11/03/2014

Le surhomme à venir

untitled-1-1371238783.jpgDans le livre de mon ami Brice Perrier, Qui a peur du saint Suaire? la croyance des Juifs en un messie à venir est présentée, à la fin; il est raconté que sa venue se fera en étapes successives, et qu’il y aura notamment un surhomme qui combattra victorieusement les forces du mal.
 
Bien plus que la légende du Golem, à laquelle on les a souvent rapportés, cette projection m’a rappelé les superhéros de Stan Lee, de Jack Kirby, de Jerry Siegel, de Joe Shuster. Car on dit que ce sont principalement des immigrants juifs, venus de pays allemands ou slaves, qui ont créé ces êtres prodigieux ayant pour remarquable particularité d’être comme les anciens héros mais de vivre dans le monde moderne, et en particulier en Amérique, regardée justement comme le pays de la liberté, de la justice, du progrès, de l’avenir.
 
J’ai déjà, de fait, évoqué la synthèse du Talmud d’Abraham Cohen et montré de quelle façon le judaïsme projetait l’âge d’or non dans un passé lointain, comme le faisaient les païens, mais dans le futur; or cet âge d’or doit forcément être créé par les superhéros.
 
Cela se mêle au merveilleux scientifique, puisque la technologie a fréquemment paru le moyen de réaliser les rêves de l’humanité. Mais ce n’est pas si systématique que certains croient. Il n’y a au fond pas de technologie humaine dans le surgissement de Superman, la planète Krypton disposant seule jack-kirby-2.jpgd’un vaisseau spatial à même de transporter Jor-El jusqu’à la Terre. Souvent du reste la technologie extraterrestre dans ces comics est un don, une grâce, et est différenciée de la technologie ordinaire, qui ne fait que mal l’imiter. On méconnaît en Europe que les superhéros sont souvent liés à une technologie d’êtres supérieurs vivant dans le ciel - et assumant, en réalité, la nature des anges. Jack Kirby a été clair, à ce sujet, dans son Fourth World: la technologie dont se servent ses New Gods n’a en fait rien à voir avec celle des êtres humains, elle est d’une tout autre nature.
 
Stan Lee se moque de lui-même, de ses propres fantasmes, en ce qui concerne la science, dont il avoue qu’il ne la connaissait absolument pas, quand il inventait par exemple que Hulk était né de rayons Gamma: il aurait été incapable de dire de quoi il s’agit; il trouvait juste que cela faisait chic, que cela rendait crédibles ses personnages.
 
Lorsque les Japonais ont adapté en série télévisée le mythe de Spider-Man, ils ont fait venir ses pouvoirs non d’une araignée radioactive, mais d’êtres extraterrestres à demi divins, liés à l’araignée. Dans leur mythologie, ils ont de ces êtres situés entre l’être humain et les dieux, des sortes de démons, mais qui peuvent être bons, et qui ont un lien profond avec les espèces animales, sur le modèle par exemple d’Hanuman, le singe héroïque de l’Inde ancienne - ou même des dieux égyptiens. Les pouvoirs de l’animal donnés à l’être humain s’assimilent aisément à ces sortes de héros, d’êtres que les vieux Romains eussent pu appeler des génies. La force du totem n’a pas d’autre origine; en Afrique, l’esprit d’une espèce animale peut donner sa force à l’initié, et la tradition des hommes-léopards a cette source; or, Kirby, encore, l’a repris dans son personnage de la Panthère Noire, roi disposant d’une technologie fabuleuse et de capacités surhumaines, apparentées à l’animal dont il prend l’apparence.
 
Même M. Spock, homme de la planète Vulcain qui apporte aux hommes le secret du voyage dans l’espace au-delà de la vitesse de la lumière, a les oreilles pointues que le paganisme latin attribuait à 341px-Winged_genius_Boscoreale_Louvre_P23.jpgses génies ailés, à ses êtres protecteurs des cités et des individus, et que la mythologie des anciens Germains donnaient à ses Elfes. La différence étant, justement, que Gene Roddenberry a situé l’arrivée des Vulcaniens dans le futur! Mais Vulcain est une planète dont parle la théosophe Blavatsky comme d’un dédoublement invisible de Vénus.
 
Naturellement, les mythologies en général ont joué un rôle énorme dans celle des superhéros: Kirby a créé ses New Gods après avoir longtemps dessiné ceux d’Asgard, et l’enracinement des artistes concernés dans la culture germanique ne doit pas être méconnu. Sans doute il en a eu assez un jour des Asgardiens: il l’a dit; mais son problème était seulement celui de tout artiste doué d’un fort tempérament: il voulait créer son propre univers, comme J.R.R. Tolkien, qui à cet égard lui servait de modèle. Il a du reste aussi marqué Jim Starlin, qui a sublimé des histoires d’extraterrestres descendus sur Terre pour y faire régner la justice, en particulier Captain Marvel, en les reliant aux dieux de l’Olympe et aux esprits sans corps qui habitent le cosmos; or, il s’est toujours dit païen, et en rupture avec le catholicisme. Il s’était lancé dans l’aventure des comics par admiration pour Jack Kirby et Steve Ditko… Puis, il a, apparemment, cessé de croire en la force de ses figures, car on dit qu’ensuite il s’est surtout parodié lui-même. Il n’avait pas la foi suffisante, malgré des débuts prodigieux.

08:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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