04/03/2010

Lamartine et le ciel de l'âme

Principautés - céleste armée.jpgVictor Hugo disait de Lamartine qu’il avait rapporté de ses voyages intérieurs des mondes grandioses et mystiques, et on croit trop, aujourd’hui, que le poète du Lac se contenta de chanter la nature et ses propres sentiments domestiques, car il fut fréquemment bien plus cosmique. En atteste, par exemple, son Hymne de la mort, dans ses Harmonies poétiques et religieuses, qui évoque le cheminement de l’âme après qu’elle a quitté le corps. Le poète s’y adresse prophétiquement à lui-même:
Tu vas voir la céleste armée
Déployer ses orbes sans fin,
Comme une poussière animée
Qu’agite le souffle divin.
Ces doux soleils dont ta paupière
Devinait de loin la lumière
Vont s’épanouir sous tes yeux,
Et chacun d’eux dans son langage
Va te saluer, au passage,
Du grand nom que chantent les cieux!

assomption1.jpgC’est moins coloré d’images féeriques que Victor Hugo, mais cela a de la noblesse, de la grandeur:
Tu verras quels êtres habitent
Ces palais flottants de l’éther,
Qui nagent, volent ou palpitent,
Enfants de la flamme et de l’air,
Chœurs qui chantent, voix qui bénissent,
Miroirs de feu qui réfléchissent,
Ailes qui voilent Jéhovah;
Poudre vivante de ce temple
Dont chaque atome le contemple,
L’adore et lui crie: Hosannah!

Les esprits du Ciel, chez Lamartine, se rapportent à Dieu, convergent vers lui, au sein d’une conception plus classique mais plus nette, plus pure que chez l’auteur des Contemplations:
Là sont tant de larmes versées
Pendant ton exil sous les cieux.
Tant de prières élancées
Du fond d’un cœur tendre et pieux;
Là tant de soupirs de tristesse,
Tant de beaux songes de jeunesse!
White Dreams.jpgLà les amis qui t’ont quitté,
Épiant ta dernière haleine,
Te tendent leur main déjà pleine
Des dons de l’immortalité!

Comme le paradis de saint François de Sales, celui de Lamartine est rempli de l’amour des êtres chers, et comme celui de David Lynch, je crois, il est également luisant du feu des premiers rêves! Les déceptions y trouvent ce qu’elles cherchaient, enfin:
Ne vois-tu pas des étincelles
Dans les ombres poindre et flotter?
N’entends-tu pas frémir les ailes
De l’esprit qui va t’emporter?
Bientôt, nageant de nue en nue,
Tu vas te sentir revêtue
Des rayons du divin séjour,
retourdu Christ 2.pngComme une onde qui s’évapore
Contracte, en montant vers l’aurore,
La chaleur et l’éclat du jour.

J’aime Lamartine, malgré son côté un peu mécanique, qui renvoie, disons, à la peinture d’un Géricault - Hugo reflétant plutôt Delacroix. Ce fut un grand homme, qu’on méconnaît trop - notamment, je pense, parce qu’il ne donna pas dans l’exotisme, tant dans ses figures que dans ses idées. Mais le bouillonnement des poètes qui le suivront manque souvent de socle: c’est un bouillon de fumées ne portant que plus ou moins le feu initial!

Et puis Lamartine adorait nos montagnes et nos lacs. Il faut lui rendre grâce.

14:27 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Merci pour ce rappel chaleureux à redécouvrir Lamartine, un billet que je rencontre - la vie sait se montrer malicieuse - alors que je termine juste la lecture d'un roman policier où planent les ombres inattendues du poète et de Rousseau*. Fatalement, j'ai ressorti "Les Méditations"...
Au passage, qu'est devenue votre chronique hebdomadaire dans L'Essor Savoyard ?
Amitiés,

Lou

* La faute à Rousseau (André Fanet) à La Fontaine de Siloé

Écrit par : Lou | 15/03/2010

Les responsables du journal ont supprimé la page. Mais ma chronique sortira bientôt en volumes. Le premier à paraître sera consacré aux écrivains liés à la Savoie depuis le début du XXe siècle. Lamartine n'y sera donc pas, ni Rousseau! Mais on y trouvera d'autres poètes. Cependant, durant le XXe siècle, peu auront évoqué les anges! Il n'y a guère que Michel Butor, je crois, qui évoque les gnomes qui en hiver, à Lucinges, préparent le printemps qui devra se manifester, en travaillant au fond de la terre! Et puis Freddy Touanen, qui évoque au moins des fantômes et de vivants symboles.

Merci de votre passage, quoi qu'il en soit!

Écrit par : R.M | 15/03/2010

Les commentaires sont fermés.