31/05/2013

Momulk et l’Elfe Jaune

Solcum 14.jpgDans le dernier épisode de cette série, j’ai laissé Momulk au moment où, à Vouan, il s’est retrouvé, alors que le soleil venait de se coucher et la lune de se lever, face à un être étrange aux yeux lumineux, dont le feu le perçait. Mais bientôt, la puissance de ce regard s’atténua, et il put distinguer la forme de l’être qui le scrutait ainsi.
 
Or, il était entièrement revêtu d’un vêtement jaune, qui était d'un tissu bien étrange, car il épousait la moindre courbe de ses muscles, et scintillait, comme s'il fût fait d'un métal inconnu à la Terre, à la fois léger et solide: il s'agissait autant d'une armure. Cependant, à ses mains et à ses pieds étaient des gants et des bottes rouges, qui semblaient être faits de bandes de métal, et qui luisaient davantage encore. Quant à son visage, il portait un masque violet, qui lui recouvrait aussi le crâne; mais, de nouveau, il épousait parfaitement ses traits, comme s’il était en symbiose avec sa chair, et, quand il ouvrait la bouche, on voyait ses dents blanches et sa langue rose, et il ne ressentait aucune gêne lorsqu’il voulait s’exprimer - comme Momulk allait bientôt s’en apercevoir! Plus étrange encore, à la place des yeux, des joyaux éclatants empêchaient de distinguer la moindre pupille; ils étaient de véritables rubis, qu’un feu mystérieux animait: de fins éclairs dorés les zébraient.
 
Sur sa poitrine était représenté un phénix stylisé, avec deux ailes vermeilles, et un topaze dans l'armure, entouré d'un collier d'or; on eût dit qu'il avait sa vie propre, qu'il disposait d'une présence occulte: un rythme était dans son éclat.
 
L’arrière et le dessus de sa tête étaient dénués de la moindre chevelure, mais une crête métallique et luisante surmontée d’un panache jaune à la forme changeante - comme s’il était fait d’une flamme toujours vive - se dressait et remplissait l’air d’un mystérieux chatoiement - y faisait comme un nimbe. Elfe.jpgParfois, d’une manière curieuse et effrayante, des traits luisants s’en détachaient, s’élançant vers le ciel; lorsqu’ils arrivaient à hauteur des nuages, un éclair jaillissait, et, dans sa lumière, une forme énorme se dessinait. Cet être merveilleux, faisant face à Momulk, était-il, par ses pensées, en lien constant avec des entités divines? On pouvait bien le croire!
 
Il était majestueux; et, derrière lui, une cape de soie rouge s’étendait, mais sans toucher le sol, comme si elle fût animée d’un mouvement propre, et douée de sensibilité: même quand aucun vent ne se faisait sentir, elle bougeait, semblant légèrement danser selon les ondes invisibles qui traversaient l’air. On la sentait prête à bondir, et à étouffer tout ennemi qui se fût présenté; et, plus encore, elle brillait, comme si elle eût elle aussi de lumière, et à peine cristallisée par l’art de quelques tisseuses enchantées. Jamais l’être qui la portait n’eût pu être gêné par elle lorsqu’il se mouvait, car elle s’accordait parfaitement avec lui, et était son alliée dans ses combats!
 
Les rayons de la Lune, en se reflétant sur lui, multipliaient leurs feux.
 
Or, pour la première fois sous sa propre apparence abjecte, Momulk s’entendit prononcer des paroles audibles! L’être étrange avait éveillé en lui la raison, sans pour autant ramener le calme du cœur qui à coup sûr lui eût rendu son humanité; car il dit: Q… q… qui… es-t… t… tu? 
 
