03/10/2010

Le souffle du vers

597px-Pierre_Corneille_2.jpgOn croit souvent que les règles de la poésie classique n'ont aucun fondement dans la nature, et qu'elles ne sont là que pour imposer une sorte d'arbitraire formel, comme hérité de l'absolutisme royal - ou même du dogme catholique: pourquoi pas? L'idée aurait pu se trouver chez Victor Hugo...

En réalité, de même que le vrai but du Surréalisme n'était pas d'instaurer le chaos, mais, aux yeux d'André Breton, de défendre la libre inspiration artistique, pareillement, ce qu'on peut appeler le classicisme reposait sur des éléments tirés en profondeur de l'âme humaine - voire de la nature de l'univers.

On a dit que l'alexandrin était la manière dont les acteurs pouvaient parler naturellement en vers, parce que la rime ne revenant pas trop souvent, elle ne brouillait pas le sens, et ne faisait pas prévaloir le son. D'un point de vue pratique, cela peut être exact. L'alexandrin est le plus long vers que la France médiévale ait créée (il vient de la chanson de geste - assonantique - consacrée aux exploits fabuleux alexissos2.jpgd'Alexandre le Grand, et composée au douzième siècle). Il s'accordait avec le principe de vraisemblance: les personnages historiques des pièces de Corneille, dans leur vie, n'avaient pas réellement parlé en vers, n'est-ce pas?

Mais alors, pourquoi la tradition leur ordonnait-elle malgré tout de le faire, sur la scène théâtrale?

Un indice s'en trouve dans les commentaires de Corneille, qui en réalité contestait le principe de vraisemblance: la tragédie suivait une logique d'un ordre supérieur. Elle montrait ce que l'œil humain ne pouvait pas voir. Il cite les anges ajoutés à l'Évangile dans des mystères écrits de son temps en Allemagne.

La raison plus profonde se tire de cet indice: Corneille a intuitivement senti ce qu'il en était. Dans la Grèce primitive, les acteurs ne répétaient pas l'histoire, telle que le souvenir l'a conservée, mais l'ombre des héros prenait en quelque sorte possession d'eux. La tragédie avait à l'origine une portée rituelle, religieuse.

738px-Perseus_Hevelius.jpgOr, les oracles, dans la Grèce antique, s'exprimaient en vers, et la raison toute simple en est qu'aux yeux des anciens, les héros se mêlaient après leur mort à la musique des sphères, et que leur parole était forcément imprégnée du rythme des astres mêmes. La tragédie ne répétait pas le passé, mais manifestait le souvenir qu'en avaient conservé les étoiles. Le poète était inspiré s'il parvenait à saisir ce qui se dessinait ainsi.

L'attrait pour l'alexandrin peut se mettre plus directement en rapport avec la règle dite des vingt-quatre heures; les douze syllabes sont en rapport secret, je crois, avec les douze heures du jour, qui elles-mêmes sont en rapport avec les signes du zodiaque, étant les lieux que dans le Ciel le soleil traverse au fil de la journée! L'unité d'action était le fil du soleil même: la barque de Râ n'était, dans son glissement sur la voûte azurée, qu'une seule histoire. Car pour Racine, par exemple, tout devait s'unifier dans un principe unique, même au sein du Temps.

Les règles de la poésie et de la tragédie étaient comme le véhicule de l'âme vers un monde autre, plus beau, qui était celui des héros, soudain resurgis de l'oubli - soudain redescendus des cieux! Ainsi, ce souffle du dodécasyllabe n'était pas ressenti comme une contrainte, mais une condition nécessaire à la libération de l'âme. C'était la règle qui créait la liberté. Elle tissait le chemin menant aux nappes de l'Infini!

08:44 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (18)

Commentaires

Votre joli billet a comblé mon éveil
En ce jour où sans hâte on prend le temps de vivre
Au rythme du soleil aspergeant de vermeil
Les forêts jaunissant comme de précieux livres.

Bon dimanche et merci.
PJR

Écrit par : l'Acratopège | 03/10/2010

A vous je veux donner le merci, cher voisin
Parmi ces blogs vaudois, ô noble Acratopège!
La lumière est légère, en tout cas elle allège
Ce matin ma pauvre âme, et tout près le raisin
Montre des perles d'or pendant que les nuages
Dessinent dans les airs votre aimable quatrain;
Les couleurs qu'il fait naître ont l'air d'un pur écrin
Contenant l'obscur feu qui traverse les âges.

