27/10/2010

Saint Michel et le mont Blanc

archangemichel21.jpgDans son roman Quatrevingt-Treize, Victor Hugo reprend la légende de saint Michel et le Dragon, en s'appuyant sur son application au Mont-Saint-Michel, car le prêtre qui a provoqué l'érection d'un monastère en ces lieux avait eu une vision de l'Ange, et l'on a ensuite raconté que celui-ci y avait justement vaincu le Démon, dont il reste un rocher. L'un des personnages du roman de Hugo dit que le héros Gauvain, chevalier de la Révolution, reflète saint Michel dans sa lutte contre le Vendéen cruel et bestial qui n'est autre que son grand-oncle, Lantenac, celui-ci reflétant par conséquent le Dragon. Le précepteur de Gauvain, un patriote, a d'ailleurs une vision de son protégé devenu soudain semblable à un ange - écrasant du pied les ténèbres, cuirassé de lumière, avec une lueur de météore au front, ouvrant les grandes ailes idéales de la justice, de la raison et du progrès, et une épée à la main.

Le marquis de Lantenac incarne l'ancien monde, fait de barbarie - de la loi du plus fort.

Lisant ces pages inspirées et qui font de ce roman une épopée au sens antique du terme, je me suis souvenu qu'il était fréquent que saint Michel fût lié aux avant-postes humains au sein de la nature farouche et hostile: il vainc la Bête, la domine, permettant à la Civilisation de s'implanter et d'enfoncer un coin dans le règne de la nature, qui est hostile, et gouvernée par le Dragon, par le prince de ce monde - Lucifer! Cela existe également à Chamonix, voué à saint Michel. Ce fut certainement dans la pensée des fondateurs de la paroisse que l'archange avait par eux, ou à leur prière, écrasé en ces lieuxMB acc.jpg le démon de la nature farouche, autorisant ainsi les hommes à s'installer et à fonder des villages, lesquels étaient liés à la Civilisation, bénie par Dieu et protégée par les anges. Au-delà - pour parler comme Hugo - est l'ombre des monstres!

Le château qui garde l'entrée de l'entrée de Chamonix, et dont on dit qu'il fut bâti par le comte de Genève, fut aussi voué à saint Michel...

L'archange écrasa-t-il le dragon au sommet du mont-Blanc - où Hugo dit, dans un vers de La Légende des siècles, que l'archange, précisément, aiguise son glaive? La glace est-elle le sang figé du diable? Les montagnes mêmes sont-elles ce qui reste des géants affreux des premiers temps du monde? Géants vaincus par les Ases - les Immortels du Ciel -, selon les anciens Scandinaves?

Dans la mythologie antique, on avait la même vision du monde: les géants avaient créé les montagnes en les entassant pour conquérir le royaume des dieux, et Jupiter les avait foudroyés! Or, la foudre, dans le christianisme, n'est rien d'autre que la lance, ou le glaive, de l'archange saint Michel. Les montagnes étaient demeurées comme l'antre des géants rebelles aux dieux - ou même le cadavre des Titans qui furent les ennemis des Dieux, au lieu de se soumettre à leur volonté juste!

Shelley fait au fond du mont Blanc un usurpateur de la puissance divine, puisque, quoique sur Terre, il a à ses yeux les vertus d'un dieu! Son ami Byron plaçait Ahriman au cœur de la Jungfrau, et faisait de ce démon perse le prince de la Terre. Or, à Ahriman, Shelley liait les glaciers. Ils sont sa morve, pour ainsi dire: son sang s'écoulant sans cesse! MB acs.jpgPour Shelley, ils étaient destinés à tout envahir.

Mais l'archange Michel veille, naturellement: son combat se répète inlassablement. (Même si Shelley n'y croit pas!) Il a dû créer le royaume de féerie qu'on a aussi placé sur le véritable sommet du mont Blanc, au-delà du sommet visible et accessible par les membres de chair et de sang. C'était pour garder le monstre enfermé dans cette geôle qu'est la montagne! Ou pour combattre les démons de second ordre, ses serviteurs. En tout cas, une reine des fées fut dite trôner à la cime du mont Blanc - reflet de l'ange à l'armure d'or dans les nappes brumeuses de la Terre, ou dans la sphère de la Lune, du moins. J'entends la sphère d'influence qu'elle a dans l'air même, et qui fait comme une brume d'argent, ou qui crée le bleu du ciel!

(Les photographies présentes au-dessus sont de mon camarade Stéphane Littoz-Baritel, et sont extraites de notre livre De Bonneville au mont Blanc, paru aux éditions Le Tour l'année dernière; la première représente les Ruines du manoir Saint-Michel, la seconde, un Clair de lune sur le massif du mont Blanc.)

