30/11/2014

Saint Maurice, Horus, Jean-Pierre Veyrat

hb_2006.469.jpgLa Savoie a pour patron saint Maurice, dont la mort eût eu lieu dans le Valais. Il était chef de la légion thébaine, en Égypte. On le représente noir et vêtu d’une armure d’or, tel un Horus solaire.
 
Les historiens disent qu’il n’aurait pas existé. Était-ce un être du monde spirituel? Il vivait sur la Terre, mais appartenait à la race des anges: il était de ceux qu’on a nommés les génies - qu’on nomme volontiers à présent les elfes, à cause de Tolkien. Il était un génie doré, et protégeait la liberté des hommes qui s’étaient convertis au christianisme, que l’empereur Dioclétien avait condamnés à mort. Si Maurice est un être spirituel, à travers Dioclétien il faut lire le prince des démons - du moins de ceux qui vivaient en Occident - et la poursuite des chrétiens non comme une action physique, passant non par les corps et les armes, mais comme une action psychique: les démons étaient peut-être chargés d’anéantir les chrétiens par une maladie punitive.
 
Il existe, à Bessans, en Maurienne, une image étrange: un ange conduit un démon armé d’un arc et de flèches vers des hommes qu’il lui désigne, l’invitant à leur jeter ses flèches; or, il s’agit de la peste. Saint Maurice était-il un génie qui ne voulait plus officier de cette façon, qui voulait sauver les chrétiens du mal?
 
L’exotisme à l’époque médiévale traduisait en profondeur des réalités spirituelles: les lieux lointains étaient symboliques. L’Égypte était d’abord le pays où l’on avait asservi les Juifs, et François de Sales l’assimilait encore au royaume du mal: Arrachez-moi à cette Égypte, ô mon Dieu, faisait-il dire en substance par sa Philothée. En outre, les statues représentant des hommes-animaux étaient regardées comme par essence celles de démons, de génies. On liait en effet l’animalité à ces génies, parce que le pouvoir de ceux-ci s’exerçait d’abord dans le monde élémentaire, dans lequel baignaient les animaux. Pour autant, en eux-mêmes, ces êtres étaient liés à la Lune, et c’est par les forces de la Lune qu’ils commandaient au règne animal - et à la partie de l’homme qui y était immergée. Bram Stoker, dans son Dracula, en a restitué les principes. Naturellement, il dit que le démon était à l’origine un simple mortel; mais peu importe. Ce qu’il y a de certain, c’est que, dans l’antiquité, nul mieux que les Égyptiens, pensait-on, avait plus subtilement représenté ce peuple des génies, des démons - même quand on ne l’entendait pas en mauvaise part.
 
De fait, les anges qui vivaient sur Terre pouvaient regretter le Ciel, et choisir le parti du Christ. Le poète savoyard Jean-Pierre Veyrat en parle, dans un texte magnifique: il évoque l’ange du repentir Abadonna, qui regarde avec nostalgie vers la lumière qu’il quittée, ayant suivi Lucifer inconsidérément dans sa chute. Il a pris cette image de Klopstock, à ce qu’il me semble. Saint Maurice était-il un de ces anges appelés dans l’occultisme les veilleurs, les anges vivant sur la Terre et devenus des démons, des êtres spirituels liés désormais à la Lune quoiqu’ils fussent à l’origine nés sur le Soleil, comme le dit Cyrano de Bergerac?
 
La Légende dorée a un tel être, de façon plus explicite: c’est le géant saint Christophe, à tête de chien: Bassot-Saint-Christophe-1607-Jésonville.jpgle lien avec l’animal est encore là; il a pu s’agir d’Anubis! Car il est raconté, par Jacques de Voragine, qu’il voulait se mettre au service de l’être le plus puissant de la Terre: il est devenu un mercenaire de l’empereur romain, mais en voyant qu’il était voué au diable, il s’est mis au service de celui-ci; et puis en voyant que Satan craignait Dieu, il s’est mis au service du Christ, et l’a porté par-dessus les rivières.
 
Il faut savoir que l’Empire romain décadent vouait un culte ardent aux figures mythologiques égyptiennes: elles étaient très à la mode, dans la bonne société; saint Augustin le raconte.
 