Merci à vous, donc, et bon dimanche également!
Rémi.

Écrit par : R.M | 03/10/2010

Magnifique billet, comme d’habitude, mais la voisine va ramener un peu de rigueur scientifique : )

Vous dites :

« Or, les oracles, dans la Grèce antique, s'exprimaient en vers, et la raison toute simple en est qu'aux yeux des anciens, les héros se mêlaient après leur mort à la musique des sphères, et que leur parole était forcément imprégnée du rythme des astres mêmes »


« La musique des sphères » ça me fait penser à la théorie des cordes : « Des fines cordelettes au cœur de la matière qui vibrent et se transforment au gré de caprices de l’univers »! Pas encore validée mais tellement évidente ! En attendant des news du CERN…bonne fin de week-end !

Écrit par : Barbie Forever | 03/10/2010

Merci, Barbie! Mais notez que les anciens croyaient bien à la musique des sphères, même Cicéron en parle. Evidemment, je le rapporte avec empathie et même enthousiasme, mais d'un point de vue purement critique, il ne serait en fait pas du tout scientifique de faire comme si les anciens n'y croyaient pas, parce que soi-même on n'y croit pas, ou parce que la science matérialiste actuelle n'a à cet égard rien pu déceler. Je pars bien de la pensée des anciens, et non d'une quelconque expérience physique du réel. Les vers ne viennent pas pour moi d'une expérience matérielle du réel, car si cela avait été le cas, ils auraient mécaniquement imité le temps qui passe et qui se rythme ou se rythmait, de un à douze, sur le cadran solaire. Or, au départ, le vers n'a pas été perçu comme purement mécanique, mais comme profondément artistique. Il s'agissait de l'effet sur l'âme du temps qui passe et de son rythme, et dans cet effet, on pensait entendre une musique lointaine, qui était appréhendée comme venant des sphères. Pour dire les choses plus clairement, le rythme solaire n'était pas appréhendé seulement comme rythme, mais aussi comme musique, parce que ce rythme paraissait porter une mélodie. La perception purement mécaniste du temps qui passe et donc du vers lui-même date pour moi plus ou moins de l'invention de l'horloge. Car dans les faits, quand on mesure le temps qui passe à partir des astres, c'est beau, c'est émouvant, on entend réellement, dans la nature, comme une musique, comme une mélodie indistincte. Des sentiments s'en dégagent: du matin, du soir, du midi! Que la science matérialiste ne puisse pas découvrir cette qualité musicale du rythme cosmique est évident, puisque la science matérialiste ne peut pas saisir davantage la qualité d'âme d'une mélodie de Mozart, elle ne peut saisir qu'une succession de notes! Tous ceux qui jugent de l'activité des musiciens savent très bien qu'il y a même une différence entre ceux qui font se suivre mécaniquement les notes et ceux qui savent donner à ce qu'ils jouent une vraie musicalité. Or, cette différence est impossible à définir matériellement: il s'agit d'une qualité d'âme. La différence entre le savant matérialiste et le poète véritable, pour ainsi dire, c'est que seul le second est en mesure de déceler, au sein du rythme du temps naturel, tel que le créent les astres, une musique! Le premier n'y voit que de la mécanique. Le premier crée des horloges, le second crée des vers! Le plus étonnant, du reste, est que cette qualité d'âme qu'on peut percevoir dans le jeu d'une partition musicale n'a rien d'aléatoire, les juges sont souvent d'accord entre eux pour savoir ce qu'il faut penser à cet égard de l'art de tel ou tel musicien! Et de fait, la musique de la nature, le sentiment qui se dégage des heures, je crois, ne s'oppose pas d'une personne à l'autre. La poésie romantique, si orientée vers la contemplation du coucher du soleil, a touché tout le monde, tout le monde s'y est retrouvé. Même la poésie chinoise touche l'Occidental d'une façon identique. Je crois qu'il s'agit d'un langage universel: celui qui est avant les mots! Avant les concepts.

Écrit par : R.M | 03/10/2010

(A la fin d'une tragédie de Racine, le soleil se couche, les héros meurent! En aucun cas les deux événements ne sont sans rapport entre eux.)

