant n'avait pas eu le temps de se protéger, et il prit la pointe en pleine poitrine. Il en eut le souffle coupé, et s'affaissa; mais sa peau ne fut pas percée - si dure était-elle, et si épaisse, son armure d'airain!

Saint Louis à ce moment arriva, et, de sa vaillante épée Osdirnur, bénie par l'évêque de Paris monseigneur Guillaume d'Auvergne, puis par le roi des Elfes Etön, il trancha la tête du monstre; le sang jaillit, épais et noir, comme un flot bouillonnant, et en se répandant à terre brûla les plantes qui s'y trouvaient. Car il avait en lui un feu, et il consumait toute chose. Et lorsque Louis en reçut sur le bras, il vit son armure fumer, comme si elle allait être torréfiée aussi. Mais la vertu qu'y avait placée Etön était puissante, et il n'en fut rien. Lorsque Louis scruta l'endroit où le sang avait giclé, il vit à peine terni l'or de ses mailles.

Le combat avait également fait rage entre le troisième monstre, à gauche du premier, et Simon de Nesle et Alphonse de Poitiers.

Simon, comme les autres, avait placé sa lance en avant, mais le monstre, plus vif que sa masse eût pu le laisser deviner, d'un mouvement l'évita; et le chevalier en fut immensément surpris, et cela lui fit knight.jpgperdre l'équilibre, et il tomba de cheval. Alphonse, lui aussi pris au dépourvu, prit peur, et son cheval, le sentant, se cabra en hennissant; et le monstre, ne perdant pas de temps, enfonça sa longue épée brillante dans son flanc, et le transperça, si bien que la pointe atteignit le corps d'Alphonse, et perça son armure au flanc. Mais, quoique le sang jaillît, la blessure ne fut pas profonde: le formidable coup avait été ralenti par le cheval et l'armure.

Alphonse n'en tomba pas moins, et le sang jaillit de sa plaie, et se répandit sur le sol noir. Il poussa un cri de douleur. Et le monstre allait l'achever en écrasant sa tête sous ses pieds étranges, masse informe de tentacules agglutinés, quand le vaillant Solcum intervint. Et de son épée enchantée, il transperça l'épaule du géant, qui en hurla. Il sentait dans sa chair l'éclat, la lumière d'Etön - don du Ciel, grâce des Dieux -, et cette vertu le tourmentait comme un abominable poison, lui, l'être d'ombre, de ténèbres, arraché au mal des âges perdus! Son cri était effroyable, sa voix affreuse. Solcum s'écria: Meurs, vile abomination d'Ornicalc l'Atroce! Et il enfonça l'épée ôtée de l'épaule dans le cœur endurci, dans le cœur noir du géant.

Car voici! ces trois êtres étaient tels que des morts qui avaient conservé la faculté de se mouvoir, et leurs corps étaient durs et mêlés à la terre, et non légers comme ceux des hommes. Le monstre s'écroula, mais il bougeait encore, car le cœur n'était pas sa source de vie première; alors Solcum lui coupa la tête, et il cessa ses spasmes.

Mais le premier des trois monstres à ce moment se jeta sur lui, et le renversa, en hurlant: Tu vas le payer, traître, fils de la Lune infâme, esclave du roi gâteux, serf de la dame putain! Je vais te réduire 6091967a2b3e70cb6f1fcbb9b48563f4.jpgen bouillie, et t'arracher les membres de mes mains. Et il s'apprêtait à lui enfoncer son tentacule ventral dans la bouche, afin de lui arracher la mâchoire et le cœur.

Sa rage fut son erreur; car s'il avait usé de son épée, il eût pu tuer Solcum. Mais il chercha à être cruel, car il se repaissait de la souffrance qu'il infligeait, et il était voué à la magie noire, aux arts infâmes. Saint Louis, en effet, ayant tué son monstre, accourait, suivi de Charles d'Anjou et d'Imbert de Beaujeu; et tous trois se jetèrent ensemble sur le géant, le perçant de coups, et le mettant en pièces, tranchant ses membres. Et la force de Louis durant ce combat avait paru être décuplée, et il brillait, et surtout la croix de son cœur luisait, jetait des feux autour d'elle, se répandant sur tout son corps. Et Solcum, en fut étonné, mais également réjoui, car les prédictions d'Etön semblaient s'accomplir.

Mais voici un épisode excessivement long, dont il faudra remettre la suite à plus tard. La prochaine fois seront expliquées les dispositions prises après ces morts de chevaux et ces blessures d'hommes.

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