Saint Maurice était un dieu égyptien, démon pour les chrétiens, converti au Christ et défiant l’ombre satanique de l’Empereur, le diable qui l’inspirait: il est possible que sa légende ait une valeur symbolique, et qu’on en ait ramené le fil mythologique à l’histoire, qu’on l’y ait transposé; cela expliquerait qu’il n’y ait aucun document évoquant ce mystérieux personnage. L’action en a été conçue au départ comme se situant dans le monde occulte, le monde spirituel en tant qu’il baigne la Terre, le pays des fées comme qui dirait, ou des génies, et comme les visionnaires médiévaux et plus généralement chrétiens ne se souciaient aucunement de l’histoire physique - véridique comme on dirait maintenant - mais seulement d’histoire sacrée - de ce que Corbin appelait la hiérohistoire -, ils ont transposé la chose pour ce que ce soit plus clair à ceux qui étaient habitués aux chroniques romaines, à Tite-Live, à Tacite. Je me plais à l’imaginer. L’armure d’or fut donnée à saint Maurice lorsqu’il fut autorisé à gagner le Ciel: il a pu récupérer celle qu’il avait perdue autrefois, redevenant un guerrier de la légion de l’archange saint Michel!
 
La Savoie s’est vouée à lui à juste titre, par conséquent; sans le savoir, Veyrat a parlé de lui!

21/11/2014

Momulk et la mort de la Valkyrie

fight_flatFV.jpgDans le dernier épisode de cette très particulière série, nous avons laissé nos héros, Momulk et l’Elfe Jaune, alors qu’ils combattaient un monstre hideux, un homme immense muni de cornes appelé Fomal, qui venait d’envoyer dans les airs le géant vert d’un coup de son énorme poing; l’Elfe Jaune, pendant ce temps, se relevait, après avoir posé un genou à terre au moment où Fomal avait fait assez trembler celle-ci d’un coup de sa hache pour lui faire perdre l’équilibre.
 
Fomal, le voyant debout, ne prit pas le temps de souffler; il fit tourner sa longue hache vers lui, mais l’Elfe fit aussi bien qu’Amariel, qui l’avait évitée - quoique ce fût, lui, en se dématérialisant: l’arme du monstre ne rencontra que le vide. L’Elfe réapparut derrière Fomal, et comme il était d’une puissance très supérieure à la sienne, il fit sans tarder jaillir le feu de ses yeux, priant pour que ce fût suffisant, puisque ensuite il n’aurait sans doute pas la force de recommencer, ni même peut-être de se dématérialiser pour échapper à son ennemi.
 
Le jet d’énergie concentrée frappa Fomal au dos, et lui fit faire un bond en avant, en le déséquilibrant; cyclops_marvel_superheroes_comics_hd-wallpaper-1578490.jpgil fut mis à genoux, mais se rattrapa avec les mains, et aussitôt se releva, l’air terrible: à peine son armure avait-elle été enfoncée par la rafale de l’Elfe Jaune; mais une fissure aussi apparaissait, et du sang coulait, et cela eut le don de mettre l’homme-taureau plus que jamais en fureur: le feu de ses yeux devint éclatant, on eût dit un brasier: la porte de l’enfer semblait s’ouvrir, sur l’Elfe. Or, ce feu se concentra et un éclair en partit, à la plus grande surprise de ce dernier, et même à son plus grand désespoir: car sa puissance en semblait terrible.
 
Lorsqu’on est face à la mort, le temps ralentit; mille pensées traversent l’esprit; l’Elfe jaune eut celle qu’il allait être détruit, et songea à la confiance que lui avait accordée Captain Savoy; et il regardait l’éclair s’avancer vers lui comme s’il n’avait pas été rapide comme la lumière. Mais à ce moment, Amariel bondit, son épée lumineuse à la main, et vive comme la pensée, elle-même, elle asséna un c0b52aa697ffea65f4027cffde2c283a.jpgcoup à Fomal, qu’il reçut sur la tempe droite. En vérité, cela ne le tua pas, malgré la haute qualité de la lame de l’héroïne; car il avait la peau dure comme on ne peut le concevoir. Mais une entaille s’y fit, dont il jaillit du sang, et surtout, sa tête en fut tournée malgré lui, et le jet de feu n’atteignit pas l’Elfe Jaune de plein fouet: il ne reçut que le bord du rayon à l’épaule, qui en fut brûlée et où une plaie s’ouvrit - et encore fut-ce bref, puisqu’au moment de cette décharge le monstre tournait la tête. L’Elfe Jaune trouva bien ironique qu’il eût manqué de périr par la même arme qu’il avait utilisée, et qu’il pensait être le seul à posséder! Quels pouvoirs encore avait donc ce Fomal?
 