Écrit par : R.M | 03/10/2010

Je comprends votre point de vue, la seule explication qui harmoniserait votre vision et la mienne serait peut-être, que la poésie est comme la beauté : Elle se trouve surtout dans les yeux de celui qui la regarde, qui la comprend et surtout qui la ressent ! : )

Je peux vous assurer que toutes ces créatures qui s’affairent au CERN en ce moment, sont au comble de l’excitation (pas plus tard que hier soir, j’ai discuté avec quelqu’un qui travaille là bas) et avec mon habituelle impertinence et ironie je lui ai demandé : « Alors cette particule de Dieu, elle vous échappe encore ? Et il m’a confié qu’ils ont trouvé récemment « quelque chose » et qu’ils ont en train de bien la vérifier (pas d’aberration mathématique on espère) avant de la rendre publique (vous imaginez les enjeux) je vous assure que j’ai frissonné de partout !

Une petite tranche de ma poésie à moi ?

http://www.youtube.com/watch?v=HZaphhh8ScA

Écrit par : Barbie Forever | 03/10/2010

Oui, bien sûr, c'est très excitant, c'est un peu comme découvrir une nouvelle sorte de mouche dans un pays très lointain. Toutes les créatures sont de Dieu, et cette particule n'échappe sans doute pas à la règle. Mais est-elle plus de Dieu que n'importe quoi d'autre, je ne sais pas. Teilhard de Chardin disait qu'on pouvait diviser la matière à l'infini, que d'un point de vue physique l'atome au sens étymologique était un pur mythe. Cela ne l'empêchait pas de trouver utile l'exploration de l'infiniment petit.

Pour les yeux, je pense que les yeux de l'être humain sont un peu partout les mêmes, et que les âmes ont les mêmes ondoiements, si je puis dire. La poésie chinoise, qui est fondée sur la nature, me bouleverse, c'est un langage universel. Il y en a qui peut-être ne le comprennent plus, mais ce n'est pas qu'ils en ont développé un propre, c'est simplement qu'ils sont entrés dans un langage qui ne passe que par le concept, qui ne passe plus par l'émotion. Or, les concepts sont comme les particules, en nombre infini! Ils sont très divers. Quand un Chinois formule pour l'intelligence ce qu'il a ressenti, ça peut être très spécifique à la Chine, alors que le sentiment était le même somme toute qu'en Occident, où pourtant le concept est également très différent. Si l'esprit universel paraît faire aussi peu de progrès, d'un point de vue politique, c'est d'ailleurs peut-être justement parce qu'il essaye trop de s'exprimer en concepts, de s'adresser à l'intelligence! Mais c'est un autre débat. Les Chinois quoi qu'il en soit pensent aussi que les héros vont aux cieux après leur mort, selon leur qualité ils disposent de neuf cieux superposés, où les emmènent fréquemment des grues jaunes.

Écrit par : R.M | 03/10/2010

(Dans la mythologie chinoise traditionnelle, s'entend, celle que reprend Li Po, je crois.)

Écrit par : R.M | 03/10/2010

(Si je puis me permettre, votre petit film donne l'impression, autant que je puis comprendre de quoi il s'agit, que les théories les plus intelligentes sont fréquemment, de façon plus ou moins consciente, liées à ce que Jung appelait des archétypes, des modèles d'origine mythologique, ou mystique. Ensuite, il y a le désir de les mettre en équations mathématiques, c'est un peu comme fabriquer la machine à voyager dans le temps, ou la médecine qui prolonge indéfiniment l'existence! C'est un peu magique. Mais la magie peut aussi être quelque chose de très simple, comme un morceau de musique de Mozart qui émeut toute l'humanité! Il manque à plus d'un savant, je crois, de vraies connaissances en art et en poésie, ils se contentent souvent, à cet égard, de les cultiver comme le ferait n'importe quel bourgeois bien éduqué, comme un délassement à leurs travaux.)

Écrit par : R.M | 03/10/2010

C’est vrai que c’est le problème avec certains scientifiques actuels, ils tentent de mettre en adéquation des anciens mythes fondateurs et les toutes récentes découvertes de l’infiniment petit (ahhh ce Chardin ! quel sens de l’humour, j’avais oublié)

D’ailleurs il y en a plus d’un qui dit que la physique quantique ne fait que corroborer ce que les anciennes civilisations pré-védiques savaient déjà…

Mais puisque vous parlez de variétés de concepts et d’un « esprit universel » (en effet, ça pourrait être une des raisons de la mauvaise communication entre les états) moi cela me fait penser au Tao ou à ce fameux inconscient collectif que j’imagine comme une sorte de magma gluant dans lequel toute créature pensante peut y puiser quelque chose à son humble niveau.

