25/01/2013

Le monde est-il créé par sa représentation?

soleil-a-peindre.jpgCertains philosophes ont assuré que le monde est ce qu’on veut qu’il soit. Pourtant, la conscience appréhende le monde au travers d’organes sensoriels qui sont eux-mêmes produits par ce monde. L’âme ne peut donc pas les utiliser pour créer un monde nouveau. Si elle pouvait créer le monde, ce serait avant que ces organes ne soient formés, puisqu’il faudrait les créer avec le reste. Or, d’un tel stade, on n’a pas, au sens ordinaire, de souvenir.
 
Cependant, si on part du postulat que l’âme est déjà présente avant que les organes ne soient formés, se pose alors un problème: comment les monades se distinguent-elles? Par delà les corps, les âmes ont-elles des marques distinctives?
 
Elles sont fondues en une grande âme, a-t-on pu penser. Dieu est comme une nappe spirituelle globale, et on se dissout en lui dès qu’on n’est plus dans son corps. C’était l’opinion d’Averroès, combattue par saint Thomas d’Aquin: pour celui-ci, l’âme avait une teinte distincte même quand elle était mêlée à l’âme globale: une couleur, un éclat particulier la différenciait.
 
De fait, si l’âme individuelle veut pouvoir créer le monde à sa guise, il faut qu’elle se confonde assez avec l’âme globale du monde pour avoir ses prérogatives créatrices, mais pas jusqu’au point de s’y kurukulla-binod-art-school.jpgdissoudre complètement, puisque, sinon, elle cesse d’avoir une volonté propre, et n’est soumise qu’à ce qui se meut globalement.
 
Dans le cas où n’existe qu’une volonté globale, on n’explique pas pourquoi les volontés individuelles se heurtent les unes aux autres, créent des nœuds qui sont l’essence des récits, même quand ils concernent des êtres dénués de corps, de purs esprits: car dans la mythologie, ils s’affrontent. Mais dans la vie aussi. L’homme se dresse contre la nature, ou contre ses voisins, se proches le conflit est permanent et il vient de ce que la volonté se particularise. Or, le monde en est modifié. Mais jamais complètement. Aucune volonté individuelle ne se confond totalement avec la volonté collective, ou globale: aucune ne peut s’imposer à toutes les autres.
 
A l’inverse, si l’individualisation de l’âme était une illusion, pourrait-on dire que le monde est ce qu’on veut qu’il soit? Il serait forcément la création de l’âme collective, et les désirs, les idéaux, les images qu'on peut individuellement avoir, les buts, seraient pure fumée: le monde ne pourrait donc pas devenir ce qu’on voudrait qu’il fût, puisqu’on ne voudrait rien.
 
Mais si la volonté d’un être se confond consciemment avec celle de la globalité, il arrive forcément que ce qu’il veut advient. Si on s’accorde individuellement au concert des volontés des l’univers, on obtient ce qu’on désire. Si au contraire on aspire à quelque chose qui s’oppose à ce concert, le monde devient contraire à ce qu’on veut. D’un point de vue moral, cela change tout. Dans le premier cas, le monde extérieur devient plein d’anges, dans le second, de démons. Cela revient à dire que même si le monde est harmonieux en soi, l’homme, de par sa seule présence, et la possibilité qu’il a de ne pas vouloir ce que veut le monde, introduit le mal - crée les démons.
 
Ainsi, intérieurement, le monde se peuple d’anges ou de démons selon ce qu’on veut; et si l’âme iABADIA_Juan_De_La_bois_1490Saint_Michael_Archange.jpgndividuelle crée le monde, cela veut dire que le monde à venir, pour chacun, correspond à ce qu’il a conçu intérieurement. Mais cela ne signifie pas qu’il obtient ce dont il rêve: cela peut aussi correspondre à un cauchemar, et la raison en est, je crois, qu’il existe une volonté individuelle, mais aussi une volonté collective, ou globale, et que les deux s’accordent ou non. L’individu ne peut pas créer le monde absolument: il lui est bien soumis. Ce qu’il crée est l’effet de ses choix, mais non de façon directe: car c’est créé par le degré d’identité avec ce qui était prévu par le monde global.
 
Cela revient à dire, en réalité, que le bien est créé par le monde auquel on s’est soumis, et le mal par soi seul. Saint Augustin, mais aussi Rudolf Steiner, avaient cette fondamentale pensée: le bien venait de Dieu, le mal de l’homme. Dans la doctrine chrétienne ancienne, c’est Adam qui en péchant avait créé le mal dans le monde: les éléments, les animaux, les plantes l’avaient imité, parce qu’il en était le maître. Il s’était créé son mal; quant au paradis, il avait été créé par Dieu.
 
Pourtant, ce n’est qu’en s’opposant individuellement au monde et à ce qui le meut qu’on prend conscience de soi, de sa liberté: ce qui est un bien en soi, puisque le bien reçu lui-même peut être appréhendé pleinement; il en est dédoublé, vivant à l’extérieur et à l’intérieur de l’homme. La volonté globale ne peut donc que rechercher ce bien: elle cherche à se démultiplier en volontés particulières. L’homme par son corps s’individualise encore plus, dit-on, que les anges, et c’est, dit-on aussi, ce qui les rend jaloux: ils n’auront jamais les mêmes joies, sauf s’ils les vivent au travers des hommes, que par conséquent ils chérissent. J’ai repris, je crois, une logique qui était celle des premiers chrétiens.

Commentaires

Prendre conscience de soi et de sa propre liberté c'est ce qui échappe à tous les endoctrinés du Nouveau Monde .Lesquels devraient savoir qu'ils ont eut des précurseurs qui ont fini derrière les barreaux d'hopitaux psychiatriques ,Ils avaient une occupation de quoi ravir les nettoyeurs et les personnel soignant ainsi que les autres patients: ils écrivaient à l'extérieur de leur chambre ,leur nom et avec leurs propres excréments/authentique
très belle journée pour vous

Écrit par : lovsmeralda | 02/02/2013

Merci, à vous aussi. Mais restons positifs, il y a aussi des précurseurs qui ont pu s'exprimer, malgré le choc que cela représentait pour ceux qui étaient rassurés d'avoir des réponses à donner à l'avance aux questions qu'ils pouvaient se poser.

Écrit par : Rémi Mogenet | 02/02/2013

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