21/06/2014

Captain Savoy et le souvenir de l’Homme-Cygne

arch-angel.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé Captain Savoy, gardien de la Savoie occulte, au moment où, venant d’avoir vaincu la grande Pieuvre, il avait vu, de son ventre immonde, surgir un monstre abominable, que sa lance enchantée n’entama pas quand il lui en donna un coup, et qui, en retour, lui en asséna un qui pour lui fut terrible.
 
À ce moment Captain Savoy fut envoyé à plusieurs dizaines de mètres, et il tomba dans le lac. Or, ayant à demi perdu connaissance, il sombra dans ses profondeurs, alourdi par le poids de son armure. Vaguement perçut-il une obscurité grandissante; et il se crut perdu. Car il était incapable de faire le moindre geste.
 
La gueule d’un autre monstre encore sembla s’ouvrir pour l’engloutir, et il reconnut non plus le fils de la grande Pieuvre, mais sa mère - l’abomination qui dort au fond du lac, et que Dal le héros de lumière a jadis enchaînée: fils des dieux, il avait reçu cette tâche d’en haut, et de son épée et de sa vaillance il l’avait domptée; alors put-il se marier avec la dame du Lac, la noble Nalinë! Car elle avait demandé aux puissances célestes de l’aider, contre sa rivale effroyable. 
 
Plus tard, on le sait, elle envoya son époux à la mort, en exigeant de lui qu’il lui ramène l’étoile tombée des cieux; mais c’est une autre histoire, qui sera racontée un autre jour. 
 
Si ses chaînes empêchaient le monstre de se mouvoir et d’affleurer à la surface, si elles le contraignaient d’enfanter à cette fin des copies inférieures de lui-même, il pouvait néanmoins dévorer ceux qui passaient à proximité. En quelque sorte la force de volonté de son petit-fils poussait Captain Savoy, fils spirituel de Dal, vers sa bouche dévorante! Une vengeance s’exerçait, dans cet abîme…
 
Mais à ce moment, un éclair surgit: le Captain vit une guerrière revêtue d’une armure argentée, 1385106_624946890882399_1473804489_n.jpgéclatante de blancheur, asséner de sa lance un coup au monstre - et il reconnut en elle sa propre épouse: c’était Adalïn. Elle le regarda, alors, et lui ouvrit complètement les yeux, qu’il tenait jusque-là à demi fermés, en concentrant sa force psychique sur lui. Et voici! en lui la clarté se fit, il se sentit revigoré, et il s’élança à la surface, échappant à la gueule immonde qui avait été brièvement fermée et repoussée par l’immortelle. Il parvint à l’air libre, et respira; la conscience acheva de l’inonder de sa flamme, et il se demanda où était Adalïn, sa bien-aimée. Il s’apprêtait à regarder sous l’eau, quand il vit surgir, dans une gerbe d’écume, une étoile - née du lac même, et bondissant vers le ciel, prenant en particulier la direction de la lune, qui s’était levée.
 
Or, dans l’éclat de cette boule de feu, il vit, en vérité, sourire sa tendre épouse! Elle était assise sur une sorte de grand aigle doré, un phénix, dont les ailes étendues semblaient être deux flammes traversées d’éclairs! Il montait, et bientôt il se perdit dans les hauteurs: il ne fut plus qu’une étincelle devant le croissant d’argent - avant d’y disparaître. Ainsi Adalïn était-elle venue - sans doute à l’insu de son père - le sauver en dernière instance; mais, craignant la justice d’Ordolün, qui lui avait ordonné de rester dans son royaume, elle était vite repartie vers le ciel.
 
Cependant, il crut entendre sa voix, dans son cœur; elle lui disait: Il faut en appeler à l’Homme-Cygne! Sur le moment, il ne comprit pas ce qu’elle voulait dire; et puis il se souvint. Il y a longtemps - dans ce qui lui paraissait à présent une autre vie, avant qu’il ne se rende dans le royaume d’Ordolün et n’y s’unisse à sa belle -, il avait rencontré, au-dessus des montagnes du Chablais, non loin du lac Léman - où, il le voyait encore, le soleil posait alors son or vespéral -, un homme qui avait des ailes blanches, cristallines, éblouissantes, et qui volait dans les airs.
 
Oh! la rencontre d’abord s’était bien mal passée. Car Captain Savoy revenait d’une visite qu’il avait Grand_Bec_-_3000x2000 (1).JPGrendue au Génie d’or, gardien secret de Paris, capitale de la France, et il s’apprêtait à rejoindre sa base mystérieuse située sous la montagne du Grand Bec, en Tarentaise, lorsqu’il croisa ce héros inconnu, dont les pouvoirs ne devaient rien à l’art des hommes, puisque ses ailes étaient naturelles sur son dos. Toutefois étaient-elles pareilles à des flammes de neige, et Captain Savoy reconnut en elles l’art des anges, qu’ils exercent sur les enfants alors qu’ils demeurent dans le ventre de leur mère - ce que les mortels appellent mutation évolutive, dans leur grande naïveté. Il devait l’apprendre un peu plus tard, cet Homme-Cygne était né de la Dame du lac Léman, laquelle avait la faculté de se changer en cygne, et qui vivait sous les eaux transparentes, en un palais auguste. Jadis s’était-elle unie à un homme connu pour sa grande probité en la ville de Genève, et il en était né cet être, à demi immortel; elle l’avait montré à son père lorsqu’il avait atteint une certaine maturité, lui demandant de lui enseigner ce qui était le propre des hommes mortels; puis, partagé entre ses deux origines, vivant entre deux mondes, il était devenu le protecteur secret de la cité de Calvin. Il agissait au nom de son ange, et par sa mère il le rencontrait souvent; mais il avait aussi une vie parmi les hommes. Pour le moment, néanmoins, Captain Savoy ne savait rien de lui: il ne le connaissait pas.
 
Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

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