07/12/2010

La naissance de Momulk

DSCN1361.JPGPuisque les circonstances de la découverte de cet être qu'on appelle Momulk sont à présent bien connues, je voudrais évoquer les circonstances au cours desquelles il est apparu concrètement dans le monde: car il ne s'agit pas seulement d'une image qu'on a créée; elle correspond aussi à quelque chose.

C'était lors d'une visite au Centre d'Étude et de Recherche Nucléaire, à Meyrin (près de Genève). Le professeur Maumot avait emmené ses élèves dans ce noble lieu avec l'idée de les instruire sur les secrets de la Matière tels que la science actuelle les explore ou les a percés, déjà.

Ils y apprirent ce qu'il y avait à apprendre, mais il advint qu'en passant le long d'un cylindre dans lequel passaient les charges électriques destinées à diviser les atomes, le professeur Maumot fut intrigué par un éclat étrange, qui semblait sortir d'une jointure entre deux pans du long cylindre. Imprudemment, il s'approcha, car cet éclat avait je ne sais quelle qualité singulière: il était doux, et semblait vivre, comme palpiter, ou respirer, et il s'en exhalait un air fascinant, comme luisant de l'intérieur: on eût dit que des fées enfermées dans ces énormes tuyaux y avaient trouvé une faille qui leur permettait à présent de sortir et de se libérer - de se mettre dans l'air que respiraient les hommes.

mottez-sirenes.jpgHélas! les sirènes liées à leur île, si on les avait embarquées dans un navire pour leur donner accès aux rivages des mortels, n'eussent-elles pas pu créer la même impression de charme, de couleur, de lumière, de beauté? Le roi Salomon, dit-on, enferma dans des autels de pierre, ou des socles de colonnes saintes, des démons; or, qui ne sait que leur apparence peut être somptueuse? Si une fissure s'était créée, dans ces blocs, est-ce qu'en jaillissant dans l'air, les simples mortels n'eussent pas pu été émerveillés? Si ce n'avait pas été le cas, quel bien eût accompli Salomon, en vérité? Car le danger est surtout celui de la séduction, de la tromperie: la sirène, d'elle-même, n'est-elle pas limitée par son rivage?

Et voici que le professeur Maumot, en s'approchant de cette lueur pleine de beauté et de charme, ne connut pas le danger. Il fut bientôt assez près pour avoir le djinn-peinture-ancienne-200po.jpgvisage éclairé par cet éclat étrange. Ses yeux en reflétèrent les fins rayons remplis de couleurs diverses. Il vit dans ce rayonnement des sortes de petits astres, et, au sein de ceux-ci, quelque chose d'extraordinaire: comme un visage qui lui souriait, et qui le regardait! Mais son œil, en vérité, était plein de malice. Et l'instant d'après, le professeur Maumot se sentit brûler, et même embraser complètement, pareil à une torche, et dans d'atroces souffrances se dissoudre. Néanmoins, il n'eut pas même le temps de crier: il perdit aussitôt connaissance.

Quiconque l'eût vu à ce moment eût été fort étonné de voir son corps se mettre à luire d'une lueur verte, et de le voir s'écrouler. Mais la stupéfaction eût été plus grande encore en s'apercevant que dans la lueur verte ses membres paraissaient se dissoudre à mesure qu'elle le saisissait comme des tentacules rapides, et l'enserrait dans ses lignes mouvantes et pareilles à maints égards aux bras d'une pieuvre, ou aux fils d'une araignée - mais des fils qui fussent restés vivants. Or, cela entrait en lui, dans ses membres, sa chair, ses os, et à mesure qu'il en était ainsi, tout son corps paraissait se ratatiner, se recroqueviller, et, au même moment, se fondre dans de l'énergie pure, notamment aux extrémités.

hulk2.jpgCependant, à l'instant où la vue fût devenue incapable de maintenir l'image du professeur Maumot telle que ses élèves la connaissaient et la chérissaient, il survint une explosion de lumière, et, peu à peu, il se dégagea de cette masse de clarté éblouissante une forme énorme, caricature monstrueuse du professeur Maumot, musclée à souhait, verte et sauvage. Il avait un regard de braise - épouvantable à voir! Tel le célèbre basilic, ce monstre paraissait pouvoir foudroyer d'un coup d'œil le téméraire qui eût osé le fixer de ses propres yeux.

