27/07/2014

Saint Louis et le départ pour la guerre

fantasy_castle-808758.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé saint Louis, roi de France, alors que, dans le fond de son âme, quelque chose avait été éveillé par les curieuses paroles du roi des fées, lesquelles lui avaient donné la vision d’un passé  immémorial, au sein duquel il avait vécu sous un autre nom.
 
Ramené du lointain pays de ces souvenirs obscurs, le roi de France s’adressa alors à l’autre roi: Je sens, dans tes paroles, un profond mystère, que je ne puis démêler, et qui, je le crains, ne se dévoilera à mon âme que lorsque j’aurai laissé derrière moi mon enveloppe corporelle: alors, si Dieu le veut, toute vérité m’apparaîtra dans sa nudité. Mais, pour l’heure, je n’y veux songer davantage, m’en remettant tout entier à la bonté de Jésus-Christ, et ne voulant que vous servir dans votre effort contre l’horrible démon dont vous m’avez parlé. Je me demande donc quand nous partirons au combat; est-ce ce soir? demain matin? Dites-le moi, je vous en prie.
 
Alors le roi des Elfes fit cette réponse: Tu entres, ô roi, dans le vif du sujet; il ne s’agit pas, sans doute, de se laisser fasciner par des évocations d’un autre temps, d’une autre vie.  Sache, donc, que cette nuit vous partirez. Lorsque le soleil sera couché, et que les étoiles empliront le ciel, vous vous en irez, et vous rendrez au pied de la forteresse de ce démon, que l’on appelle Ornicalc; il m’a jadis volé ce château, le conquérant sur mes guerriers, lesquels il a fait périr dans d’atroces souffrances, maudit soit-il! Et vous le provoquerez au combat. 
 
Il sera bien étonné de voir des hommes de la terre mortelle dans les rangs de ses ennemis; il les craint, car ils possèdent une qualité que lui seul possède dans ce monde éthéré: il a une prise décisive sur les choses. La terre tremble sous ses pas, et se soulève à ses cris - quand mes hommes passent légers, ployant à peine les fleurs quand ils vont dans les prés. En outre, un oracle jadis fut délivré: par des hommes mortels devrait-il être un jour vaincu! Aussi les hait-il, et en même temps exercent-ils sur lui une véritable terreur.
 
Le sage Solcum vous mènera, en compagnie de quelques-uns de mes meilleurs guerriers, des hommes qui aiment et chérissent ce héros, et lui vouent une foi sans limite. Soyez prêts, et que les dieux vous soient favorables. Nous nous reverrons ce soir, peu avant votre départ. En attendant, je vous laisse entre les mains de ce Solcum qu’un jour on appellera le Génie d’or.
 
Ayant dit ces mots, il se leva, et sa stature était haute: saint Louis le vit clairement; il était plein de majesté, et terrible de noblesse, de grandeur. Une lumière semblait être répandue sur tous ses membres, et autour de lui. Debout, il luisait, son armure jetant des feux. Une formidable puissance se dgalactus_the_devourer_of_worlds_by_eljay93-d6k2lnc.jpgégageait de son être, et saint Louis n’eut point à réfléchir pour ployer le genou et se courber devant lui: cela se fit naturellement; il sentait qu’il se tenait devant un dieu, ou, du moins, un homme qui avait avec les anges du Ciel un lien particulier, fort. Ses six compagnons aussitôt l’imitèrent; l’un d’entre eux alla même jusqu’à se prosterner, tant il était écrasé,au sein de son âme, par cette puissance: Thibaut de Bar, le vaillant, dont les terres étaient situées en Champagne.
 
Puis le seigneur immortel prit congé, disparaissant avec son conseiller par une porte située à la droite de son trône. Solcum s’approcha alors de saint Louis et de ses chevaliers, et leur annonça qu’il allait les emmener dans une salle de repos, où ils trouveraient de quoi se rafraîchir, et où des demoiselles bien apprises les attendaient pour prendre soin d’eux, leur donner du vin doux du royaume, et des mets susceptibles de leur donner des forces. En outre elles leur feraient apporter des vêtements propres, des bassines d’or contenant de l’eau pure, et répandraient du parfum et des fleurs autour d’eux, et les entretiendraient de propos suaves, et légers.
 
Et ainsi en fut-il; les demoiselles, plus belles qu’on ne saurait dire, étaient pleines de grâce, et moult bien apprises, comme il leur avait été annoncé; et, quoique sages, elles riaient gentement des mots dits par les sept guerriers. Cependant saint Louis demandait à Solcum quelle était l’origine du roi et de son peuple, et des précisions sur la nature de son royaume; mais le chevalier ne lui répondait pas d’une façon telle qu’il pût saisir l’ensemble de ce qu’il disait. IMG_0002_NEW.jpgCela paraissait mystérieux, et le roi de France s’inquiéta, à un certain moment: était-il face à des anges ou à des démons? Il se posa la question une fois de plus. Car Solcum affirmait que ce peuple était lié à la Lune, et qu’il avait créé, par l’art du Soleil, une grâce venue d’en haut, une terre divine aux confins de la terre humaine - comme située au-dessus, sur une sphère plus vaste, située à la limite de celle de la Terre et de celle de la Lune. Et saint Louis hésitait à se dire s’il s’agissait d’un miracle, ou bien d’une magie du diable. Solcum le voyait, dans ses yeux, et il ne savait que dire, pour le rassurer. En tout cas, affirma-t-il, les intentions de son roi étaient pures! Et Louis pouvait, par ailleurs, se rappeler qu’il avait à sa cour accueilli un saint du Ciel, et qu’il avait obtenu de lui qu’il vînt le quérir pour le secourir contre le mal: n’était-ce pas là une preuve? Mais Louis craignait d’avoir été l’objet de prestiges, à cet égard; ne disait-on pas que les démons vivaient dans l’air, et qu’ils savaient se donner l’apparence d’anges de lumière?
 
Toutefois les paroles, douces, pures, sans malice du Génie d’or le raffermirent dans sa confiance, et il était tout prêt à voir en eux des génies auxquels il avait été donné de se lier aux anges et de regagner la confiance de Dieu: Jésus-Christ ne pouvait-il pas faire cette grâce aussi aux immortels?
 
La suite de cette conversation et de cette histoire ne pourra être donnée qu’ultérieurement.

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