La réponse vint aussitôt: sa main soudain flamboya, et il fit jaillir une rafale d’énergie blanche, qui atteignit la princesse enchantée sur sa cuirasse d’argent. Or, un dieu l’avait forgée; un dieu l’avait bénie, plaçant sur elle un sort: nul feu, fût-ce celui du monstre cornu, ne pourrait l’entamer. Mais Amariel n’en fut pas moins violemment repoussée, envoyée au loin, et plongée dans l’inconscience. Désormais l’Elfe Jaune était seul, face à Fomal. Car les suivantes de la princesse n’avaient pas encore osé affronter l’homme-taureau, quoiqu’elles eussent vu par deux fois leur dame s’élancer contre lui; et maintenant, celles qui n’avaient pas fui s’élancèrent dans sa direction, pour voir si elle n’avait rien.
 
Cependant, deux jeunes nymphes bien armées se rendirent compte que désormais l’Elfe Jaune était seul; elles étaient parmi les plus courageuses de toutes, et se nommaient Étamil et Basiclës; la première était rousse, et sa peau était d’une éclatante blancheur; la seconde avait les cheveux entre le blond et le brun, de couleur châtain, comme on dit, et elle était moult gracieuse, belle et grande - quand l’autre était fougueuse, d’une volonté ardente. Hélas! en ce jour, leur courage ne fut point récompensé. Car pendant qu’Amariel s’était jetée sur le monstre, l’Elfe jaune avait retrouvé son Valkyrie.jpgpouvoir de téléportation; aussi, quand Fomal jeta sur lui sa hache, il ne l’atteignit pas, pour une seconde fois; mais il atteignit la belle Basiclës, qui s’était précipitée pour secourir l’Elfe. Elle en fut, comme c’est horrible à dire! mortellement blessée: car la lourde lame tomba sur son épaule, et la trancha; aussitôt le sang jaillit.
 
L’Elfe Jaune en fut horrifié; bruyamment il cria: Non! Et Étamil écarquilla les yeux, et en fut saisie d’une peine immense, et elle perçut la douleur monter en elle, mais son élan en fut d’autant plus vif, car elle se lia à la colère; Fomal la vit arriver vers lui, et il effectua un revers de main qui la projeta en arrière: elle ne mourut pas, mais son bras gauche en fut brisé, et elle ne put se relever.
 
L’Elfe Jaune s’étonnait que le sort pût être si cruel avec de si belles demoiselles; mais elles étaient des guerrières: beaucoup d’entre leurs sœurs déjà étaient tombées au combat, et elles ne se souciaient pas du désir qu’elles inspiraient aux hommes - de la beauté qu’ils leur trouvaient: elles n’en tiraient nul orgueil; elles ne vivaient que pour accomplir leur mission de suivantes de Dame Amariel.
 
Mais cet épisode ne commence-t-il pas à être trop long? La suite ne pourra être dite qu’une prochaine fois.

12/11/2014

Le pèlerin de Delphes

r00grece0056.gifJ’étais à Delphes, et la nuit tombait; le soir dorait le ciel et la mer, au loin: la baie s’étirait entre les terres. Car pour celui qui ne le sait pas, Delphes est sur le flanc du Parnasse, et domine la mer. La Grèce a peu de lampadaires; la vue que j’avais restait pure, semblable à celles qu’on devait avoir au temps jadis.
 
Or, j’eus une vision. Soudain, je vis une barque antique, portant une voile latine - et un vieillard dedans. Il s’agissait d’un pèlerin, qui venait dans la ville sainte, pour les anciens le nombril du monde. Il désirait consulter l’oracle, et trouver le Chemin: aspirait à rencontrer Apollon; cherchant à s’amender.
 
