23/03/2012

Vision de Captain Savoy, enchaînement de Momulk

3A1103_ange_fresque.JPGDans le dernier épisode de ces aventures de Momulk, j'ai dit que Captain Savoy, qui avait voulu l'arrêter de tout détruire, s'était vu jeter dans les profondeurs de la montagne par le monstre: il le lança avec une telle force que le sol s'ouvrit sous lui, et se referma après son passage!

Or, dans les ténèbres, au fond du gouffre, le silence se fit pour Captain Savoy. Et il sentit en lui monter le désespoir. Un bruit sourd lui fit à ce moment tourner la tête: il venait du bas: sous lui s'ouvrait un puits immense, qui semblait sans fond; lui-même était soutenu par les bras des êtres de l'élément terrestre qui lui avaient laissé place quand il avait été projeté par le monstre vert, mais qui à présent le tenaient, comme ne sachant s'il fallait le laisser tomber dans le gouffre ou non. Le bruit était venu des profondeurs. Captain Savoy scruta l'obscurité, mais ne vit rien. Relevant la tête, il regarda vers le ciel, qui n'apparaissait qu'au travers d'une faille dans la terre qui le recouvrait: au loin, comme au bout d'un tunnel, l'azur épaissi du soir se distinguait dans un mince cercle. Le cœur manqua au héros, et un gémissement sortit de ses lèvres noircies par l'épreuve: il avait reçu tant de coups! Un grondement sourd se fit de nouveau entendre en dessous de lui, et il scruta les ténèbres avec une attention renouvelée. Alors, une forme hideuse lui parut se dessiner sur une vague lueur rougeoyante; des flammes présentes où auraient pu se trouver des yeux brillaient d'une clarté atroce, pleine de malignité, de cruauté, de férocité, même; un rire silencieux paraissait les animer: une joie méchante, la joie du mal, leur donnait un certain éclat, qui ne dissipait pas l'obscurité, mais leur permettait d'être vus. Il était vaguement bleu, comme l'acier, mais d'un bleu terni et fade.

Une fois encore, mais plus fortement, Captain Savoy laissa échapper de sa bouche endolorie un gémissement, et tourna la tête vers le bout du tunnel vertical qui le surplombait. Il implora dans son cœur l'aide des cieux, et voici! une étoile apparut soudain au bout de ce tunnel, qu'il n'avait pas distinguée jusqu'alors.

Et puis soudain, comme née de cet astre, il vit une lumière: d'abord faible, elle grandit ensuite, et les créatures élémentaires qui le maintenaient enchaîné et pesaient sur lui de tout leur poids, assises sur ses membres écartelés, furent comme saisies d'un frémissement, et s'écartèrent pour laisser passer, lorsqu'il voulut pénétrer dans la terre, cet être rayonnant que traversaient des couleurs sonores et vives. Et il entra majestueusement dans cette sorte de grotte, descendant comme d'un escalier de cristal qui seange_peinture.jpg formait au fur et à mesure de son avancée. Puis il prit une forme distincte rappelant l'être humain, et une douce voix sortit du nimbe de clarté qui l'entourait. Or, sa douceur n'empêchait pas en elle une profonde gravité. Et lorsque le héros se fut habité à cette lumière, et au son musical de cette voix comme venue d'un autre monde, ou du fond d'un rêve, voici qu'il vit un être lumineux, qui en plus de sa forme humaine semblait disposer d'ailes, lesquelles étaient dans le même temps des flammes douces et colorées, ou des voiles de feu: il était extrêmement difficile de les définir, de saisir leur nature véritable. Et dans sa langue, que comprit le vaillant, celui-ci entendit l'être auguste lui déclarer que son heure n'était pas encore venue! Et il lui fit le reproche de n'avoir pas invoqué la force la plus secrète de son anneau: l'avait-il oubliée? Honte à lui!

