04/11/2013

Une visite d’Angkor (I): vers Siem Reap

riziere-cambodge.jpgAprès ma visite de Phnom Penh, je pars en car à Siem Reap. J’y parviens sans véritables encombres, même si, au Cambodge, les routes ne permettent pas la grande vitesse. Sur le chemin, le chauffeur a passé le film The Killing Fields (La Déchirure), le plus émouvant qui ait été fait sur l’histoire récente du pays. Il m’a toujours fait beaucoup pleurer. Ensuite, les passagers évoquent leurs souvenirs de cette époque des Khmers Rouges: l’un d’eux, originaire de Siem Reap, a été envoyé dans les rizières de la région agricole que justement nous traversons; les paysans y exerçaient leur rancœur contre la bourgeoisie des villes. L’enjeu n’était pas seulement dans l’idéologie abstraite, l’influence théorique de Jean-Jacques Rousseau et de Karl Marx. Il s’agissait aussi, pour la plèbe, de prendre sa revanche contre des classes sociales regardées comme de lignée non khmère, en particulier celles qui venaient de Chine, douées pour le commerce - outre, naturellement, celles qui s’étaient liées à l’Occident.
 
Mais j’arrive à mon hôtel. Je me rafraîchis dans la piscine. Dans la soirée, je sors en ville et en acquis un aperçu. Elle me fait penser à Annecy: tout y est adonné au tourisme, les restaurants y sont innombrables; on y trouve des boutiques de produits de luxe. Une jolie rivière coule au milieu, entre deux berges établies avec régularité et munies de sentiers agrestes, parsemés de bancs et de statues, à l’occSiem_reap.jpgidentale. On se croirait au bord d’un canal de Louis XIV. 
 
Qu’on ait creusé le lit de la rivière n’empêche pas, l’été, les inondations, même si cela les limite, et le trottoir montre fréquemment des dalles déplacées et désordonnées, effet des pluies.
 
Mais on ne vient pas à Siem Reap, en principe, pour la beauté de la ville: Angkor est à deux pas. Je visiterai demain le sanctuaire.
 
Pour des raisons domestiques, je ne ferai que le petit tour. La chaleur est écrasante. Je prends un tuk-tuk et j’arrive directement à Angkor Vat après avoir traversé une forêt éclaboussée de lumière. 
 
Les bordures des routes, balayées constamment, sont bien entretenues. Je compare intérieurement avec Koh Kong, la première ville cambodgienne que j’ai vue, profondément excentrée, juste après la frontière thaïlandaise: des sacs en plastique jonchaient les rues, les prés, les terrains de football, à la façon de fleurs dans une pâture!
 
Pourtant Koh Kong est liée à la déesse de la bande côtière, une femme divinisée après s’être noyée parce qu’elle avait voulu, depuis Kampot, rejoindre en bateau son mari en mission dans cette cité. Qu’elle soit morte par affection pour son époux a suffi à la rendre immortelle! Elle est apparue dans un rêve visionnaire, et a annoncé qu’elle serait désormais la protectrice de la côte khmère…
 
Une histoire comparable se trouvait dans un récit tamoul que j’avais lu récemment, Le Roman de l’anneau: une femme fidèle à son mari qui ne l’avait pas été était transformée en sainte glorieuse, g4.jpgacquérant parmi les dieux un corps plus brillant que l’éclair! De l’ouest de l’Inde au Cambodge, la mythologie était la même, et, à vrai dire, les saintes de l’Occident ne sont pas différentes, les dieux y prenant simplement le nom d’anges, sauf que, au sein du christianisme, la tendance fut plutôt de diviniser les vierges: en Asie, on vénérait surtout les épouses fidèles!
 
Sans doute sainte Monique, mère de saint Augustin, fut-elle canonisée parce qu’elle avait tout sacrifié à son mari infidèle, finissant par le convertir et le transformer; et Jean-Jacques Rousseau, chantant Julie d’Étange, épouse parfaite, rejoignait lui aussi l’Asie. Cependant, elle n’est pas morte par amour pour son mari, mais pour sauver son enfant tombé dans le lac Léman: y plongeant à son tour, elle y attrapa le mal qui la tua. L’image de la mère paraissait à Rousseau plus fondamentale que celle de l’épouse. Lui-même reconnaît que rien ne lui semble plus beau que l’image de la Vierge à l’Enfant! Sainte Monique, à son tour, a surtout bénéficié de l’enseignement qu’elle a donné à son fils, au regard de la postérité. Dans le monde indien, l’image de Vishnou que soutient de sa présence la divine Lakshmi est plus prégnante…
 
Je continuerai ce récit sur Angkor une autre fois, néanmoins.

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