Ainsi naquit cet être terrible. Mais quant à savoir comment lui vint son nom de Momulk, et ce que créa la première vision de cette créature par un mortel ordinaire - et en particulier ses élèves, éloignés de quelques pas, M. Maumot s'étant écarté du groupe des visiteurs après avoir aperçu la clarté étrange -, cela est réservé pour un prochain épisode. Je ne parle même pas des actions incroyables dont se rendit sans tarder l'auteur notre Momulk! Cela viendra (quoique pas forcément tout de suite).

Commentaires

Ah Rémi ! La curiosité dans ce domaine se paie chère parfois, ça me rappelle une expédition d’un vénérable prêtre nommé Clematis de Thrace, qui accompagné de frère Francis et voulant voir des près les « Veilleurs » au fond de la grotte où ils avaient été condamnés à errer jusqu’à la fin de temps, ont été brulés vifs par leur éclat…Extrait de son journal :
« Depuis les cellules creusées dans la roche, les créatures grondèrent à notre approche, aussi venimeuses que des serpents, nous fixant de leurs yeux ensorcelants, battant de leurs ailes puissantes contre les barreaux de leur prison, des centaines d’anges déchus impénitents qui griffaient leur tunique d’un blanc aveuglant, implorant le salut, nous suppliant, nous, les émissaires de Dieu, de les libérer…Ces êtres d’un autre monde irradiaient d’une telle lumière que frère Francis s’est effondré à terre pendant que l’intense éclat consommait ses chairs »

Écrit par : Barbie Forever | 07/12/2010

Mais si Clematis de Thrace a été brûlé vif, comment a-t-il pu laisser un journal?

Écrit par : RM | 08/12/2010

Je la connais, cette grotte: on l'appelle chez nous "la caverne de Platon". Paraît qu'elle est bourrée de mythes. Faut faire gaffe.

Écrit par : Rabbit | 08/12/2010

A partir de cet « accident » les notes ont été reprises et le récit écrit de la main du père Deopus, le moine a qui échut la charge de s’occuper de Clematis (C’est frère Francis qui est mort sur le coup) Clematis était grièvement bléssé.
Bref le père Deopus prenait de notes au chevet de Clematis et il lui appliquait des teintures et des compresses sur son corps brulé pour apaiser les souffrances du mourant.

PS Je vous expliquerai plus tard d'où ça vient ce mystérieux récit (pour l'instant je suis en pleine coiffure et maquillage, je dois sortir)

Meilleures salutations!
Barbie

Écrit par : Barbie Forever | 08/12/2010

Avant de mourir, il a eu le temps de raconter ce qu'il avait vu. Finalement, comme Victor Hugo:

Rabbit, il me semble que la Caverne de Platon, c'est justement le monde dans lequel on vit communément: la grande illusion. Au-delà de la Caverne, le monde intelligible. Or, François de Sales, par exemple, approuvait tout à fait cette idée: au-delà des pulsions mauvaises, se traduisant par des choses perceptibles, il y avait le monde intelligible du mal en soi, du mal dévorant. Ce monde intelligible, on ne pouvait se le représenter qu'au travers d'imaginations, et je pense que pour Platon, la fable n'avait pas d'autre légitimité. Le tout était ensuite de savoir si ces imaginations avaient une valeur et une substance morales, ou non.

Écrit par : RM | 08/12/2010

J'ai oublié ce que je voulais citer de Victor Hugo:

Est-ce que vous croyez que l’ombre
A quelque chose à refuser
Au dompteur du temps et du nombre,
A celui qui veut tout oser,
Au poëte qu’emporte l’âme (…)
Et qui, la tête la première,
Plonge éperdu dans la lumière (…) ?

Écrit par : RM | 08/12/2010

Mais le monde des illusions a d'illustres précurseurs comme le Bouddha et les taoïstes, pour qui la question de morale est une philosophie de pacotille.

"C'est comme un miroir qui réfléchit couleurs et images telles que déterminées par les conditions, mais sans partialité. C'est comme l'écho du vent qui rend le son de la voix humaine. C'est comme un mirage d'eau mouvante qu'on voit dans un désert. De la même manière l'esprit discriminant de l'ignorant qui a été échauffé par de fausses imaginations et spéculations est-il agité en vagues semblables au mirage par les vents de la naissance, de la croissance et de la destruction." (Sûtra Lankavatara).

Que devons-nous faire !

Écrit par : Rabbit | 08/12/2010

Les concepts, les idées qu'on peut avoir, sont certainement illusoires aussi. Il n'est d'ailleurs pas question de commencer à prendre des images de façon idolâtre, en devenant obnubilé par elles. Mais inversement, la question de la distinction entre l'image et le réel n'a de sens qu'en Occident, si le réel est assimilé à la perception sensible. Or, dans le mysticisme oriental, je crois, la perception sensible est elle aussi une illusion, ou, mieux, elle l'est au premier chef. L'imagination réaliste est donc particulièrement illusoire.