Alors posa-t-il la main sur cet anneau enchanté flamboyant d'or: et il prit feu. Il s'illumina comme un soleil et, devant lui, créa un espace libre: repoussant les ombres. Les mains obscures et spectrales qui le tenaient le lâchèrent, et voici! il s'arracha à sa prison de pierre et de terre, et, dans une grande explosion, semblable à celle qui s'empare d'un volcan en éruption, il jaillit à l'air libre, s'élança dans le ciel - et il était plus puissant que jamais!

Et il regarda, et vit Momulk qui s'approchait de la ville de Genève en faisant des bonds incroyables, et qui s'apprêtait à la dévaster. Alors, nimbé d'un feu fulgurant, Captain Savoy, volant, plus léger que l'air, maître enfin des éléments, se jeta sur le monstre, le saisit par le cou, et le souleva, désormais insensible aux coups qu'il pouvait lui donner en jetant ses poings en arrière: il le tenait fermement à la nuque, et son coude était replié sous le menton du monstre, l'étranglant. Or l'emporta-t-il jusqu'au Salève, auquel il commanda de s'ouvrir: sa voix fut pleine d'autorité, et elle émit des sons étranges, ceux d'une langue que ne prononcèrent jamais les simples mortels, et qui était réservée autrefois aux mages, mais aux mages immortels de la Terre. Et le gardien secret du Salève, l'esprit qui protégeait cette montagne, maître des gnomes vivant sous sa surface, obéit, tumblr_ln4klbBIJt1qbdwwso1_500.jpgentendant dans sa voix le verbe divin, et la parole des cieux, et ce fut la prison de Momulk.

Et Captain Savoy s'écria - et on l'entendit dans tous les villages à l'entour, et même au sein de la ville d'Annemasse: Ô monstre! Retourne donc à ton élément originel des profondeurs, puisqu'en toi tout souvenir d'humanité est évanoui!

Dès lors, d'énormes masses de roche s'abattirent sur Momulk, le maintenant immobile et comme enchaîné. Il tenta bien de s'arracher de cette geôle, et cela fit trembler un peu la montagne; un pan de rocher s'en détacha, tombant avec fracas sur le sol. Plus d'une maison où vivaient des hommes mortels s'en trouva détruite. Mais bientôt, les gnomes, à l'appel de leur maître, eurent renforcé ses liens; ils eurent tôt fait de le faire, et Momulk, épuisé, ne bougea plus.

Il sentit alors monter en lui une forme de tristesse, de sentiment du malheur, et son cœur en pleurs profonds s'adoucit. Et soudain - ô miracle, ô merveilleux prodige ! - une transformation eut lieu. L'humanité revint en Momulk, et il perdit sa forme de monstre. Il reprit son apparence humaine normale - celle de Mirhé Maumot. Captain Savoy avait vaincu.

Mais Mirhé était comme enseveli, mort. Que devait-il faire? C'est ce que nous verrons dans un prochain épisode des fabuleuses aventures de Momulk!

11:36 Publié dans Momölg | Lien permanent | Commentaires (0)

07/03/2012

La beauté vient du Ciel

DeessesPapillons.jpgLes rondeurs du corps des femmes sont une grâce de la nature, et comme toutes les grâces, elles viennent du Ciel. Les sphères célestes leur donnent cet aspect. L'homme, à comparer de la femme, a un corps qui est davantage en lignes perpendiculaires, notamment droites: signe qu'il est lié à la Terre, car même si celle-ci est ronde, à l'échelle de l'être humain, cela ne signifie rien.

Le Ciel donne la beauté, la Terre donne la force - d'un point de vue corporel. Les femmes sont naturellement - corporellement - des anges. Les anges qui prennent une forme corporelle deviennent des fées: ils changent de sexe. La sainte Vierge est donc légitimement la reine des anges, dans le christianisme ancien.

