14/01/2014

Une visite d’Angkor (IV): aire du Palais Royal, Ta Prohm

cambodia_banteay_srei.jpgDans le dernier épisode de ce récit de voyage à Angkor, j’ai évoqué ma visite au Phimeanakas; je suis monté au sommet de la pyramide, et suis redescendu, croyant alors voir la fée issue des Nâgas.
 
Seul, je décidai de parcourir toute l’aire du Palais Royal. La beauté, la splendeur des lieux, leur éclat intime, me donnaient des ailes - me faisaient oublier la chaleur. Je traversai un ancien mur à demi écroulé, passant une vieille porte, et me mis à marcher rapidement, ne sentant plus l’ardeur du soleil sur mon crâne, qui pourtant cuisait! Soudain, tout de même, je me sentis oppressé. L’ombre d’un arbre me soulagea. 
 
Reprenant ma marche, je pénétrai une enceinte nouvelle, contenant des bassins encore pleins d’eau des anciens rois. Je passai sous un arbre dont le grondement était énorme: des grillons en nombre prodigieux créèrent au-dessus de ma tête un véritable tonnerre. 
 
Me parlait-on, des hauteurs? Cet orage de bestioles ramenait-il dans ma mémoire obscure un temps que je croyais à jamais enfoui?
 
Devant moi et à ma droite s’étendaient les deux piscines rectangulaires, bordées de lignes de pierre patiemment construites; l’eau luisait au soleil; des feuilles de nénuphars flottaient; trois personnes se trouvaient à l’autre bout de la seconde rétention d’eau, près d’une porte de sortie. Deux étaient debout, une était assise; elles semblaient parler. Il me Angkor palais royal (1).jpgsemble que l’une de ces personnes était un moine. Je regardai à ma droite, de l’autre côté de l’eau: le mur du Palais Royal se dressait encore entier, et je songeai à ce qu’il devait être dans les temps anciens, et à ce que devait être tout le lieu à l’époque où le roi y demeurait. Je m’imaginai la splendeur. 
 
Se pouvait-il que je fusse déjà venu ici, dans une autre vie? Rudolf Steiner disait qu’on revient fréquemment sur les lieux où l’on a vécu une initiation. À l’idée que ce fût possible, je me sentis soudain ému jusqu’au plus profond de mon âme: un torrent de larmes inonda mon visage, et je cessai de pouvoir rien voir. Lorsque cela s’arrêta, je regardai à nouveau devant moi: les trois personnes que j’avais vues avaient disparu. Elle s’en étaient allées, et je ne les avais pas vues partir. 
 
À mon tour, je foulai l’herbe qu’ils avaient foulée, et sortis de l’enceinte du Palais Royal. Tournant à gauche, je m’en fus par l’ancien rempart de la cité vers la Terrasse du Roi Lépreux, comme on l’appelle, après avoir contemplé sur ma droite la Terrasse des Éléphants. Parvenu à la statue du dieu qu’on a cru un roi lépreux, et qui soit est Shiva, soit Yama, dieu des morts, j’empruntai le fabuleux chemin de garde, enfoncé sous terre, que remplissaient, contre le mur, des sculptures sans nombre, représentant justement le monde des morts, des démons, des divinités souterraines: chaque élément était fascinant, et le bas-relief se poursuivait à l’infini.
 
Enfin, je sortis, bus un peu d’eau, pris un tuk-tuk et m’en fus vers Ta Prohm, dernière étape de ma visite duangkor0377281.jpg jour. Je passai, chemin faisant, sous le portail orné à nouveau d’un dieu à quatre visages, dont certains disent qu’il s’agit de Brahma. Un ancien pont était orné de balustrades rappelant la barattement de la mer de lait par Vishnou: des démons et des anges tiraient un serpent, comme pour faire tenir la cité d’Angkor Thom, comme si celle-ci était précisément le pilier que le dieu bleu avait fait jaillir de la mer de lait et dont il avait bâti le monde - en plaçant au centre son royaume mystérieux, fabuleux, la terre sublime et paradisiaque de ses premiers disciples, les hommes de l’âge d’or, les hommes encore immortels des premiers temps! Angkor Thom en était le reflet, l’écho. 
 
Bientôt j’arrivai à Ta Prohm.
 
Les arbres fromagers qui font couler leurs racines sur les ruines des palais anciens sont connus: l'image en a été diffusée partout. La vie végétale qu’ils manifestent est impressionnante800px-Taprohmroots01.JPG; on a peine à croire qu’un arbre peut chercher ainsi à s’enraciner dans le sol, après être né en haut d’un mur!
 
La promenade de Ta Prohm a parfois l’aspect d’un labyrinthe. Ce vaste complexe abandonné par les hommes durant plusieurs siècles a de quoi étonner: comment cela est-il possible? Pourquoi est-on parti? Mais c’est la question qu’on se pose face à toute ruine antique retrouvée dans un lieu désert.
 
Après cette traversée du complexe et de la forêt, je rentre à Siem Reap. Le lendemain, j’ai prévu une balade sur le Tonlé Sap, bras du Mékong, jusqu’au lac qui, l’élargissant, porte son nom. Le matin, je suis emmené par un employé de la compagnie des bateaux qui vient me chercher en voiture. La distance est assez grande, et sur place, les touristes sont nombreux. On s’attend à vivre une journée palpitante.
 
Mais elle ne pourra être racontée qu’une fois prochaine.

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