16/08/2013

Captain Savoy et la chambre d’amour

kremilin.jpgDans le dernier épisode de cette emblématique série, nous avons laissé Captain Savoy au moment où, ayant suivi la fille du roi des Elfes dans son appartement, il fut émerveillé par ce qu’il vit. Car de l’autre côté de la porte d’émeraude, était la chambre d’Adalïn la princesse, qui était la plus belle femme qu’on pût jamais voir.
 
D’abord il admira les murs lambrissés d’or, et parsemé de lampes qui semblaient être autant de grosses pierres précieuses rayonnantes, palpitantes, luisantes. Le plafond était en caissons, et contenait dans chaque enfoncement une autre gemme qui brillait. Or, elles s’allumaient à la voix d’Adalïn, car elles étaient douées de vie propre: des esprits étaient dans ces cristaux, mis au service de la belle, et créaient à volonté de la lumière. Il semblait que la clarté même des astres fût en eux, comme si des mages l’avaient captée; ce qui était bien le cas: car pour les êtres de la Lune, les rayons des étoiles étaient comme est l’eau pour les mortels; ils pouvaient les saisir et les placer dans des boules de cristal, pour s’en servir comme de lampes. Ils le faisaient constamment, ainsi que Captain Savoy l’apprendrait bientôt; et lorsqu’une de kand.jpgces merveilleuses lanternes ou était abandonnée par négligence sur la Terre, qu’elle y tombait, ou même était volée par l’un d’entre eux, les hommes se déchiraient pour la posséder, si grande était sa puissance! Cela arrivait.
 
Ces joyaux qui jetaient de la lumière étaient de différentes couleurs, et la pièce se trouvait comme remplie d’un arc-en-ciel. À Captain Savoy, il semblait qu’autour de lui était une peinture vivante, traversé d’étoiles pareilles à des flocons de neige. Or, si les couleurs se mêlaient, elles ne le faisaient pas au hasard; des formes s’y traçaient - représentant des choses, des êtres.
 
À cette époque, le héros n’était encore qu’au premier stade de son initiation; il ne reconnaissait, dans ces lignes, presque rien, ni personne. Il ne lisait pas dans les rayons des étoiles, comme plus tard il apprendrait à le faire. Un jour, il découvrirait que ces figures étaient celles de héros du temps jadis, et qu’elles retraçaient leurs exploits. Il s’agissait d’anciens hommes-fées qui avaient eu le droit de gagner des cieux plus élevés en se sacrifiant pour les autres, en particulier les mortels, conformément aux directives des dieux. Leurs combats se distinguaient, ces formes étant animées, et les couleurs chatoyaient et changeaient, comme pour signifier leurs gestes.
 
En vérité, l’esprit éclairé pouvait y lire leurs heures de gloire, ainsi que leurs heures de peine, à l’époque où ils demeuraient sur la Terre, et luttaient contre les démons de l’Abîme! 
 
On voyait là le fier Dal, abattu par le fils de l’Orc alors qu’il cherchait l’étoile tombée du Ciel pour sa jarylo.jpgDame, qui l’en avait requis; et d’en haut paraissaient des rayons, jaillissant du noble Dordïn, pour l’arracher à sa geôle ténébreuse. On distinguait également les héros de la grande cité - Sündamar, et Diênïn, qui combattait un dragon. Alar brandissait sa grande épée de fer météorique, et Vurnarïm forgeait ses foudres au fond de l’espace et par-delà le seuil du temps. 
 
Plus petits, moins visibles, Vidovède le Nain accomplissait son terrible destin à la recherche des fruits de l’arbre des anges, Samawald montait un phénix d’or pour entrer dans le monde de la Reine des Montagnes, et le prince Orlade galopait sur son cheval blanc comme neige, et à la crinière d’or, au sein de la bataille de la fin des temps.
 
Tous passaient ainsi que des songes, mais sous une forme d’éther que Captain Savoy apprendrait plus tard à différencier de façon plus parfaite, reconnaissant ce qui s’y mouvait, au lieu de n’y distinguer qu’une puissance unique déployée en un arc-en-ciel, comme alors il le faisait. Les êtres qui constituaient cet ensemble étaient pour lui surtout comme des étincelles au sein de cet arc. Or, il n’apprendrait son langage de couleurs qu’après de longs séjours auprès d’Adalïn. Nous en reparlerons une autre fois, si nous le pouvons!
 
Pour l’heure, revenons à ce qu’il vit ensuite: le lit était contre le mur de l’ouest - et son baldaquin était de soie pourpre. Les montants étaient en bois de cèdre, ou paraissaient l’être: l’essence en avait le même aspect. Il était nimbé d’une clarté étrange.
 
Soudain, sur la couche de soie bleue, Captain Savoy aperçut, assis, un être étonnant. Il en sursauta: il avait pensé qu’ils étaient seuls dans la pièce. Or, il s’agissait du dieu de l’amour; il souriait, et ses yeux luisaient; ils étaient pareils à des étoiles.  Il cligna des yeux: la vision disparut. Elle semblait n’avoir été là que comme un rêve!
 
Puis, relevant la tête, il s’aperçut qu’Adalïn le regardait en souriant.
 
Cependant, cet épisode commence à être long: il nous faut reporter la suite à une autre fois.

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