07/02/2014

Une visite d’Angkor (V): Tonlé Sap et musée national

tonle sap.JPGLa dernière fois, au sein de cette série évoquant mon voyage à Angkor, j’ai dit que j’avais fini la visite du site archéologique. Restant à Siem Reap, je décide alors d’effectuer une promenade en barque sur le Tonlé Sap (branche du Mékong).
 
Il s’agit d’une rivière aux eaux jaunes et boueuses; s’y baignent des enfants.
 
Les pêcheurs qui circulent sont musulmans: ce sont des Chams, issus du royaume défunt du Champa, que les Viets jadis anéantirent, mais qui fut puissant dans les temps anciens: ses armées souvent prirent et dévastèrent Angkor. Les musulmans se faisant enterrer, et non brûler comme les bouddhistes, on voit leurs tombes sur les îles boueuses et pleines d’herbes folles qui constellent la rivière.
 
J’arrive au lac; il s’étend à perte de vue. Invisible est l’autre rive. Les lointains sont blancs de chaleur et d301395-tonle-sap-tonle-sap-cambodia.jpge vapeur moite. L’eau molle miroite le ciel sans se mouvoir. Des maisons flottantes s’assemblent en villages. Des pirogues viennent faire photographier des enfants dont le cou est entouré d’énormes serpents; ensuite, quand on a pris la photo: One dollar please!
 
Nous devions visiter un élevage de crocodiles. Je suis débarqué sur une grosse maison flottante qui est en fait une boutique: on y vend la même chose qu’à Siem Reap. On monte un escalier, on arrive sur un pont, et on contemple le fond d’un trou qui contient effectivement plusieurs crocodiles. Il n’y a là rien à faire. La visite est finie. Je m’en étonne. Cela a paru si grandiose, dans l’agence de réservation! Il s’agissait surtout de donner aux touristes l’occasion de dépenser quelques sous.
 
Je rentre à Siem Reap.
 
Le matin qui précède mon départ, je me rends au musée national. Il est magnifique: d’innombrables trésors s’y trouvent: statues de Bouddha somptueuses, sublimes idoles du panthéon hindoue Je tombe en ravissement devant une sculpture d’Avalokiteshvara (Lokeshvara en khmer), le grand boddhisattva du bouddhisme mahayana, lequel on a pratiqué dans l’ancien Cambodge, après l’hindouisme  et avant lApsara.jpge bouddhisme théravadin: cette déité est équivalente à la célèbre Kannon des Japonais, ou à la Guanyin des Chinois. Il doit devenir Maitreya Bouddha et s’incarne encore de nos jours, guidant les hommes afin de les emmener vers le bonheur, intervenant depuis le monde spirituel. Je l’aime infiniment. Sa statue est en elle-même extraordinaire: son sourire est divin, et son troisième œil perce mon sein de part en part, grâce à son rayon invisible qui traverse la pierre, et allume en moi un feu divin! Les quatre bras de cet être sont également saisissants: ils poussent, tirent, prennent à droite, à gauche - providences de l’humanité.
 
Un peu plus loin, j’admire des lingams de Shiva. On vénérait, dans l’ancien temps, cet organe reproducteur. Soudain, une lumière se fait dans mon esprit: il est aussi comme un homme non encore formé, qui doit encore s’établir. Germe de l’homme futur qu’invite justement à créer, à partir de soi, Avalokiteshvara, il n’a pas, pour le moment, de traits distincts. Il est petit, tel un gnome. Sa forme de tumblr_m8qbx0hlR41rtlep5o1_400.jpgpénis renvoie sans doute au travail qui reste à effectuer pour donner naissance en soi un être nouveau. On ne saisit pas la profondeur du culte du lingam shivaïte si on croit qu’il s’agit de vouer un culte au plaisir, ou même à la faculté de créer une lignée: le symbole est surtout spirituel. S’il est si différent des figures de Maitreya, c’est que l’époque était autre: les symboles y avaient une capacité d’abstraction supérieure. On saisissait mieux les idées qu’ils portaient. Désormais, ne parlent à l’humanité que des visages humains. Un organe reproducteur fait donc ricaner, bien qu’il s’agisse d’une figure d’une grande élévation. C’est par la volonté des membres que l’homme se construit, et l’organe reproducteur est de tous les membres celui qui concentre le plus d’énergie créatrice. Il s’agit, ici, de faire remonter jusqu’au cœur, et même la pensée, la force de ce symbole, et d’agir dans tous les domaines de la vie de façon conforme à l’idée qu’il contient: les paroles, les actes, les pensées doivent aller de l’avant et être véritablement à l’origine d’un nouveau monde.
 
Pour cela, la beauté de l’art, partout présente dans le musée, est profondément nécessaire: elle porte l’âme vers les astres!
 
Après avoir attentivement contemplé l’ensemble des œuvres magnifiques, et avoir songé que c’est l’un des plus beaux musées que j’aie vus de toute ma vie, je rentre à l’hôtel, prépare mon sac, commande un tuk-tuk, et m’en vais prendre mon avion. Le beau voyage est terminé. La vision de Vishnou 800px-Bangkok_Airport_07.JPGbarattant la mer de lait (c'est à dire éthérique) avec les anges et les démons, à l’aéroport de Bangkok, me laissera une dernière image de gloire: grandeur nature, ces statues colorées formant un énorme groupe sont une modernisation des images que j’ai vues dans les galeries d’Angkor Vat, et je les trouve nobles et belles, dans le goût thaï que j’adore, même si elles n’ont pas l’élégance des bas-reliefs khmers. Les figures fondamentales sont éternelles, et le style évolue, mais rien ne se perd: le feu dans les âmes demeure, où des formes éblouissantes se détachent. J’espère pouvoir revenir un jour dans cette région du monde: tant de choses encore à voir!

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