25/02/2010

Victor Hugo & les anges

ange-de-lannonciation-fra-angelico.jpgVictor Hugo a toujours aimé le merveilleux, notamment dans sa poésie, et dans sa jeunesse, comme il était encore très tributaire de la religion catholique traditionnelle, il a volontiers évoqué les anges, en les reliant notamment à l’enfance. Car les enfants, selon Jésus, ont un lien direct avec Dieu, et avec leurs anges: ils se confondent quasiment avec eux. Ce merveilleux chrétien était d'ailleurs conforme aux principes énoncés par Chateaubriand dans son Génie du christianisme, dont Hugo avait été un lecteur enthousiaste.

Dans les Feuilles d’automne, ainsi, le célèbre poète, évoquant le doux sommeil d’un enfant, dit:
Il dort, innocence!
Les anges sereins
Qui savent d’avance
Le sort des humains,
Le voyant sans armes,
Sans peur, sans alarmes,
Baisent avec larmes
Ses petites mains.
Leurs lèvres effleurent
Ses lèvres de miel.
Lange à l'enfant.jpg’enfant voit qu’ils pleurent
Et dit: Gabriel!
Mais l’ange le touche,
Et, berçant sa couche,
Un doigt sur sa bouche,
Lève l’autre au ciel!

Dans un autre poème, il dit de quelle façon l’ange gardien se trouve toujours à côté de l’enfant qui prie:
Quand elle prie, un ange est debout auprès d’elle,
Caressant ses cheveux des plumes de son aile,
Essuyant d’un baiser son œil de pleurs terni,
Venu pour l’écouter sans que l’enfant l’appelle,
Esprit qui tient le livre où l’innocence épelle,
Et qui pour remonter attend qu’elle ait fini.
[…]
Il prend tout, pleurs d’amour et soupirs de douleur;
Sans changer de nature il s’emplit de cette âme,
Comme le pur cristal que notre soif réclame
S’emplit d’eau jusqu’aux bords sans changer de couleur.

ange-gardien.jpgAh! c’est pour le Seigneur sans doute qu’il recueille
Ces larmes goutte à goutte et ce lis feuille à feuille!
Et puis il reviendra se ranger au saint lieu,
Tenant prêts ces soupirs, ces parfums, cette haleine,
Pour étancher le soir, comme une couple pleine,
Ce grand besoin d’amour, la seule soif de Dieu!

Il appelle encore l’ange gardien des enfants le céleste ami
Qui le jour et la nuit lui fait une défense
De ses ailes d’azur!
Invisible trépide où s’allume sa flamme!
Esprit de sa prière, ange de sa jeune âme,
Cygne de ce lac pur!

Il faut dire que dans ce recueil, Hugo conseille de féconder le monde tel qu’on le perçoit d’un monde intérieur d’images, de pensées,
De sentiments, d’amour, d’ardente passion,
Et de remplacer celui-ci par celui-là, en mêlant son âme à la création.

anges monde fabuleux.jpgIl évoque aussi Lamartine qui, selon lui - et je lui donne raison - a exploré le monde invisible et en est revenu glorieux avec sur le front, pour ainsi dire, l’image splendide des vivants mystères - un univers lumineux où se dressent
Des monts d’agate et de porphyre
- faisant du poète du Lac un Christophe Colomb mystique. Hugo dit qu’il veut suivre son glorieux exemple, et il s’y emploiera bientôt, comme on ne l’ignore pas, mêlant alors les anges à l’histoire, et faisant renverser le démon de la Bastille par l’ange de la Liberté!

Ce romantisme qui se faisait dans la foulée de Joseph de Maistre avait une certaine force, une certaine noblesse. Les poètes étaient redevenus des eubages, pour parler comme Blaise Cendrars.

08:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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