15/04/2013

Momulk et l’énigme de Vouan

Dans le dernier épisode de cette angoissante série, nous avons raconté comment Momulk, monstre vert et abominable, fut vu courant et bondissant vers la forêt profonde de Vouan, le massif montagneux et sauvage qui domine Boëge. Nous avons évoqué l’incrédulité des esprits forts, et les certitudes des paysans qui disaient l’avoir aperçu. Or, la sagesse populaire cette fois ne fut pas démentie: car des faits étranges confirmèrent que quelque chose d’inquiétant vivait dans ces lieux farouches. En effet, rapidement, on retrouva des animaux éventrés, morts, les membres rompus; et pas d’autre blessure ne se trouvait sur leurs corps que celles qu’eussent pu faire des mains, des poings, des dents! momulk2.jpgMême les traces de griffes étaient invisibles. On crut brièvement à un lynx, certains parlèrent d’un gypaète - mais les membres rompus des sangliers le rendaient impossible.
 
Les gendarmes parcoururent le massif, effectuèrent une battue - et la rumeur naquit, que les montagnes savoyardes possédaient elles aussi leur yéti!
 
Or, un jour, deux gendarmes qui patrouillaient ensemble, à pied, sur les chemins de Vouan s’arrêtèrent, pétrifiés de terreur: devant eux, leur tournant le dos, un géant vert dévorait un daim cru - et les bruits qu’il faisait en mangeant étaient pires que ceux d’un porc! Tout autour de lui étaient répandus des flaques de sang mêlées à la terre humide, des boyaux, des entrailles, et l’un des deux gendarmes crut qu’il allait s’évanouir. Il vacilla, sentit une masse noire lui monter au cerveau, et s’appuya sur le bras de son compagnon, qui aussitôt le soutint.
 
Ils se remirent alors à regarder le monstre. Trop terrifiés pour oser parler à voix haute, ils restèrent immobiles quelques instants, la bouche béante, les yeux écarquillés, paralysés par cette vision. Puis, comme d’un commun accord, quoique sans s’être consultés, ils commencèrent à reculer. Étant momulk3.jpgparvenus à effectuer quelques pas, soudain ils se retournèrent et se mirent à courir. Mais ce fut leur erreur. Car l’ouïe de Momulk était fine: et dès qu’ils ne pensèrent plus à ne pas faire de bruit, il les entendit, se retourna, et, de son œil de braise, les vit!
 
Il les poursuivit, brisant plusieurs branches sur son passage - tant sa taille était haute! Ils eurent beau mouvoir leurs jambes de toute la vitesse dont ils étaient capables, il les rattrapa en un instant. Il sauta par-dessus eux pour se placer juste devant: quand ils le virent atterrir sur le chemin qu’ils s’apprêtaient à prendre, ils se crurent morts. Mais il les regarda, et ne fit rien. Il se contenta, après les avoir fixés des yeux un long moment, de crier en levant les bras; puis, une vague étincelle, une lueur d’intelligence sembla traverser la braise de son regard atroce - et son visage parut s’apaiser; la flamme qui brûlait dans ses prunelles devint moins forte. Alors, grognant plus faiblement, il bondit, et disparut derrière une haie de sapins.
 
Rentrés au poste, les deux gendarmes purent témoigner: ils l’avaient bien vu! Cette fois, il n’y avait plus de doute possible. Tout concordait: le monstre existait bel et bien. Et comme on montrait des photographies de Mirhé Maumot aux deux hommes, ils avouèrent un certain air de ressemblance - même si le visage du monstre était bien plus hideux. On conclut à la vérité de l’idée qu’on s’était faite contre toute vraisemblance: Mirhé Maumot s’était transformé en une créature affreuse - et peut-être était-il possédé par un esprit des profondeurs amené à la surface de la Terre par les tubes accélérateurs de particules! Et qui avait pu s’arracher à l’Abîme en passant par les failles créées dans les atomes - disaient certains amateurs invétérés d’occultisme…
 
Quoi qu’il en fût, la circulation dans Vouan fut désormais interdite au public, et le massif fut quadrillé et surveillé par l’armée. On continua à chercher le monstre, mais on ne le voyait que furtivement: en tout cas, malgré les moyens mis en œuvre - les hélicoptères, les caméras, les patrouilles -, on ne put pas même l’approcher, ni avoir de lui la moindre image; il se jouait de la technologie des hommes. À croire qu’il disparaissait à volonté dans des trous de souris! Ou que les deux gendarmes, influencés par les récits des paysans, avaient pris pour un monstre une simple souche moussue… Et certains soldats commençaient à y croire, et à en rire; ils en parlaient, s’en ouvraient.
 
Mais il n’en était rien. En vérité, un soir, Momulk fit une étrange rencontre, dans ce bois hanté. Il était allongé sur le sol, étendu sur un tapis d’épines de pin, fatigué et prêt à s’endormir, quand, soudain, il sentit auprès de lui une présence. Comme une clarté se diffusait, qui n’était pas celle du soleil qui se momoulk6.jpgcouchait, ni celle de la lune qui se levait. Il grogna, et se dressa, regarda. Deux yeux éclatants étaient fixés sur lui. Ils l’éblouissaient, lui auquel le soleil ne faisait point cligner l’œil! Et même, ils le meurtrissaient. Il se sentait comme transpercé par leurs feux: ils lui étaient comme de fines flèches qui entraient dans sa peau et le torturaient. Il grogna plus fortement, mais, étonné, surpris, face à cette prodigieuse puissance, il resta au sol.
 
Or, peu à peu, il s’habitua à cet éclat; la douleur, face aux traits de feu, s’atténua. D’ailleurs, la lumière sembla bientôt moins vive, en elle-même, comme si l’être qui la créait en avait diminué volontairement la force. Alors, derrière l’éblouissante clarté, Momulk distingua un homme à l’allure étrange. Nous le décrirons une fois prochaine, si la destinée le permet!

16:21 Publié dans Momölg | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.