26/08/2011

Figures effrayantes de la vie mystique

eleusis_1.jpgAu sein de la vie mystique, le chemin passe généralement par la rencontre, au départ, de monstres, placés dans la première strate du monde de l'esprit, et comme vivant dans l'atmosphère terrestre dont on tente de s'arracher. Ce qui surgit immédiatement sous forme de joie profonde peut apparaître comme illusoire. Dans l'Antiquité grecque, ainsi, les mystères d'Éleusis, tels que les a présentés Édouard Schuré, mais aussi ceux d'Épidaure, tels que la science ordinaire les admet, débutaient par une étape au cours de laquelle l'adepte voyait, dans les vapeurs du sacrifice, des formes hideuses, qui étaient sans doute comparables à celles que créa Lovecraft dans ses contes! Une fois passée cette étape, l'âme étant purifiée, on pouvait se trouver en face de dieux rayonnants, d'une beauté insondable - par exemple Diane ou Apollon, êtres argenté ou doré vivant dans la lumière de la Lune ou du Soleil! Et puis le chemin se poursuivait, oscillant entre les périls et la voie juste.

Dans la Bible, il advient fréquemment que la vision directe de Dieu soit propre à donner la mort; seules les âmes pures peuvent se tenir en face de lui et conserver la vie. Dans l'univers de Lovecraft, toutes les âmes sont impures, puisqu'il affirme que quiconque se tient face aux Grands Anciens, et les distingue, perd ou la vie, ou la raison; mais il était matérialiste: il ne croyait pas en la pureté, en ce monde!

Dans le livre d'Esther, la Vulgate, qui est la version des catholiques latins, contenait un passage étrange, qui semble faire écho à ces expériences initiatiques dont nous parlons. Car il développait l'épisode au sein duquel Esther, l'une des épouses du roi perse Assuérus, doit aller le voir, et lui parler du sort des Hébreux, ses compatriotes, contre lesquels il vient de promulguer un décret de proscription. Or, la loi est telle que quiconque rend visite de son propre chef au roi est en principe mis à mort, sauf si le roi, saisi de pitié, décide d'accorder sa grâce en posant son sceptre d'or sur le cou du téméraire. Il faut que le motif de la visite que celui-ci lui a rendue soit perçu par lui comme extrêmement important.

Dans la version latine, donc, cela se passe de cette façon: Ingressa igitur cuncta per ordinem ostia, stetit contra regem, ubi ille residabat super solium regni sui, indutus vestibus regniis, auroque fulgens, et pretiosis lapidibus; eratque terribilis aspectu. (Esther, une fois entrée après avoir passé ESTHER~1.JPGune à une les portes, se tint face au roi, qui était assis sur le trône de sa royauté, vêtu des habits royaux, et brillant d'or et de pierres précieuses; et il était d'un aspect terrible.) Il a l'air d'un dieu, et Esther est saisie de terreur: elle a commis le sacrilège de lui rendre visite sans y être conviée. D'ailleurs, lorsqu'il élève le visage, elle voit que ses yeux ardents reflètent la fureur qui est dans sa poitrine, et elle s'évanouit, se laissant tomber contre celle qui l'accompagne et la soutient. Mais Dieu frappe l'esprit du roi, qui se laisse gagner par la pitié; il se lève de son trône, vient la relever de son évanouissement, et lui dit qu'il est son frère, et que l'interdiction habituelle ne la concerne pas; elle embrasse donc son sceptre, et lui dit que la terreur l'a saisie parce que, en le voyant sur son trône, elle l'a pris pour un ange du Seigneur.

Un passage certainement symbolique, qui indique ce qui sera redit par l'Imitation de Jésus-Christ de Thomas A Kempis: lorsque l'âme est pure, les secrets de Dieu lui sont révélés, et celui-ci accède à ses prières, et il n'y a pas d'offense à s'introduire auprès de lui pour lui demander une grâce particulière. Car dès lors, il perd son aspect terrible, et il accourt pour parler avec bonté et douceur à l'homme qu'il regarde comme un frère; il l'arrache ainsi à l'évanouissement, au néant daEster-Castagno.jpgns lequel l'avait plongé sa témérité, sa hardiesse, et il le place à côté de lui, lui donnant libre accès aux salles les plus sacrées et les plus mystérieuses, les plus augustes de sa demeure royale!

La solennité passe par l'aspect terrible de la divinité: on ne peut se limiter à des images mièvres. L'âme en sera insuffisamment préparée, si c'est séduisant, s'il est séduisant d'imaginer que sans effort, sans sacrifice de soi et de sa volonté, on pourra être couronné dans la cité des anges! Mais il n'en est pas ainsi, et Esther même en a fait l'expérience: elle a cru mourir.

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