En tout cas, je suis convaincue que Mozart autant qu’Einstein, ont alimenté leur génie et bénéficié de cette « soupe créative géante » chacun a « vibré » différemment pour le plus grand bien de l’humanité.

La spiritualité et la science ne sont pas obligées d’aller toujours ensemble, et l’expérience démontre qu’elles peuvent bien se passer l’une de l’autre, celui qui possède la foi n’a pas besoin de preuves scientifiques, à l’inverse celui qui possède des certitudes matérialistes n’a pas besoin de béquille spirituelle mais cela ne veut pas dire qu’il ne sera pas sensible à ce que la foi éveille chez les artistes…par « ricochet » il captera comment.

Moi je n’ai jamais eu accès à la « source » directement (là je ne parle pas d’inconscient collectif mais je parle de foi) …mais je suis sûre que si je visite le Vatican…je tomberais foudroyée par un syndrome de Stendhal à peine la porte passée…

Écrit par : Barbie Forever | 03/10/2010

Vous connaissez l'histoire de Boccace qui raconte qu'un chrétien qui avait pour ami un juif qu'il aimait et qu'il trouvait très vertueux l'encourageait sans arrêt à se convertir au christianisme, et que cet ami juif, un jour, lassé, a annoncé que puisqu'il en était ainsi, il allait visiter la Rome du Pape, et qu'il verrait bien ensuite? Le chrétien fut alors persuadé que son ami serait effaré par la mauvaise conduite des prélats de Rome, et qu'il renoncerait à jamais de se convertir. Or, de retour de son voyage, c'est l'inverse qui se produit. Le chrétien s'en étonnant, le nouveau converti lui répond qu'en voyant les moeurs effroyables du clergé romain, il en avait conclu que pour durer autant, l'Eglise romaine avait forcément dû être habitée, mue et protégée par le Saint-Esprit!

Sinon, vous voulez parler de preuves matérielles. Saint Thomas d'Aquin disait qu'il était faux que la foi pût contredire ce que le raison pouvait établir, qu'il s'agissait alors d'une foi de surface. La foi ne se limite évidemment pas à la preuve matérielle, puisqu'elle s'adresse à quelque chose qu'elle regarde comme existant tout en n'étant pas matériel. Pour autant, il ne s'agit pas de créer une foi qui irait à l'encontre de ce que la pensée peut établir d'une façon saine, quoiqu'en dehors du matérialisme. Saint Thomas d'Aquin considérait que l'intelligence pouvait aussi se mouvoir à l'intérieur de l'Esprit, qu'elle n'était pas forcément cantonnée à l'étude de la matière (ce qu'on a longtemps appelé la nature). Car il y avait aussi une logique, dans l'Esprit, quoiqu'elle ne fût pas forcément celle de la nature physique. Platon a lui aussi, vous le savez sans doute, développé l'idée d'une intelligibilité de l'Esprit, ou du monde des Dieux, en dehors de toute considération sur la sphère sensible.

Écrit par : RM | 04/10/2010

C'est vrai que l'alexandrin est parfait de rigueur symétrique et d'Esprit français; un monument du classicisme, mais une forteresse volante. Par contre, plus on réduit la voilure et plus on s'approche du rythme naturel:

- avec 7 syllabes, ça plane déjà mieux (Lamartine, "Le Lac":
"Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux."

- mais à 5, ça "tape" un peu (Malherbe, "Chanson":
"Cette Anne si belle,
Qu'on vante si fort,
Pourquoi ne vient-elle,
Vraiment elle a tort."

Entre-deux, il n'y a officiellement rien et c'est pourtant là que la fusion opère.

Écrit par : Rabbit | 04/10/2010

Non, je ne connaissais pas l’histoire de Boccace mais elle est très amusante ! Le chrétien avait des bonnes raisons de craindre pour l’image qui pouvait donner le clergé romain ! Et la conversion du juif s’opère de façon très « rationnelle » après une déduction qui tien la route, d’un point de vue purement sémantique, tout comme Chardin quand il affirmait que l’atome était un mythe… (On a tout même dû leur donner une valeur mathématique pour pouvoir les appréhender) peu importe le vecteur du moment où l’on arrive à un résultat concret.