L’être lumineux ressemblait, dans son souvenir, à Captain Savoy, le héros qui l’avait vaincu, mais il pouvait voir que ce n’était pas lui. Il l’entendit alors lui répondre d‘une voix forte et tonnante: Ah! monstre, ainsi donc, tu peux parler? Le démon qui est en toi n’a donc pas anéanti toute forme d’humanité? Eh bien, je vais te dire ce que tu veux savoir, puisque tu as fait cet effort de ramener en toi la lumière de l’intelligence, jadis éteinte par l’esprit obscur qui t’habite. On m’appelle l’Elfe Jaune, et je suis l’ami et le disciple de Captain Savoy, que tu connais, et qui m’a chargé à ton endroit d'une mission: te dompter166079_570351066337909_16657313_n.jpg et éveiller ta raison, afin que, même sous cette apparence de créature des ténèbres, tu sois en mesure de distinguer le bien du mal et d’agir en toute liberté, vainquant le mal qui est en toi et t’empêche de suivre le bien que ta pensée conçoit.
 
Captain Savoy n’a pas pu venir lui-même; il est pris par d’autres tâches - notamment celle d’une bataille contre la pieuvre immense qui s’est arrachée aux profondeurs du lac d’Annecy et s’emploie à présent à  envahir ses rivages! Comme j’eusse aimé l’aider! Car il aura fort à faire, dans ce conflit affreux: il peut même y laisser la vie. Ce monstre, doué d’une intelligence maligne, est né de l’abîme; dans ce monde, il n’a fait que se créer une enveloppe! Si donc Lacner succombe dans ce grand combat, je ne me pardonnerai jamais de n’avoir pas été à ses côtés - car il est mon père, mon mentor, mon maître et mon guide! Mais il m’a spécifié que cette mission vis-à-vis de toi était de la plus haute importance, et que l’avenir de tout un pays, voire de toute l’humanité, pouvait en dépendre. Alors j’espère que tu te montreras digne de ce don que je te fais, en ne me posant pas trop de problème! Tiens-toi comme il faut, face à moi, car Captain Savoy m’a dit comment il t’avait vaincu, il sait à présent ton point faible, et je le connais aussi: tu ne me résisteras pas longtemps, si tu décides de t’opposer à moi.
 
Et, ayant dit ces mots, il fixa son regard sur Momulk. Celui-ci, d’abord surpris de son autorité, fut bientôt irrité par son arrogance. Et ses yeux jetèrent des flammes, et il se dressa de toute sa hauteur. Il saisit un petit hêtre qui se dressait à sa gauche, et l’arracha sans effort du sol, qui en trembla; celui qui se faisait appeler l’Elfe Jaune ne fut pas trop étonné de cette réaction: il se tenait prêt. Momulk bondit et voulut asséner un coup monumental à son nouvel adversaire. Ce qu’il en advint sera dit une fois prochaine, si cela est possible.

23/05/2013

Science-fiction: les mondes fabuleux du possible

562967_561564977198587_1599995347_n.jpgLa science-fiction est un genre qui cherche à déployer une imagination dans les limites de ce que regardent comme possible les théories scientifiques actuelles. Elle rejette, implicitement, la distinction entre le vraisemblable et le possible telle que les écrivains, depuis Pierre Corneille, l’établissaient - notamment lorsqu’ils voulaient créer des intrigues cohérentes à partir de la mythologie grecque: dans le monde des croyances antiques, une logique existait, même si elle s’appuyait sur des postulats regardés comme faux. Cette distinction avait pour origine Cicéron, qui opposa la logique de l’histoire à celle de la fable. La première s’appuyait sur la logique du réel même; la seconde suivait sa logique propre. La science-fiction rejette cette opposition: elle essaie de ramener l’imagination vers la logique du réel.
 
Jusqu’à un certain point, le christianisme avait déjà opéré de cette manière. Elle brouillait la frontière entre la fiction et le réel par son histoire sacrée, qui unissait le monde humain et le monde divin. La Bible faisait intervenir les anges dans des faits qu’on regardait comme vrais.
 
Cependant, la Renaissance a ressuscité la pensée de Cicéron. L’imagination ne devait plus être limitée par les principes du christianisme: elle pouvait pénétrer dans la fable, devenir pure fantaisie.
La science-fiction essaie de tisser un lien entre cette fantaisie et le matérialisme scientifique, devenu nouvelle doctrine incontournable. Cependant, à cet égard, elle ne ressemble pas tout à fait au christianisme, qui admettait l’existence de l’Esprit: elle rappelle davantage les anciens sages de Rome qui ne croyaient pas à la mythologie. Mais, contrairement à eux, elle donne un rôle inhabituel à l’imagination. Elle est comme un mélange de christianisme et de philosophie romaine, ou comme une philosophie romaine marquée par le romantisme et voulant accorder à l’imagination une place importante.
 
