07/05/2011

La pulsion du Momulk

der_tod_auf_einem_ermatteten_pferd.jpgJ'ai laissé, la dernière fois, le terrible Momulk, à peine apparu de la métamorphose du professeur Maumot, face à un élève que sa raison enfouie ne lui permettait plus d'identifier comme un être humain à part entière, et que ses pulsions, qui désormais le commandaient tout entier, le portaient même à regarder comme un être franchement hostile; mais comment cela est-il possible?

L'image que, dans son subconscient, le professeur Maumot avait élaborée de cet élève n'était pas des plus flatteuses: pourquoi le dissimuler? A tort ou à raison, notre ami trouvait cet élève pénible. Naturellement, en homme civilisé qu'il était, il n'en avait jamais rien laissé paraître; il avait toujours tâché de conserver sa plus grande bienveillance et sa pleine et entière ouverture d'esprit, à son égard, combattant son propre penchant vicieux, et se dévouant à son métier et à ces enfants qu'il était censé élever intérieurement par une science accrue et propre à leur nourrir l'âme. Il avait donc immolé, sur l'autel de sa conscience, son mouvement spontané - l'avait réprimé. Mais, à présent, il resurgissait, et il déformait la perception qu'avait Momulk de ce tout jeune homme, car il ne voyait pas tel qu'il était réellement: Momulk avait de lui une image née de son antipathie, ne distinguant plus qu'à peine ses traits physiques, lesquels se mêlaient à la figure brume.jpgintérieure qu'il avait de cette personne. Alors, hélas, un affreux sentiment de haine le submergea; car si Momulk apparaissait monstrueux à autrui, sa malédiction était qu'à son tour il percevait les autres à la façon d'êtres hideux, monstrueux, et de n'avoir de soi que l'image la plus normale qu'on puisse imaginer, aussi étrange cela puisse-t-il paraître. Car non seulement la perception de Momulk était totalement déformée, mais il avait, en outre, perdu toute faculté critique, sa faculté de penser ayant été engloutie dans les profondeurs de son âme obscurcie par sa transformation.

Le lecteur pourra peut-être se demander comment, en ce cas, j'ai pu dire, dans un précédent épisode, que l'élève qui avait suivi le professeur Maumot jusqu'au cylindre percé et traversé de flammes vertes lui était lié par la destinée - ce que les Orientaux appelleraient le karma. Mais c'est un de ces mystères de la destinée qui ne sont pas accessibles à tous. Car cet élève adorait embêter son professeur justement parce qu'il l'aimait, et l'aimait, par surcroît, sans savoir pourquoi: il habitait continuellement ses pensées, et il croyait, naïvement, et avec l'orgueil qui caractérise la jeunesse, que c'était parce qu'il était trop idiot. Mais en réalité, il avait à son égard une affection aussi profonde qu'elle était inconsciente, et il en avait honte. Il refusait de se temple_of_the_emerald_buddha.jpgl'avouer.

Quand il l'avait suivi jusqu'au cylindre d'acier, il avait été saisi d'un sentiment spontané, auquel il n'avait pas d'abord donné de sens; dès qu'une idée put surgir dans son esprit, il se dit qu'il allait pouvoir se gausser encore de l'attitude loufoque de son professeur, et en parler ensuite à ses camarades, pour les faire rire abondamment des bizarreries et incongruités de M. Maumot le fou - comme il disait. Mais la vérité est que, à la source, il l'avait suivi machinalement, mû par la curiosité et une affection spontanée, intéressé qu'il était d'emblée par tout ce que faisait son maître, lequel l'intriguait au plus haut point: il sentait souvent derrière ses actions apparemment incompréhensibles et ineptes une sorte d'énigme qui s'adressait d'une manière toute particulière à lui, qui l'appelait, comme si une voix, depuis une obscurité profonde, avait chuchoté son nom de la manière la plus étrange qui fût, comme si cela était sorti d'un rêve. Lui-même n'était pas conscient qu'il en était ainsi, ni à quel point.

Ce qu'il en advint pour lui, à présent qu'il se trouvait dans le péril le plus important de son existence, sera dit, si j'en ai la possibilité, une fois prochaine.

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