J'ai visité à Genève l'exposition sur la déité qu'on appelle au Japon Kannon, et la valeur de l'image, ou de la statue, y était clairement montrée. Comme toute image est illusoire, celle qui a un lien avec l'âme est en fait valable, parce qu'elle donne une direction. Il ne s'agit pas ici de morale au sens où des images particulières seraient reliés à des concepts moraux précis, mais au sens où ce à quoi renvoie l'image fabuleuse (Kannon rayonnant depuis le paradis de l'Ouest) parle à l'âme et lui donne une direction, lui forge une route. Ici, il s'agit du sentiment de compassion, pour Kannon.

Si on rejette jusqu'à ces images, en estimant qu'elles aussi sont des illusions, dans les faits, que se passe-t-il? Dans les faits, on continue d'avoir l'image de ce qu'on mangera à midi, de ce qu'on fera le soir avec sa femme, de ce qu'on doit faire dans la journée avec ses collègues. On ne peut pas vivre sans ces images. Cela veut-il dire que ces images sont moins illusoires? Non, mais on vit avec et en fonction de ces images. On ne peut pas faire autrement. Pour élever son âme au-dessus des images liées aux nécessités corporelles, on ne peut pas rejeter les images renvoyant à un monde se situant au-dessus, mais on ne peut pas davantage tout nier en théorie, car la pratique, au jour le jour, s'impose. On est donc amené à ramener les images de la vie physique à des illusions en les mettant en relation avec des images qui n'ont rien à voir. Sur le plan intérieur, les deux sortes d'images sont d'une vérité égale. Les unes renvoient aux nécessités corporelles, par réfraction, et les autres, aux aspirations morales, à l'idée par exemple de compassion, ou de fraternité universelle. Fou est celui qui prendrait ces images pour des réalités en soi; mais celui qui prétendrait les rejeter toutes n'a pas forcément plus de sens, car cela l'amènerait mécaniquement à donner aux images de la vie sensible plus d'importance, spontanément, qu'aux autres, et donc, à s'illusionner.

Écrit par : RM | 08/12/2010

(Cela n'est pas valable, peut-être, pour le moine mystique qui s'est totalement détaché, en pratique, des nécessités corporelles, qui ne s'occupe pas de la vie pratique; dès lors, peut-être, le néant absolu peut se soutenir, et toute image être rejetée avec équité. Mais à l'homme ou à la femme qui est saisi dans la vie pratique moderne, une telle configuration est impossible; ici, forcément, pour l'Occidental en particulier, qui fait l'ange ne l'est pas: car mécaniquement, au jour le jour, pour des gens insérés dans la vie pratique ordinaire, les images de cette vie pratique ordinaire s'imposent, et ne se donnent pas d'emblée comme illusions: c'est même tout le contraire. Aux gens insérés ainsi dans la vie pratique, François de Sales savait que la compensation par l'image fabuleuse était nécessaire, pour empêcher que les images de la vie pratique s'imposent à l'esprit comme des évidences. Si les anciens Grecs ont laissé se développer les mythologies, ce n'est pas pour une autre raison. Même en Orient, le bouddhisme n'affirme pas que la fable mythologique soit à rejeter en soi. Cela dépend.)

Écrit par : RM | 08/12/2010

Le bodhisattva Avalokiteshvara a été récupéré par les Chinois sous le nom de Guanyin et par les Japonais sous celui de Kannon. Pour ce qui concerne la Chine, dans un univers sans Dieu/dieux, le besoin d'image/s devait se faire cruellement sentir, car on sait les Chinois très superstitieux.

Écrit par : Rabbit | 08/12/2010

Mon sentiment est que le besoin d'images est naturel et spontané, chez l'homme, que c'est lié à sa nature. Si on rejette les images grandioses, on en crée, qui sont moins bien. C'est comme la Révolution française qui veut abolir le culte des saints mis en statues et en tableaux; le vide laissé donne naissance à des cultes de grands généraux, des soldats, comme dans l'ancienne Rome. Vous savez qu'en Chine, on peut vouer un culte à des images de Mao. Mais en France, on peut vénérer à l'excès De Gaulle. Et finalement, on voue un culte aux machines. Il n'y a pas réellement le choix. L'imagination est une chose naturelle, je pense. Elle surgit dans l'âme au sein du sentiment de ce qui a été ou de ce qui peut être. Elle est sa vie. Le sentiment s'ordonne dans l'âme comme une couleur, je crois.