20/10/2010

Les Enfants de Captain Savoy

Avengers.jpgLes incertitudes, que j'ai mentionnées la dernière fois, concernant le projet de créer un héros représentant en permanence, à Annecy, l'immortel Captain Savoy - la formation d'un super-héros plus accessible à l'humanité ordinaire, qui pût faire le lien entre celle-ci et le héros des astres, comme lui-même était un lien entre les hommes en général et les dieux -, avait bien été décidée. On prévit de l'appeler le Gardien, ou Chef de la Garde, et, à cette fin, on commença par créer un Comité d'Experts - que le peuple appela plus judicieusement Sages -, dont la tâche unique serait, à son tour, de créer une Confrérie initiée aux mystères de l'héroïsme propre à la lignée et au style de Captain Savoy, et qui fût dans le même temps un ordre de Chevaliers défenseurs de la paix et de la justice dans la cité et le pays, lorsque Captain Savoy serait absent. Cette Confrérie devait avoir pour tâche d'élire son chef, et celui-ci devait représenter le Héros, parmi les hommes.

La difficulté fut dès lors de savoir comment recevoir l'approbation du Héros, puisqu'on n'était même pas sûr qu'il fût au courant qu'on eût ce projet. Certains affirmèrent qu'il suffirait de se réclamer formellement de lui et de vouloir être fidèle à son action et à ce qu'elle laissait lire en guise de principes; mais d'autres firent remarquer, avec plus de profondeur, que la prétention à représenter un héros ne pouvait pas servir de justification fondamentale, et que le héros seul pouvait savoir et dire si ceux qui se réclamaient de lui le faisaient d'une manière légitime. Car en matière morale, il faut avoir des dons particuliers, pour reconnaître les formes similaires, et déceler ce qui résonne de façon identique, à distance ou en des temps différents: Green Lantern 2.jpgil s'agit réellement de voyance.

Il advint alors qu'on commença à se demander si l'opération était réalisable et si le résultat serait tout simplement crédible, aux yeux du peuple - si elle aurait l'autorité nécessaire. Car il apparut bien qu'il ne suffisait pas de vouloir réaliser un lien entre Captain Savoy et des gens choisis selon des idées purement humaines pour le créer effectivement. Et ce fut au moment où on désespérait le plus de résoudre ce douloureux problème qu'un fait des plus étranges se produisit, semblant manifester la volonté de Captain Savoy même, voire des dieux qui l'avaient suscité.

Or, de ce fait étrange, je reparlerai une fois prochaine!

12/10/2010

Connaissance des cieux, progrès de l'âme

Râ.jpgDans Le Livre des Morts de l'ancienne Égypte, on trouve, dans l'incantation CI, les paroles suivantes:
En vérité, ô Râ! si tu prospères, je prospère, moi aussi!
Ô Râ, en vertu de ton nom magique: Râ!
Lorsque tu dévoiles les Mystères des Mondes de l'Au-delà

Pour initier les cœurs des dieux, tes serviteurs,
Révèle ces secrets à mon Cœur,
Car en vérité, si tu prospères, je prospère, moi aussi!

Paroles mystérieuses, apparemment. Le récitant en tout cas en appelle à la grâce de Râ pour qu'il éclaire, par le biais de son âme, de son cœur, les mystères de l'univers et du monde des dieux: il attend de lui des révélations. Thème présent dans l'Imitation de Jésus-Christ, au sein de laquelle le Christ dit à son adepte que s'il place son cœur en lui, les secrets divins lui seront révélés!
Jeanne Guyon allait dans le même sens: quoiqu'elle rejetât le désir de la connaissance pour elle-même, elle disait que dès que son âme avait été en communion parfaite avec Dieu, des révélations lui étaient venues. Or, ensuite, naturellement, elles aident: elles soutiennent l'effort de l'âme. Elles la peuplent de vérités qui lui tissent comme un réseau corporel ferme, quoique purement psychique.
Le paradoxe est dans le rejet de la curiosité: il s'agit, par la connaissance, d'élever son âme, et d'un autre côté, la véritable connaissance, celle des mystères divins, vient parce que l'âme s'est efforcée de s'élever. C'est une sorte de cercle vertueux. Mais qui commence par le désir fondamental ascension_of_jesus.jpgde faire évoluer son âme dans le bon sens, celui qui rend digne de fréquenter les dieux, ou de devenir le compagnon de Râ.
La difficulté demeure, si on relit le passage ci-dessus cité du Livre des Morts, de saisir en quoi la prospérité du récitant, de l'être humain s'initiant aux mystères divins et élevant son âme, est liée à celle de ce dieu, Râ.
Si la prospérité de Râ entraîne celle de l'âme humaine, il faut considérer que de contempler les progrès du soleil dans le ciel crée les conditions du progrès intérieur. On se mêle alors, dans les lointains cosmiques, à ce cheminement, et on sent un dieu effleurer la conscience, pénétrer l'âme. On s'élève dans les cieux et on chemine à travers les figures du zodiaque, c'est-à-dire les douze heures du jour, de concert avec Râ, et on se purifie. Cela rappelle Mme Guyon.
Mais on peut encore comprendre les choses autrement. Les progrès de l'âme humaine glorifient Râ, le font prospérer aussi. L'acquisition de la connaissance des choses divines donne tout son éclat mystique au soleil, en créant l'image du soleil mystique. La création trouve son accomplissement par l'élévation de l'homme.
Le mystère en est profond!