16/05/2010

La question du divorce

dore-jesus-preaching-on-the-mount624x400.jpgL'Église catholique ne s'oppose pas au divorce, comme le prétendent les journalistes, simplement parce qu'il est écrit que ce que l'Église scelle ne peut être rompu: il ne s'agit pas seulement de prérogative instituée du corps ecclésiastique - de l'autorité des prêtres. Le fait est que le Nouveau Testament est assez clair, sur le sujet. Plusieurs évangiles font condamner par Jésus le divorce, assimilé par lui à l'adultère. Ses auditeurs lui opposent Moïse, qui a implicitement autorisé le divorce en commandant à celui qui répudie sa femme de lui laisser un contrat de divorce en bonne et due forme; Jésus répond que Moïse a autorisé cela parce que les hommes ont le cœur dur: il veut dire que la femme ne doit pas se retrouver en dehors du droit parce qu'elle a été répudiée.

adam.jpgSaint Paul reprendra à son compte cette condamnation du divorce: il fallait unir un seul homme à une seule femme, disait-il, parce que cette complémentarité correspondait à la nature profonde de l'être humain, et à un mystère voulu par Dieu. Il conjurait en conséquence les époux séparés de chercher d'abord à se réconcilier et, en attendant, de rester seuls: solitude qui peut durer la vie entière, mais cela ne gêne pas le noble apôtre, puisque lui-même était entièrement célibataire, et estimait préférable le célibat, parce que l'amour à ses yeux devait, dans l'idéal, s'adresser à Dieu seul.

Une ambiguïté existe quand l'un des deux époux est païen: car Paul déclare que si le conjoint païen s'en va il faut le laisser faire: il ne faut pas chercher à le retenir, ni bien sûr à le ramener. Or, il admet par ailleurs qu'il vaut mieux se marier que de vivre mal le célibat.

Il faut comprendre que le conjoint païen a comme défauts soit de faire obstacle à la liberté religieuse, soit - bien sûr - de refuser de rejeter en principe l'adultère, soit d'avoir des pratiques intimes contraires à l'esprit de complémentarité des sexes, en ne prenant pas la femme en tant qu'elle est femme, dans sa spécificité: c'est le respect qu'on doit à son corps, dit-il EmpereurTacite.jpg(François de Sales l'explicite en disant qu'il faut toujours passer par les voies de la procréation, même quand on sait bien qu'on ne procréera pas, dans les faits).

Cependant, on aurait tort de croire que cette condamnation du divorce est propre au christianisme. En lisant Tacite, on peut découvrir que les anciens Romains allaient dans le même sens. Dans le deuxième livre des Annales, le grand historien raconte que l'empereur Tibère proposa un jour de remplacer la vierge qui avait durant cinquante-sept ans présidé aux cérémonies de la déesse Vesta - gardienne du feu sacré de la Cité. Deux familles nobles offrent alors leurs filles: Pollio, Agrippa. Et le choix se porte sur celle dont le père n'a pas divorcé, issue des Pollio, nam Agrippa discidio domum imminuerat: car Agrippa par son divorce avait diminué sa maison; il est précisé que ce fut le seul critère retenu.

Chinard-Persee-Andromede.jpgOn pourrait aller jusqu'à en tirer que le rejet constant et définitif du divorce par l'Église catholique est lié à la morale romaine originelle: le catholicisme est foncièrement romain.

D'ailleurs, le culte de la sainte Vierge peut lui-même être mis en relation avec celui de Vesta: dans une vierge seulement est l'âme de la Cité, ou de la Communauté - et en la priant, on s'attire la faveur des anges, ou des dieux. Mais il est difficile de pénétrer les arcanes de l'origine des principes religieux, de la morale religieuse.

Les Romains en tout cas ne sont pas toujours tels qu'on se les représente, je crois. Chez eux aussi, Persée et Andromède, unis pour la vie et transportés dans le ciel sous forme de constellations pour l'éternité, constituaient une sorte de modèle.

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