Du reste on trouve, chez des auteurs antiques, des conjectures scientifiques non dénuées de poésie: on se frazetta016.jpgsouvient de Sénèque imaginant la Terre se dissolvant dans l'ensemble des mers. Il aurait pu en faire un roman, si la fiction n’avait pas été réservée à l'imitation des Grecs!
 
La science-fiction est au fond une Rome qui essaie d’assimiler à son esprit propre la littérature fabuleuse, venue d’Orient. Les dieux y deviennent des extraterrestres qui guident la Cité vers l’éternité, qui sont soumis au devoir de faire progresser l'être humain!
 
Or, le poète chrétien Prudence attribuait cette poussée civilisatrice ultime au Christ: il affirmait qu’il emmènerait Rome au Ciel. On saisit alors le rapport entre la science-fiction et un penseur tel que Teilhard de Chardin, qui voyait, dans la transformation de la matière par la travail humain, une spiritualisation emmenant l’humanité vers Dieu. La différence étant qu’il assumait la croyance en l’Esprit, et que la science-fiction se veut purement matérialiste. Ce qui est pour le moins paradoxal, l’imagination dépassant toujours l’expérience sensible. Que son objet soit présenté comme matériel n’y change rien: à cet égard, il ne faut pas confondre l’image elle-même avec ce qu’on en énonce en théorie.
 
Il en résulte que la meilleure science-fiction est celle qui ne se limite pas, dans ce qu’elle imagine, au monde physique, et qui l’assume: c’est celle de C. S. Lewis et d’Olaf Stapledon - que la critique universitaire, au moins en France, assimile à cause de cela à la fantasy. De fait, il n’est pas réellement sensé d’attribuer à la matière même des principes magiques susceptibles d’emmener l’humanité vers l'absolu Idéal! Lovecraft, qui se disait matérialiste, se moquait de la philosophie du progrès, dans laquelle il voyait avec raison un reste de spiritualisme. Victor Hugo disait que l’évolution de l’homme vers l’infini était soutenue par les anges, dans Plein Ciel:
 
Les êtres inconnus et bons, les providences
Présentes dans l’azur où l’œil ne les voit pas,
Les anges qui de l’homme observent tous les pas,
Leur tâche sainte étant de diriger les âmes
Et d’attiser, avec toutes les belles flammes,
La conscience au fond des cerveaux ténébreux,
Ces amis des vivants, toujours penchés sur eux, 
Ont cessé de frémir et d’être, en la tourmente
Et dans les sombres nuits, la voix qui se lamente.
Voici qu’on voit bleuir l’idéale Sion.
 
Le navire humain s’envole vers la liberté absolue, la cité divine, au travers des êtres sidéraux - se révoltant contre les lois antiques et obéissant, ce faisant, à Dieu! C’est l’essence manifestée de la science-fiction, qui ne peut pas réellement se soumettre au matérialisme ou limiter ses imaginations d’avenir aux triomphes de la vieille cité latine! Il lui faut pénétrer toujours de nouveaux mystères…

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15/05/2013

Le mariage de Captain Savoy

1.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé Captain Savoy en compagnie d’Adalïn, la fille du roi des demi-dieux - comme on peut, certes, appeler ceux qui vivent sur l’orbe de la Lune. Or, lorsque saint Avit de Vienne, dans son Histoire spirituelle, dit que le paradis d’Adam et Ève était bien plus grand que la Terre actuelle, et que ses habitants touchaient aux astres, pour eux tout près, il faut certainement le rapprocher de ce royaume d’Ordolün père d’Adalïn. Il faut d’ailleurs signaler que, selon saint Avit, dans ce jardin miraculeux, les fleurs et les fruits croissaient chaque mois, sur les arbres. Les saisons ne duraient qu’une semaine: pas davantage. Or, il en était également ainsi dans les jardins du roi-fée!