L’esquif passait dans la mer illuminée, et voici! je fus bouleversé. Avais-je vu déjà cela? Avais-je été ce vieillard, dans une autre vie?
 
C’était comme une nef passant dans l’éther cosmique, que parsemaient les étoiles. Le pèlerin me parut n’être qu’une ombre au sein de flammes célestes. Sous sa barque je vis une main immense, qui la soutenait, l’emmenant vers l’Infini. Sa voile luisait - pleine d’un feu qu’un elfe me parut y souffler. Il s’enfonçait dans une brume ensoleillée, et le regard du vieillard s’éclairait.
 
La vision disparut. Mais le lendemain, sur le site de la Delphes antique, je regardai le fond de la vallée déserte, alors verte: nous étions en février. Pas une maison visible, ni personne; pas de trace de bergers, ni de culture. Mais à mes oreilles le bruit de la foule des pèlerins antiques me parvint, comme surgi du passé; et je vis leur théorie - leurs carrosses, leurs charrettes, leurs chevaux, leurs chars, leurs bœufs, leurs moutons, qu’ils menaient avec eux.
 
La rivière était à sec; les rochers jaunes me surplombaient, menaçants. De là-haut on jetait les Gustave Moreau - ''Apollo Victorious Over Python'' (detail) (250).jpginfidèles, les impies, les sacrilèges. Ésope aurait été précipité de ces sommets, après avoir cherché à pénétrer dans le sanctuaire interdit et vu ce qu’il était proscrit de voir.
 
En ces lieux, dit-on, Apollon vainquit Python; et du souffle de ce dragon enchaîné seraient longtemps sortis les fameux oracles. Un jour le dernier fut dit: désormais la rivière serait muette. Julien l’Apostat le reçut, et accusa les chrétiens d’être la cause de la fuite des êtres enchantés. Mais en est-il ainsi?
 
Apollon était une figure du Christ; dans le monde astral puis élémentaire il était venu, avant de s’incarner en Judée: il avait vaincu le Dragon, à travers celui qu’on a nommé Apollon, ou l’archange saint Michel. L’oracle ne parlait plus, à Delphes; mais le Saint-Esprit n’était-il pas descendu sur les apôtres en langues de feu, et ne pouvaient-ils à présent saisir toutes les langues? L’Oracle ne s’était-il pas placé dans le cœur de l’Homme? Quel lieu pouvait contenir en particulier la divinité, désormais? Toute la Terre ne contenait-elle pas le Christ? Flaubert disait que son sang coulait dans nos veines.
 
Pourtant une nostalgie me poignit: je me souvins de la ferveur, de la piété, du temple, de Plutarque qui y fut prêtre, de la figure du dieu solaire: qu’en restait-il? Que demeurait-il de cette grandeur, de cette noblesse, de cette vie vécue près des dieux? Où étaient les pèlerins? Julien l’Apostat déjà avait eu ces regrets, cette nostalgie; et il avait tenté de ramener l’ancienne religion. En vain.
 
Le combat d’Apollon et de Python néanmoins n’était-il pas dans mon âme? Je l’y voyais bien encore. SpaceShip_by_zsolti65.jpgNus étaient les rochers, en ruines le temple; mais la lutte entre la lumière et les ténèbres était dans mon cœur. Or, là où les camps se touchaient, un point brillait comme un astre, et il s’en déployait des couleurs, qui formaient un arc-en-ciel; et de merveilleux souvenirs apparurent - mais aussi des visions du futur, je crois. Des êtres splendides, dans un vaisseau spatial, revinrent de l’endroit où jadis s’était enfoncé le pèlerin céleste; je dis un vaisseau spatial, mais c’était bien autre chose qu’une idiote machine: il s’agissait d’un être vivant, animal de l’éther à la forme d’oiseau, de cygne - mais dont les ailes eussent été d’or: il ressemblait, aussi, au phénix; et les êtres lumineux qui étaient dessus étaient semblables à des anges. Leurs yeux étaient pleins d’éclats; leurs fronts étincelaient. Lentement ils s’avancèrent, tendant la main, comme en signe de bénédiction.
 
Une clochette retentit à mon oreille; la vision disparut. Il était temps de partir. Je remontai dans l’autocar; nous filâmes vers Athènes.

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