Écrit par : RM | 08/12/2010

Me voilà de retour à la Barbie Home donc ! Ce que je voulais vous dire ce matin, ce que le récit du père Clematis de Thrace est inspiré des vraies expéditions faites par des vrais spécialistes en angéologie.
Des extraits ont été insérés au milieu d’un roman de fiction « La malédiction des anges » de Danielle Trussoni.
On y retrouve tout au fil de pages, des extraits et des citations concernant les vraies recherches faites dans ce domaine tout au long de l’histoire.
Il est question notamment des travaux de Gregor Mendel, moine augustin et membre de l’académie d’angéologie de Vienne de 1857 à 1866, il est question aussi de nombreux ouvrages cités en référence comme le « Essaie d’anatomie humaine et angélique comparée » Gallimard 1926 (Que j’avoue moi-même reste introuvable !!!)
Voilà, en espérant avoir répondu à votre question ; )

Écrit par : Barbie Forever | 08/12/2010

Très intéressant. Néanmoins, beaucoup de récits de visites rendues à des anges même mauvais ne se terminent pas par la mort des visiteurs, par exemple Mahomet visite tout l'autre monde sans encombre. Dans la Bible même, dans le livre des Juges, pour évoquer l'origine du héros Samson, un ange apparaît, et celui qui le voit croit que du coup, comme il a vu l'ange de Dieu, il va mourir, mais son épouse lui dit que pas du tout, que Dieu a voulu cette apparition, et que tout est normal.

Écrit par : RM | 08/12/2010

(L'épouse, qui est la future mère, très âgée, de Samson, donc.)

Écrit par : RM | 08/12/2010

Quelqu'un a donc enfin réussi à disséquer un ange ?

Écrit par : Rabbit | 09/12/2010

On ne peut le disséquer qu'avec l'oeil de l'âme, de toute façon. Des anges dont diverses parties sont décrites avec précision, y compris ce qu'ils ont à l'intérieur, on en trouve fréquemment, dans la littérature mystique et prophétique. La mystique lyonnaise Marguerite d'Oingt a décrit le Corps du Christ en langage lyonnais, n'ayant pas appris la latin (c'était au XIIIe siècle). Saint Jean l'Evangéliste décrit différentes parties d'une femme céleste, dans sa Révélation.

Écrit par : RM | 09/12/2010

@ Rabbit : C’est comment un "sacré" soulagement de savoir que suivant les espèces…On ne risque pas grand-chose en général ! Sachez que chez les anges il y a des innombrables familles avec des caractéristiques très différentes.
Bref, heureusement qu’on ne crame pas toujours à leur contact ! Vous imaginez la vierge Marie avec de lunettes de soleil et un écran total pour l’annonciation ?

@ Remi : Veuillez excuser ce dérapage gothique mais Rabbit me chatouille !

Écrit par : Barbie Forever | 09/12/2010

Selon saint Amédée de Lausanne, Barbie, la sainte Vierge est la reine des anges, elle est plus belle que les anges, et donc plus propre encore à anéantir les âmes faibles par son excès de beauté: même les anges s'inclinent devant elle, d'émerveillement. Cela dit, les théologiens modernes en parlent d'une façon plus prosaïque, comme d'une femme accueillie par les anges au paradis. Mais enfin, les anges dont vous parlez, dit-on, ont été plus séduits par les chatoiements terrestres que la sainte Vierge même, et saint Amédée en parle aussi, en évoquant la chute de Lucifer qui croisa l'assomption de la vierge Marie.

Écrit par : RM | 09/12/2010

Ah oui ! Les Nephilims tels qui sont décrits dans le livre d’Hénoch n’ont rien de romantique et sont plutôt plus appâtés par la chair (Même s’il est dit qu'eux aussi sont tombés sur le charme de la beauté des filles mortelles) Dans ces histoires d’expéditions angéliques et de damnation éternelle au fond d’une grotte, il est question de cette espèce là.

Écrit par : Barbie Forever | 09/12/2010

Forcément! Or, Marie a eu une vertu compensatrice, de ce point de vue.

Écrit par : RM | 09/12/2010

Barbie lit les Apocryphes ! Barbie lit les Apocryphes !
Elle va finir au bûcher...

Écrit par : Rabbit | 10/12/2010

Les théologiens, pour les déclarer apocryphes, ont bien sûr les lire aussi.

Écrit par : RM | 10/12/2010

Ont bien DÛ, je veux dire.

Écrit par : RM | 10/12/2010

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