Au Cambodge, le bon ange qui accompagne chacun et le réalise pleinement dans son âme a une forme féminine. Tous les anges qui gardent les lieux importants apparaissent sous une forme féminine au sein du rêve, et cela explique pourquoi on chérit tant les apsaras, danseuses célestes d'Indra, roi des dieux. Elles sont innombrables, dans les vestiges d'Angkor; elles sont le sel du Ballet Royal khmer, marquant les pensées divines du Prince - les manifestant. Car le Roi se confond avec Indra. Et elles sont dans le même temps les pensées de Bouddha, car dans la légende, c'est justement Indra qui a demandé à l'esprit du futur Gautama, non encore incarné, de descendre sur Terre pour une dernière fois au sein d'un corps de chair. Lorsque les pensées divines atteignent l'atmosphère de la Terre, elles prennent la forme de fées qui dansent gracieusement et majestueusement au fond de l'air!

En amour, l'impulsion sexuelle est d'abord chez l'homme: elle vient de la Terre; mais la rêverie amoureuse, les illusions sublimes du dieu Amour, viennent de la femme, dont le corps représente un idéal, quelque chose qui, pour l'homme, renvoie spontanément à ce qui est vertueux. Lorsqu'une belle femme apparaît, on s'efforce de se rendre digne d'elle par des actions nobles et grandes, parce que la beauté, dans l'ordre moral, prend la forme de la bonté, de la vaillance: la chevalerie, aux temps courtois, le saisissait d'emblée. On aurait tort de réduire l'ancienne chevalerie à un déguisement de désirs purement terrestres: on pensait bien, par l'idéal 2161576179_3d69cc300e.jpgcourtois, se rattacher au Ciel - quoi que disent les universitaires de notre temps, notamment à la Sorbonne! Car ils sont pleins de matérialisme.

Cependant, du point de vue de la femme, l'homme représente une forme de stabilité: la femme est un nuage qui ne parvient pas à se poser, l'homme, un objet qui ne parvient pas à s'envoler; mais par l'union des deux, les problèmes de chacun sont résolus: à l'homme il pousse des ailes, à la femme, une ancre. La complémentarité amoureuse est une réalité.

La rencontre se faisant, il en naît un troisième corps, qui est censé unir les deux précédents: le mystère de la procréation est dans cette union du haut et du bas. Conçue de cette manière, toute génération nouvelle est un progrès, marque l'évolution de l'humanité vers son accomplissement. Les enfants sont par essence supérieurs aux parents.

L'effet sur l'âme de la forme corporelle est une réalité. L'homme est plus terrestre, et cela l'amène à avoir des pensées spontanées plus basses, mais aussi, en vérité, à créer des pensées plus abstraites: car la solidité qui lui est inhérente lui permet en quelque sorte de cristalliser ce qui en principe apparaissait comme insaisissable: lui permet de le capter. Il n'est d'ailleurs pas vrai qu'il y ait des limites à la pensée humaine: les grands moments de la philosophie ont montré qu'on pouvait la repousser toujours plus loin, dans l'exploration de l'inconnu. La philosophie allemande, à l'époque moderne, l'a manifesté d'une façon éclatante. La femme, en principe, a des préoccupations moins basses que l'homme, elle est davantage dans la vie morale: elle veille à ce que la pulsion sexuelle s'accorde avec ce qui est acceptable moralement, viable matériellement; elle veille, aussi, à la moralité des familles, chez les peuples du monde entier. Je ne dis pas cela dans le sens où un sexe serait privé de la faculté propre à l'autre, ou dans le sens où cela créerait des obligations particulières: chacun est libre, et on peut toujours développer des qualités spécifiques; je dirais même qu'on le doit. Mais il existe des tendances naturelles, spontanées, une orientation due à la nature corporelle.

Au départ, la femme est nymphe et l'homme est faune: la fée est désirée par le gnome; mais la rencontre humanise les deux, si elle se fait en profondeur, et non simplement à l'extérieur, par la mécanique de la relation sexuelle. Alors Persée s'unit à Andromède! Il la délivre du Kraken, et lui-même trouve son épanouissement dans l'univers entier. Il devient, avec elle, constellation.