24/12/2012

Les cauchemars de Momulk

Batman_Comics_Joker_Colour_by_TheLuridOne1885.jpgDans le dernier épisode des aventures de Momulk, je disais que Mirhé Maumot avait été emmené à l’hôpital après avoir été découvert inconscient devant la porte du collège d’enseignement où il travaillait. Or, rapidement, il reprit connaissance, et on l’interrogea. La gendarmerie vint à son chevet et lui posa plusieurs questions: savait-il quelque chose de l’accident qui avait eu lieu au CERN et sur la manière dont il l’avait subi? Et pourquoi avait-il ensuite disparu, lui-même? Comment cela se faisait-il qu'on l'eût retrouvé à plusieurs dizaines de kilomètres et qu'il ne se souvînt plus de rien? On avait du mal à le croire.
 
En vérité, les gendarmes le soupçonnaient d’avoir joué un rôle dans cet accident, - ce en quoi ils n’avaient pas tort, mais jamais ils n’eussent pu soupçonner de quelle façon! Hélas, Mirhé ne se rappelait plus de rien, et ne put leur être d’aucune utilité. Son dernier souvenir était celui d’une vapeur verdâtre s’échappant d’un des tuyaux énormes et brillants du CERN. Pour le reste, il ne lui demeurait que des bribes de cauchemars: des visages hideux et ricanants passaient dans des ténèbres effroyables, et des éclairs et de sourds grondements de tonnerre se mêlaient à des souvenirs d’enfance et de sa vie passée avec sa femme, avant son divorce. A ses yeux, rien, là, de significatif. Il se souvenait même d’une sorte d’ange éblouissant, ou d’un homme qui volait dans les airs, et dont le visage sévère semblait l’accuser, lui reprocher quelque chose. Mais il n’en tirait rien qui pût aider les gendarmes.
 
On remarqua qu’il avait une blessure à l’épaule droite, comme si la pointe d’une lame de couteau y avait pénétré, et que sa mâchoire avait été déplacée: il avait le visage marqué, comme si on lui avait donné des coups. Mais il n’y avait là rien de grave, et, après quelques soins qui ne durèrent pas, il put rentrer chez lui, même reprendre son travail, et sa vie redevint comme avant.
 
Cependant, les rêves qu’il avait faits pendant son inconscience et dont il se souvenait persistèrent et l’empêchèrent rapidement d’avoir un sommeil serein. Il eut bientôt peur de s’endormir, craignant de se yama_tibet.jpgretrouver face aux monstres innommables qui le hantaient: ils venaient à lui en riant et en tenant dans leurs mains de morceaux de chair humaine, des membres; leurs dent dégouttaient de sang, leurs yeux flamboyaient horriblement, et leurs rires en semblaient d’autant plus sardoniques! Certaines femmes apparaissaient, aussi; et elles n’étaient pas moins atroces.
 
N’y tenant plus, exténué, se croyant au bord de sa fin, il alla voir un psychologue, qui, cependant, ne put rien pour lui; puis il alla voir un prêtre, qui ne put pas davantage. Ils lui disaient que ce n’était que le fruit de son imagination, et qu’il ne fallait plus y penser. Ou qu’il devait nettoyer sa conscience de ses idées gnostiques. Mais en avait-il?
 
En vérité, lorsqu’il avait ces visions, elles lui paraissaient si réelles qu’il était vain de se dire qu’elles ne l’étaient pas, lorsqu’il était éveillé. Il était la proie de ces démons; il n’y pouvait rien, et il semblait que personne ne pût le secourir. Bientôt, même en plein jour, la fatigue aidant, il crut les voir. Il eut peur de lui-même, de ce qu’il pourrait faire aux autres s’il lui prenait de les confondre avec ces monstres!
 
Or, un soir, alors qu’il était dans le plus profond désespoir, et qu’autour de lui les chaises même semblaient se transformer et prendre la figure de créatures effroyables, il fut saisi d’une terreur quasi complète. Il se sentait devenir quelqu’un d’autre; n’était plus lui-même. Ses membres, son cerveau ne lui obéissaient plus; il devenait un véritable agent des forces du mal! Les profondeurs s'étaient emparées de lui.
 
Son corps les abritait - et son âme lui échappait.
 
Or, au cœur de cette nuit atroce, il se rappela d’une lueur violette: celle qu’il avait vu sur un anneau. Mais où était cet anneau, et à qui avait-il appartenu? Sur quel doigt avait-il été posé? Et soudain, à l’horizon obscur, par delà les montagnes - qui semblaient elles-mêmes vouloir l’écraser de leur haine titanesque -, il vit une lune énorme, pleine, rayonnante. Il la vit aussi en lui-même, grandir dans son âme. Annihilation_Silver_Surfer_Vol_1_4_Textless.jpgBientôt, à ses yeux, elle remplit tout le ciel - tout l'espace. Et voici! elle paraissait palpiter, dégager une vague lueur blonde - et lui parler.
 
Il n’entendit pas d’abord ce qu’elle lui dit; mais il savait qu’elle était une voie vers quelque chose, qu’elle lui montrait un chemin; elle tirait un fil qui était lié à son cœur.
 
Alors devant cette lune énorme passa un éclair d’or, dans lequel il distingua une forme humaine; et dans son esprit ténébreux retentit un nom étrange, qui créa comme une brusque lumière: Captain Savoy!
 
Ô que cela voulait-il dire? Et quel était ce nom ridicule?
 
Or, dans l’instant où, comme poussé par une force extérieure à lui-même - sans se rendre compte de ce qu’il faisait -, il le prononça à haute voix, un visage lui apparut: c’était l’homme dont il avait rêvé et qu’il avait pris pour un ange!
 
Cependant, l’instant d’après, cette image, qui à ses yeux avait semblé s’animer, briller, disparut. Mais dorénavant, il le savait, il n’était plus seul: quelqu’un veillait sur lui. Et il se pensa sauvé de ses horribles cauchemars, de ses abominables visions. Ce qu’il en est vraiment sera dit une autre fois, si cela est possible.

Les commentaires sont fermés.