29/06/2014

Les sources cosmiques de l’égalité

liberte-egalite-fraternite.jpgLes sociétés humaines s’appuient sur des principes éthiques, tels que la liberté, l’égalité, la fraternité, ou d’autres encore, mais la science de l’Occident moderne ne dévoile pas où ils se trouvent appliqués dans la nature. Cela pose à mes yeux un grave problème, car dans la réalité, les hommes n’agissent pas selon de beaux discours, mais selon des modèles qui leur sont proposés, notamment au cours de leur éducation, par ceux qui se posent comme parlant du réel: les savants. Le résultat est que l’égalité apparaît comme une jolie fable, un ornement de discours, destiné à justifier des actions qui vont en fait dans le sens d’intérêts privés. En France, par exemple, on s’en sert pour donner des excuses au pouvoir central lorsqu’il supprime des libertés locales - telle que le droit de parler la langue qu’on veut, ou d’enseigner l’histoire régionale; or, le but, dans un ordre naturel dominé par l’esprit de compétition, peut être simplement d’imposer la volonté de Paris.
 
Il ne suffit pas, cependant, de critiquer cette espèce de nihilisme caché, car en soi l’égalité est assez File0012.jpgressentie comme bonne pour qu’on ne justifie pas, de ce que la science moderne ne dit pas où elle la voit dans l’univers, sa suppression de principe, et son remplacement par la loi du plus fort. La tendance existe en Amérique; mais en Europe, on ne s’en satisfera pas. Il faut aussi, par conséquent, dire, à la fin, où l’égalité existe, au sein du cosmos: dans quelle partie. Or, les anciens l’ont dit, avec raison: le soleil brille pour tout le monde; et ce n’est pas un simple hasard, dont la science ne puisse rien faire: il s’agit bien d’un fait objectif, et constitutif. Là est la source du sentiment d’égalité: dans l’idée que ce fait, le soleil brille pour tout le monde, peut être érigé en principe!
 
Il doit l’être, si on veut développer l’égalité sociale: ce fait est le germe à partir duquel on peut créer un ordre nouveau. Car celui-ci ne saurait être établi à partir du néant, simplement parce que quelques-uns l’ont décidé, ont pensé pouvoir imposer leurs lubies - miraculeusement, à une nature qui n’en veut pas! Il faut partir d’une base.
 
Mieux encore, l’égalité en devient précisée dans son contour, et on sait, si on observe le fait même, comment la développer socialement: à cet égard, la confusion, entretenue par ceux qui s’en servent pour leurs intérêts propres, s’arrête.
 
En effet, le soleil brille pour tout le monde, mais pas de la même façon: l’égalité n’empêche pas la diversité, elle ne contraint pas à l’uniformité. Pour certains, il brille six mois de suite, pour d’autres, il nc1a015cd.jpg’y a jamais d’écart de durée entre le jour et la nuit. Et puis il existe des régions où les nuages sont plus ou moins nombreux: on ne peut pas l’empêcher. L’égalité ne doit donc pas devenir une obsession, même s’il est souhaitable que ceux qui ont trop de soleil se protègent de ses rayons, et que ceux qui n’en ont pas assez disposent de moyens de répercuter sa lumière, afin de ne pas rester dans l’obscurité: ne serait-ce qu’en s’autorisant à voyager au soleil, comme on dit!
 
Il apparaît, également, que le jour doit être continuellement tempéré par la nuit, ou sporadiquement par des nuages, et qu’il est mauvais de s’éclairer à tout bout de champ, que l’homme a besoin de repos, d’obscurité.
 
En outre, le spectre des couleurs, existant dans la lumière, rappelle que, au point de vue culturel, aucune couleur ne doit prévaloir, qu’aucune n’est la lumière même. Car la diversité s’exprime aussi par ce biais. Ce qui importe, certes, est l’éclat de chaque couleur; mais la teinte qu’a chaque culture rappelle qu’aucune tradition n’est mauvaise en soi, puisque toutes contiennent un reste de lumière. Le principe d’égalité bien compris amène donc à approuver la diversité culturelle, et à consacrer la liberté individuelle sous ce rapport; mais il amène aussi à la fraternité, puisqu’il s’agit également d’aimer toutes les formes de culture, toutes les teintes que peut prendre la lumière dans la société - ou sur terre. Car il n’y a pas réellement de solution de continuité entre la biodiversité et la diversité culturelle: 69667ec9.jpgla même force qui a agi dans la nature sensible se poursuit dans l’âme humaine. Teilhard de Chardin parlait, à cet égard, pour les langues, de début de spéciation: la force qui les créait était la même que celle qui avait créé les espèces animales au cours des temps. Elles restent, certes, dans la sphère humaine; mais lorsque cette force quitte l’animal pour entrer dans l’humanité, elle crée les peuples, les langues, les cultures.
 
C’est donc bien en partant de ce qui, dans l’univers, applique le principe cosmique d’égalité qu’on peut non seulement évaluer sa légitimité sociale, mais aussi le comprendre et l’appliquer de façon correcte. Si on continue à dire qu’il émane de la pure subjectivité humaine, on ne pourra plus le développer; les politiques apparaîtront comme des orateurs creux, car on leur attribue de moins en moins la capacité à faire des miracles!

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