11/02/2011

Le baptême de Momulk

bigfrank1.jpgOn dit parfois que le drame du monstre de Frankenstein fut de n'avoir pas reçu de nom; par bonheur, ce ne fut jamais le cas de Momulk!

Pourtant, au moment où le professeur Maumot avait été envahi par le feu qui avait jailli du cylindre d'acier dont j'ai parlé dans l'épisode précédent, il était seul, s'étant écarté suffisamment, lorsqu'il avait été intrigué par l'étrange lueur verte qui s'échappait de l'objet luisant, pour disparaître du champ de vision de tout le monde - en particulier de l'aimable collègue qu'il accompagnait, et qui marchait en tête du groupe, ornant les nobles mouvements de ses jambes d'explications étincelantes sur les mystères des protons et des neutrons, lesquelles il offrait gracieusement à ses élèves subjugués.

Avant de se diriger vers ce gros tuyau, Mirhé Maumot avait jeté rapidement un regard ultime dans la direction de ce cher collègue - un certain Paul Coquet, professeur de sciences physiques dans le même établissement que lui. Il avait vu ses bras s'agiter avec vivacité, dans un rythme semblable à celui de son imposant débit de paroles; car il était d'une science rare, et d'un grand enthousiasme, quand il parlait des secrets de la nature - quand il évoquait la vie intime et cachée de ce qu'on appelle communément les particules élémentaires.

4elements6gv.jpgPourtant, Mirhé Maumot - poète plus qu'autre chose, au fond - ne trouvait pas très propre cette expression d'élémentaires. Quand il y songeait, l'image de l'alchimie médiévale surgissait en lui, et aussi le souvenir des paroles de madame Blavatsky, et il était sceptique: car il lui semblait bien que les éléments n'étaient pas ce qu'on disait, et qu'ils venaient en réalité de l'ancienne poésie et même des anciennes mythologies. On prétendait, selon lui, parler du fondement de la matière, avec ces particules et cet adjectif qu'on leur accolait, mais cela lui paraissait illusoire, car il n'y avait pas dans son esprit de rapport entre ce qu'on a par exemple nommé les kobolds et les particules, pour la bonne raison qu'ayant lu Teilhard de Chardin, il s'imaginait que les particules matérielles étaient en soi inertes, et en même temps propres à pouvoir être divisées à l'infini, leur vie leur venant d'une forme larvée de psychisme, leur polarité elle-même étant d'origine magique, un rapport entre un centre d'attraction universel que la matière en soi ne contenait pas, bien qu'elle lui fût soumise, ou qu'au contraire elle essayât de lui résister: ce qui était le début de la polarisation. Les particules n'étaient donc jamais élémentaires à proprement parler, car les êtres élémentaires au sens où l'entendaient les vieux alchimistes étaient en fait des esprits qui animaient la matière, justement ce que Teilhard appelait une forme larvée de psychisme: les kobolds sont ceux que les Allemands ont cru déceler subjectivement (par l'œil de l'âme) dans le cobalt.

220px-Dogen.jpgBref, Mirhé Maumot était insensible aux projets de la science moderne, de découvrir les fondements de la matière dans la matière elle-même, au lieu qu'il l'imaginait suspendue sur une nappe de volonté universelle que Jean-Jacques Rousseau avait déjà évoquée dans sa Profession de foi du Vicaire savoyard. En un mot, il était du genre mystique, et, comme le poète Zen, il affirmait qu'au fond de tous les éléments, il n'y avait que l'Esprit - où, même, tout se dissolvait sans cesse, et où tout était appelé à se dissoudre, quoique d'un autre côté, tout en surgissait aussi, tout y naissait, tout y apparaissait et se manifestait, en se cristallisant à la façon d'une neige au sein de quelque nuage!

Quel fou, ce Mirhé Maumot! Mais sympathique, dans ses théories farfelues, parce qu'on sentait bien que s'il y croyait, c'est parce qu'elles étaient poétiquement riches, attrayantes, et qu'il cédait à la tentation de croire à ses propres rêves, comme les enfants quand ils écoutent avec avidité le récit des aventures du Père Noël!

