29/08/2010

La gloire de saint Blaise

Saint Blaise.jpgDans l'église de mon village la statue du patron de la paroisse, saint Blaise, le représente à la façon d'un sage barbu levant le bras comme pour guider les hommes; il est devant un fronton en triangle et des colonnes blanches qui semblent figurer l'entrée d'un temple romain. Le mur, derrière ces colonnes blanches, est doré, et éclairé doucement. Je trouve cela magique. Le catholicisme a aimé reprendre le style de l'ancienne Rome en y ajoutant de la féerie, pour l'adoucir: saint Blaise paraît être le gardien d'un pays enchanté, d'une terre des fées que cache la montagne sur laquelle est adossé mon village.

Dans la montagne, en quelque sorte - ou au-delà, comme si la montagne n'était qu'un décor, une muraille de théâtre -, est le royaume des fées qui mène au pays des dieux par la route de l'arc-en-ciel, - et celui qui garde ce royaume enchanté et garantit que ceux qui y entrent ont les vertus suffisantes pour y entrer, ont assez de mérite pour franchir le seuil devant lequel il se tient, est le saint patron de la paroisse.

maurice.jpgDe ce saint Blaise, la Légende dorée de Jacques de Voragine parle; il s'agit d'un évêque d'Arménie martyrisé sous Dioclétien, tout comme saint Maurice, l'Égyptien qui devint le patron spirituel de la maison de Savoie après l'avoir été des rois de Bourgogne, et qui fut consacré par le roi saint Sigismond à Agaune, comme on ne l'ignore pas.

Cette atmosphère orientale m'a toujours plu, même si elle est moins originale que l'atmosphère typiquement occidentale de l'hagiographie bretonne, très liée aux anciens Celtes, et si elle est davantage liée, au fond, à l'empire byzantin, aux Grecs.

D'ailleurs le duc de Savoie fut roi de Chypre, l'île vouée à Aphrodite. Une princesse de Chypre fut son épouse. La tendance des Savoie à regarder vers la Méditerranée plutôt que vers le nord et l'ouest vient peut-être de cette époque. Mais je pense que dès l'origine, il y avait en Savoie une tendance orientale, Mithra et Esprit de lumière.jpgpeut-être liée aux Burgondes et plus généralement aux Goths, lesquels ont été dits voués au culte de Mithra, à l'adoration du soleil, et qui sont venus au christianisme d'abord par le biais de l'arianisme - qui devait beaucoup, dit-on, aux anciennes traditions orientales. Les Goths ont d'ailleurs eu des contacts étroits avec l'Empire byzantin, en leur temps.

François de Sales vénérait de son côté profondément la lumière, dans laquelle l'âme se fondait par le biais de l'amour divin, à ses yeux. Il aimait assimiler le Soleil levant à la Vierge Marie. Le trait d'or d'Apollon, en quelque sorte, lui inspirait les sentiments les plus ardents! Or, il a vécu dans mon village, qui appartenait en propre au prince-évêque de Genève. Et qui ne sait, justement, que le principal temple de Genève, dans l'Antiquité, était voué à Apollon - plus tard remplacé par saint Pierre, l'homme aux clefs d'or, qui ouvrent la porte du paradis? Le rayon d'Apollon n'est-il pas aussi une clef du Ciel? Il suffit de le remonter, en cheminant dessus!

bosch-ascension.jpgPessoa affirmait qu'en s'élevant, l'âme voyait s'effacer les images qu'elle s'était créées de la divinité, avant de les voir se reformer, mais plus belles encore, plus sublimes, plus impossibles à exprimer en mots - même mis en vers et organisés en métaphores, comme il sut si bien le faire dans ses magnifiques poèmes. Pour lui, on pouvait monter à l'infini. Pour François de Sales aussi, mais il en détaillait les degrés d'une manière plus systématique, il les décrivait d'une façon plus figée et plus restreinte - parce que plus dogmatique: la lumière du Fils faisait faire silence à l'âme s'élevant, et le Père éternel s'enroulait en lui-même à l'infini, faisant tourner indéfiniment le sentiment de sa gloire à l'amour de sa gloire qui est en soi glorieux: car ultimement, Dieu n'est plus qu'amour. Les formes se dissolvent donc, à cette hauteur. Mais pas avant, bien sûr, et c'est ce qui l'opposait à Calvin, qui interdisait les images saintes même lorsqu'elles se contentaient de représenter les premières strates du monde spirituel. Ce qui était manquer le principe de la hiérarchie intérieure, et diviniser de façon absolue jusqu'aux pensées religieuses qu'on pouvait avoir: excessif, selon moi.

Le village donc offre la vision assez substantielle, par des images pieuses et des saints patrons représentés selon les principes de l'art antique, d'un seuil à partir duquel il est possible de s'élever éternellement- les fées menant aux dieux, comme je l'ai dit, par le pont de l'arc-en-ciel, c'est-à-dire les couleurs vivantes qui luisent dans les hauteurs, et se tissent, s'ordonnent elles-mêmes en chemin!

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