Bien sûr qu’il y a une logique dans l’esprit, mais je vois ça comme une autre des activités électriques de notre cerveau, donc des particules soumises aussi aux lois de l’Univers (de toutes façons, des lois de perfection)

C’est cette perfection qui est le vrai mystère pour un scientifique, alors qu’elle est de « source » évidente pour un croyant.

Écrit par : Barbie Forever | 04/10/2010

Ce qu'il y a, Barbie, c'est que l'esprit humain saisit cette perfection de l'intérieur, il l'éprouve. C'est justement comme la qualité musicale d'une succession de notes, à mon avis. La perfection est d'abord un sentiment, avoir de pouvoir être constatée. Du reste, est-ce que les nombres eux-mêmes ne sont pas appréhendés simplement par l'esprit, indépendamment des objets soumis à leurs lois? Je veux dire: ces objets sont interchangeables, du point de vue des lois mathématiques.

Même si c'était une sorte de flux électrique qui organisait les nombres, il dépend de la volonté d'en devenir conscient ou non: or, c'est encore l'éprouver. Sans sujet qui éprouve, il n'y a pas de science, je pense. Il y a des choses, mais on ne les connaît pas. Le vrai mystère, pour celui qui croit à l'esprit, c'est peut-être justement non ce qui est connu, mais bien l'acte de connaître! Car après tout, avant de modaliser et de réglementer celui-ci, a-t-on réellement pensé à le comprendre, à l'appréhender par la pensée? Le mystère le plus grand est peut-être bien celui de l'âme humaine qui acquiert la connaissance, ou qui même éprouve le sentiment de perfection.

On peut aussi regarder le monde comme une succession de phénomènes sans liens entre eux, comme le faisait Sartre, qui justement contestait d'emblée le sentiment de perfection qu'on pouvait avoir vis à vis des mathématiques, par exemple. Ce sentiment, de fait, vient bien un peu de Platon.

Rabbit, peut-être avez-vous raison, le vers long est un peu discursif, l'octosyllabe est peut-être le plus propre à la méditation, ou à l'alliance du sens et de la musique. A l'époque on a inventé les vers, à mon avis, les plus beaux étaient sans doute les octosyllabes des récits du cycle dit breton, ou arthurien. Mais dès cette époque, ce cycle apparaissait comme trop beau pour être vrai, et les vers plus longs que sont le décasyllabe et le dodécasyllabe ont été inventés pour les sujets historiques, l'octosyllabe étant relié aux sujets réputés mythologiques. L'histoire est elle-même discursive, n'est-ce pas. Comme la tragédie au XVIIe siècle. On estimait que les vers donnaient une ampleur au propos, qui le reliait à l'histoire et à son sens: l'octosyllabe parlait de faits un peu statiques, paraissant hors du temps, et comme ramenés d'une époque révolue.

Écrit par : R.M | 04/10/2010

L’interchangeabilité des éléments est la base même de la théorie des cordes : )
Mais on revient toujours au même paradoxe : Vous dites qu’il faut un sujet pour prendre conscience des informations et moi je vous dirais qu’il faut d’abord des lois physiques pour « permettre » à la conscience de s’activer… : ) Pour utiliser une métaphore, c’est comme une horloge de sable qui s’écoule dans les deux sens… et nous sommes piégés dedans !