Et ce sont justement eux qu’Adalïn commença à montrer à Lacner (véritable nom de Captain Savoy). Là étaient les plus merveilleuses fleurs du monde, et les fruits ressemblaient à des lampes. Au-dessus de lui, notre héros s’étonnait de voir les étoiles comme si elles étaient toutes proches: il tendait la main, et leur lumière s’y plaçait. Elles étaient juste au-dessus des arbres - circulaient entre les branches, comme si elles fussent leurs fleurs et leurs fruits! Elles laissaient derrière elles, en passant dans les feuillages, des morceaux qui devenaient réellement des fleurs puis des fruits! Ainsi se sacrifiaient-elles pour semer la vie sur l’Orbe de la Lune; et quand ces fruits qu’elles formaient tombaient, leur jus descendait sur la Terre et y engendrait des copies d’eux-mêmes.

Plus étonnant encore, le ciel paraissait être un plafond de cristal: il tournait, comme s’il eût été un dôme.

Alors Captain Savoy s’enquit: Est-ce là une machine? Qui la fait tourner? Et Adalïn, en souriant, répondit: Ô Lacner! Il s’agit du même ciel que tu vois depuis la Terre, mais ici, il apparaît tel qu’il est vraiment. Les étoiles sont des points d’or qui sont posés par les anges dans une onde qui coule et font THOR-concept-art-Asgard-2.jpgavancer la voûte céleste. Cette onde est mue à son tour par d’autres anges, placés au-delà. Ce que l’on croit voir n’est bien souvent qu’un leurre. Ce que tu nommes ciel n’est qu’un charme tissé par les dieux...

Captain Savoy en fut surpris, et ne fut pas sûr de tout comprendre; mais il n’en demanda pas davantage.

Ensuite, elle le fit pénétrer de nouveau dans le palais, et le lui fit visiter. Ils virent mille merveilles, sur lesquelles le héros posa mille questions ; et, toujours gracieuse et l'œil lumineux, en souriant doucement, parfois en riant de son étonnement et de ses réactions, qui montraient qu'il saisissait souvent mal ce qu'il voyait, mais qui montraient aussi qu'il en savait déjà long sur les mystères célestes, la belle fée lui répondait; et ainsi connut-il mieux le monde des immortels d'en haut.

Un jour peut-être il sera loisible à l'auteur de cette histoire de décrire en détail ce qu'il vit alors et apprit. Mais, outre que cela ferait dévier le conte loin de son objet principal, cela serait l'occasion d'explications longues et difficiles, ce monde étant différent en essence de celui où vivent les hommes, même s'il n'est pas dénué de formes sensibles. Car il est celui dont les choses matérielles sont venues, ou une partie de celui-ci, celui où les formes s'établissent sans se revêtir de matière: là les archétypes ne sont en rien des idées contenues dans la tête des hommes, mais des êtres vivants, se mouvant dans leur élément propre, qui est le père de tous les éléments, celui dont les autres émanent. Mais cela sera dit plus clairement une autre fois. Il suffit lors de faire savoir que Captain Savoy s'initia alors aux mystères de ce pays de fables, qu'il apprit à le connaître, et que la belle Adalïn fut son guide, sur le chemin de cette connaissance, qu'elle lui enseigna ce qu'il devait savoir, qu'elle lui apprit ce qui le warlock-adam.jpgrendrait dans sa conscience l'égal des immortels, qu'elle forma son esprit après que d'autres êtres fabuleux et mystérieux eurent formé son corps: car on sait qu'il en acquit un nouveau, après la destruction de celui qu'il avait eu sur Terre en tant qu'homme, et que c'est ce qui lui donna ses merveilleux pouvoirs. Ou si on ne le sait pas, c'est encore quelque chose qui devra être dit, et révélé au monde: Captain Savoy est issu d'une résurrection. Des esprits d'une grande puissance l'ont renvoyé sur Terre muni d'un corps nouveau, pour accomplir les grands desseins de la destinée. Il restait à lui créer une conscience nouvelle, les formateurs de sa chair immortelle n'y ayant placé qu'un germe; et les dieux en vérité en avaient chargé Ordolün et sa fille Adalïn, et c'est ainsi que celle-ci, ayant appris qui il était, avait été, et devait être, sentit dans son cœur un commencement d'amour, avant même que le héros ne la connût.

