04/11/2012

Analogies de Jean-Jacques Rousseau

30a6e5f1ba93b3fed225d03b7b2cdc43.jpgRousseau affirmait que la cause du mouvement est forcément dans l’existence d’une volonté. Il étendait ce principe non seulement aux animaux, mais à la nature tout entière: à l’univers. Comme il le dit dans La Profession de foi du Vicaire savoyard: Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière; elle reçoit le mouvement et le communique, mais elle ne le produit pas. Plus j’observe l’action et réaction des forces de la nature agissant les unes sur les autres, plus je trouve que, d’effets en effets, il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause; car supposer un progrès de causes à l’infini, c’est n’en point supposer du tout. En un mot, tout mouvement qui n’est pas produit par un autre ne peut venir que d’un acte spontané, volontaire; les corps inanimés n’agissent que par le mouvement, et il n’y a point de véritable action sans volonté. Voilà mon premier principe. Je crois donc qu’une volonté meut l’univers et anime la nature.
 
Et comme la nature paraît ordonnée à la raison, la volonté qui la meut est elle-même intelligente. De fait, Rousseau ne dit pas, comme l’a fait Sartre, que la pensée crée l’ordre du sensible: il dit seulement que la pensée le décèle. Dans cette logique, la volonté est aussi à la base du mouvement qui crée l’image du sensible, puisqu’il s’agit, pour les yeux, de l’action de la lumière….
 
Cela dit, celui-ci admet que cette logique ne s’appuie que sur le sentiment personnel de ce qui est juste. L’expérience qui consiste à assimiler tout mouvement à une volonté ne renvoie qu’à l’intériorité: Vous me demandez si les mouvements des animaux sont spontanés; je vous dirai que je n’en sais rien, mais que l’analogie est pour l’affirmative. Vous me demanderez encore comment je sens qu’il y a des mouvements spontanés; je vous dirai que je le sais parce que je le sens. Je veux mouvoir mon bras et botticelli.jpgje le meus, sans que ce mouvement ait d’autre cause immédiate que ma volonté. Rousseau entend ne s’appuyer que sur l’expérience intime pour établir des vérités sur le monde en général. Il trouve vain de conjecturer des strates de l’univers impossibles à connaître. D’ailleurs le monde tel qu’il apparaît fait partie de l’expérience: c’est aux sens de l’être humain qu’il se manifeste. Il n’y a pas de raison, dit en substance Rousseau, que les causes mêmes de ce qui apparaît soient en dehors de cette expérience. Or, dans cette expérience, la matière est au repos si une volonté ne la meut pas.
 
L’anthropomorphisme qui pourrait être reproché à une telle logique se heurte à mon sens à ceci que le corps lui-même est fait des éléments qui apparaissent dans la nature extérieure. Leurs propriétés ne sont pas différentes selon qu’ils se trouvent dans le corps ou dans cette nature extérieure. Il n’y a donc pas de raison particulière de chercher ailleurs que dans l’expérience que chacun fait à l'intérieur de son corps les causes des mouvements: Rousseau est à cet égard logique. Une cause d’un genre inconnu peut être conjecturée; mais il n’y a pas d’obligation.
 
Il reste d’ailleurs difficile de saisir que des causes extérieures à l’expérience humaine puissent engendrer des effets qui, eux, intègrent cette expérience. Si c’était le cas, si les causes étaient en dehors de l’expérience de l’âme, d’où viendrait que le concept même de cause est accessible à l’entendement?
 
Victor Hugo, convaincu de ce qu’énonçait Rousseau et qu’avait repris Lamartine, disait que la science moderne était myope et que l’homme était à l’image de l’univers: quand la tempête éclate, disait-il, c’est que la nature est en colère. Dans Les Travailleurs de la mer, il se montre animiste. Spontanément, obscurément, les peuples ont ressenti la logique que Rousseau a établie par des 09-déesse-Ostara.jpgconcepts: eux aussi ont été animistes; et ils le sont encore, dans bien des cas. Seul l’Occidental ne conçoit pas une cause des mouvements extérieurs comparable à celle des mouvements individuels, soit qu’il différencie radicalement le corps humain du reste de la nature, comme quand il estime que le cerveau a un rôle tout à fait spécial dans l’ensemble de la création; soit qu’il refuse simplement la conséquence logique du raisonnement de Rousseau parce qu’elle amène à une forme de religiosité à laquelle il ne veut pas céder, éprouvé qu’il est par les siècles d’un dogmatisme catholique qui s’appuyait sur les arguments d’un saint Anselme faisant croire qu’admettre l’existence de Dieu était une forme de nécessité, - puisque, disait-il, si Dieu est postulé parfait, il ne pouvait être privé d’une existence qui est l’un des attributs de cette perfection. Rousseau, lui, se fonde sur l’expérience intime: pas sur de telles raisons abstraites - de simples mots.
 
A mes yeux, il a ouvert une porte, au sein de l’obscurité dans laquelle plonge le regard dès qu’il essaie de toucher aux causes ultimes des phénomènes. Que sa logique puisse choquer me rappelle Pierre Corneille assurant que l’impossible n’est pas forcément invraisemblable. Il le disait des prodiges des mythologies; et on ne peut pas nier, certes, que l’âme de la nature en soit un élément ancien. Rêverie de poète, dira-t-on: oui, puisqu’elle émane de l’expérience intime, et non de constatations matérielles, ou de spéculations abstraites.

Commentaires

Vous oubliez de mentionner que Rousseau aimait aller se reposer de la folie Genevoise dans le canton de Neuchatel

Écrit par : lovsmeralda | 09/11/2012

On ne peut pas tout dire! Mais je crois qu'il s'est finalement réfugié à Bienne.

Écrit par : Rémi Mogenet | 09/11/2012

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