Toujours est-il que cette disposition d'âme est justement ce qui l'avait amené à se laisser attirer par la lueur verte rayonnant de la faille dans le cylindre d'acier dont nous avons parlé.

Et le récit de la manière dont Momulk reçut son nom, à présent, doit être remis à une prochaine fois, car l'âme de Mirhé Maumot a déjà pris trop de place, a déjà trop épuisé les capacités d'attention du lecteur.

Commentaires

Ouauh par ricochet, à travers vos kobolds (au sens propre comme au figuré, j’aime bien l’idée de cette conscience initiale ou forme larvée de psychisme…ça donne le vertige ) bref je viens de découvrir les « Holle Frau » !!!!!


« Il n'est pas impossible que, derrière Dame Holle, se cache la déesse germanique de la mort, Hel (dont le nom est à rapprocher du mot allemand Hölle, désignant l'enfer)

Il y a une croyance dans toute l'Europe, très ancienne, relative à la "compagnie des bonnes dames" ou "bonnes gens". Les femmes en particulier visiteraient la nuit, en rêve ou en extase, cette compagnie menée par une Dame dont un des noms locaux est Dame Holle : dame Percht ou Perchta (la lumineuse), dame Abundia (abondance). Les religieux du Moyen Âge l'appelaient Diane ou Hérodiade. Elle est citée en particulier dans les procès de sorcellerie des seizième et dix-septième siècles. Elle visite les maisons qui doivent être tenues propres et bien balayées, et donne l'abondance par son passage.

Il s'agit d'un culte féminin largement répandu au Moyen Âge, auquel certains hommes disaient avoir assisté. Sont évoqués des repas féminins joyeux à la lueur des torches et des chandelles. Pour Claude Lecouteux, il s'agit des doubles des personnes endormies . Les éléments évoquant la mort sont liés avec les passages rituels des morts bénéfiques qui apportent l'abondance s'ils sont bien traités (culte des ancêtres qui protègent leurs familles).

On ne peut pas non plus exclure que la dénomination 'Dame Holle'
dérive de la déesse germanique Holda ou Hulda, qui selon la légende, vivrait dans le tronc du sureau (en allemand : Holunderstrauch, Holler, Hollerbusch) ou bien dans le grand nord, où elle garde les enfants morts...

Mais bon…on s’éloigne de Momulk là ! ; )

Écrit par : Barbie Forever | 12/02/2011

Pas forcément. Il faut voir qui est ou ce qu'est réellement Momulk. Dans un précédent épisode, n'ai-je pas relié cet être fabuleux à une déesse verte? Il faut voir néanmoins que les hommes peuvent tout à fait adorer des déesses, cela est constant depuis les origines, cela est même peut-être un culte assez spontané, parce qu'on dit que l'âme des mâles est féminine, qu'elle est l'envers de leur corps. Je ne pense pas non plus qu'il faille se focaliser sur les Allemands, et l'idée de Diane, liée à la Lune et à sa lumière ambiguë, est bonne. Pas plus tard qu'hier, j'ai lu dans Plutarque une histoire qui évoque l'apparition, au sein des songes, de Diane (Artémis), mécontente qu'on eût profané son temple. Cela arrive souvent, dans l'Antiquité, mais cela arrive pour tous les dieux, qu'on ne pouvait rencontrer précisément qu'en rêve ou en extase - le sommeil libérant l'âme de la Terre. Il s'agissait d'une religion à part entière. Il ne faut pas croire que la mythologie était seulement faite pour distraire le public.

Diane était avec ses nymphes, comme vous le savez, et circulait dans les forêts obscures. La divinité germanique Hel ressemble plutôt, néanmoins, à Proserpine. J'ai évoqué les kobolds parce que le folklore allemand est resté très vivace jusqu'à des temps tardifs, tandis que, à mon avis, chez les peuples plus méridionaux, la culture de l'écrit a un peu effacé la sagesse populaire.

Merci de votre stimulante intervention, quoi qu'il en soit!

Écrit par : RM | 12/02/2011

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