Écrit par : Barbie Forever | 04/10/2010

Si vous voulez, mais en réalité, chez vous, excusez-moi, mais la cause est seulement indirecte: il faut des lois physiques pour qu'il y ait un corps susceptible de contenir une conscience. Mais la cause directe de la connaissance, quoi qu'il en soit, c'est plus le contenu que le contenant: c'est plus la conscience, ou la pensée, que le corps qui permet son apparition. On peut présupposer la totale identité de la conscience et du corps qui la contient, mais il existe des exemples qui empêchent pour le moment de la prouver: la connaissance peut se partager, être la même dans plusieurs corps à la fois, et donc, la même conscience existe au-delà des limites d'un seul corps. Par ailleurs, la plupart des corps même animés et doués d'un cerveau ne sont pas à même d'accomplir l'acte de connaissance et d'en rendre compte: il n'y a donc pas identité allant de soi. Il faut donner une spécificité à l'organisme humain, à cet égard. Or, les lois physiques tendent-elles forcément à créer un organisme humain? Ce serait postuler un dessein intelligent, dans l'évolution des formes organiques. Ce n'est donc pas possible. Les lois physiques ne peuvent en tout état de cause, dans l'état actuel des connaissances, expliquer à elles seules l'apparition de la faculté de connaître. Or, à l'inverse, la faculté de connaître s'explique sans mal par la faculté de penser, par la présence de l'esprit. Il n'y a d'ailleurs pas besoin de postuler une origine ou une autre à cette faculté pour qu'elle s'exerce. On pourrait dire, comme Victor Hugo, pourquoi les lois organiques seraient-elles radicalement différentes des lois morales? N'est-il pas plus logique, d'emblée, de penser qu'elles sont identiques? Or, cela signifierait qu'en ce cas, puisque, sur le plan organique, une chose ne peut naître que d'une chose qui est de la même espèce, quoiqu'elle ait un corps distinct, la chose qu'est l'esprit naît aussi de l'esprit, et non de quelque chose qui n'est pas l'esprit. Car le postulat du matérialisme, qui fait naître l'esprit de la matière, je le comprends, mais sa logique, je ne la saisis pas. Si on détache la logique des mécanismes auxquels sont soumis les phénomènes, est-ce qu'elle ne montre pas autre chose, dans sa perfection toute mathématique, que ce postulat? La vérité est que le monde serait mathématiquement imparfait, si l'esprit ne naissait pas de l'esprit, comme le chat naît du chat, ou le caillou du rocher, mais d'autre chose que de lui-même. Teilhard de Chardin en a parlé, à sa manière.

Écrit par : R.M | 04/10/2010

En y repensant, aujourd’hui 4 octobre, ça fait pile 13 ans que j’ai eu une NDE et vous n’êtes pas sans savoir que les gens qui reviennent d’une expérience de ce genre sont à 99% transformés…et ben pas moi, rationnelle comme je suis, j’ai mis ça sur le compte d’un effet secondaire dû à l’anesthésie de cheval qu’on m’avait administré pour l’intervention chirurgicale…pourtant j’en conserve un souvenir très vif et inexplicable, celui de la sensation d’encastrement que l’on ressent quand on réintègre son propre corps, un peu comme si on était tout d’un coup infiniment « vaste » et qu’on nous mettait dans un récipient tout petit…je me suis réveillé en m’exclamant « Ouahh quel flippe ! » ce qui n’a pas manqué de provoquer l’hilarité du personnel soignant.

Dans mon blog (Dark Side) j’ai traité (toujours de manière free style) deux sujets qui expliquent en partie mon imperméabilité dans le domaine de la foi : J’évoquais l’absence d’un gène qui serait responsable de la prédisposition à la spiritualité, le VMAT2 (dan la note « La bobologie de la croyance » et dans une autre note j’ai abordé la scotomisation « L’esprit ne voit que ce qu’il choisit de voir »
Je pense que cela explique pourquoi nous ne percevons les choses de la même façon, quoi qu’il en soit, cela me fait penser aussi au film « Contact » avec Jodie Foster (un film à voir ou revoir pendant des longues soirées pluvieuses) quand elle revient de son voyage, elle ne peut pas convaincre le Tribunal qui la juge, de l’expérience « intime » qu’elle a vécue et au même temps, ses supérieurs hiérarchiques, ne peuvent pas s’expliquer pourquoi la caméra dans la navette spatiale avait enregistré une demie heure de parasites…alors qu’elle n’était jamais partie…le temps s’était écoulé différemment selon si on était sur terre au ailleurs…le monde scientifique ne fait que chercher la raison de ce paradoxe, c’est une noble quête, parmi tant d’autres.


http://www.youtube.com/watch?v=scBY3cVyeyA

Écrit par : Barbie Forever | 04/10/2010

Merci de ce témoignage, Barbie! Les choses vues de l'intérieur et vues de l'extérieur n'ont jamais le même visage. Mais je reste persuadé que deux personnes voyant la même chose de l'extérieur voient bien la même chose. Deux personnes qui voient la même chose de l'intérieur, aussi, je pense.

Écrit par : R.M | 05/10/2010

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