Toujours est-il que la visite se poursuivit et que, bientôt, ils furent de retour dans le jardin, où ils comptaient se reposer un peu. Ils s'assirent sous une tonnelle étincelante, parsemée de pierreries qui jetaient une clarté douce et belle, et parlèrent quelque temps, avant que la conversation ne commençât à se languir. Au loin, on vit, sous une galerie, passer une troupe de femmes et d'hommes joyeuse, qui chantaient et riaient, et tenaient des instruments dans les mains, et ne semblèrent pas les voir. Puis, ils s'en furent et le silence revint. De la cime de quelques arbres vinrent alors quelques chants d'oiseaux, et il parut à Captain Savoy qu'ils lui disaient quelque chose; mais il ne savait ce que c'était. Finalement, Adalïn lui demanda s'il voulait marcher un peu; et le héros acquiesça.

Alors qu’ils s'avançaient sur des perles servant de gravier, que les baignait la clarté des étoiles et des lampes, Captain Savoy, sentit son cœur s’emplir de la présence d'Adalïn. Il ne voyait plus qu’elle, et il lui semblait qu'une lumière émanait de sa personne. Sa douce voix, qu'elle faisait entendre par de 2.jpgbrefs murmures, puisqu'ils n'avaient plus de sujet de conversation, et que le héros était déjà fatigué, dans son esprit, par les mille merveilles qu'il avait découvertes - sa douce voix le troublait et l'emportait sur des chemins inconnus, mêlés de rêves et de sensations. Il oublia bientôt tout le reste.

Soudain, il se tourna vers elle, la fit s’arrêter en lui prenant le bras, puis il plaça sa main dans la sienne, et elle resserra ses doigts. Elle rougit, néanmoins, et parut émue, lorsqu'elle le regardait. Son œil s'humidifia, et même une larme s'y forma, brillante comme le cristal; Captain Savoy vit s'y refléter les feux du sublime jardin. Il fut bouleversé, car il percevait que la femme qui avait hanté ses rêves l’aimait véritablement.

Il s'approcha, et posa ses lèvres sur les siennes.

Alors, au-dessus d’eux, ils entendirent une musique étrange; elle venait du ciel. Lacner chercha d'où elle pouvait provenir. Or, des êtres lumineux, comme suspendus parmi les étoiles, placés sur des sortes de brumes dorées, jouaient cette musique, maniant des instruments bizarrement colorés.

Captain Savoy se demanda ce que cela signifiait. Adalïn sourit, et chuchota: Ne dis rien, ô Lacner, et laisse-les jouer.

Plus tard, il apprendrait qu'il s'agissait en réalité de ceux qu'en Inde on appelle les Gândharvas, et qui j3.jpgouent de la musique dès qu'un amour profond et sincère unit deux êtres. Sur Terre on l'entend dans son cœur, si on est attentif; mais dans l'orbe lunaire, ils apparaissent: ils ne restent pas invisibles comme au pays des mortels.

Captain Savoy ne chercha néanmoins pas à en savoir davantage, pour ce soir. Plein de joie douce et d'émotion contenue, il embrassa de nouveau Adalïn, cherchant même à la faire asseoir sur le gazon; mais elle refusa. Le repoussant légèrement, elle lui jeta un regard malicieux, et se retourna, comme pour le fuir. Sans tarder il la suivit, et ils passèrent, ainsi, tous deux sous une arche ornée, au pied d'un mur; puis ils montèrent quelques marches, et parvinrent au seuil d’une porte d’émeraude, qu’Adalïn ouvrit d’un geste: le battant se déroba comme s'il avait perçu l’ordre qu'on lui adressait. Ils entrèrent, et Lacner fut émerveillé par ce qu’il vit.

De cela, cependant, nous parlerons une autre fois.