04/02/2010

Les Sept Piliers de la République

Coq gaulois.jpgLe gouvernement français s’est demandé comment définir l'identité nationale et, surtout, comment rattacher intérieurement l’ensemble des citoyens à l'idée française. C’est implicitement reconnaître que la culture commune enseignée par l’institution éducative ne parle pas aux élèves. De fait, elle est perçue souvent comme abstraite, n’ayant de pas de lien précis avec la vie que mènent les individus. Le château d’Annecy n’a pas de lien clair avec l’histoire de France, par exemple; cela ne l’empêche pas d’être visible depuis presque toutes les parties de l’ancienne capitale du Genevois.

Je crois qu’il faut libéraliser la culture au sein de l’Éducation, afin que les enseignants adaptent leur enseignement au public qui se trouve devant eux. Il me paraît anormal que, quand ils accomplissent leur tâche en Haute-Savoie, ils songent à les emmener au château de Versailles avant de les avoir instruits sur le château d’Annecy. Cela coûte cher, et c’est contraire à la logique la plus élémentaire, sur le plan pédagogique. Il faut, en réalité, commencer par explorer culturellement ce qu’on a sous les yeux - et qui, au départ, est seulement physique, et pour ainsi dire vide d’âme, en apparence.

Marianne.jpgMais alors, dira-t-on, que restera-t-il à l'identité française?

En réalité, elle doit se concentrer dans les symboles de la République, en se déployant au sein d’une discipline particulière qui serait l’extension de ce qu’on appelle l'Éducation civique. Ces symboles, repères fondamentaux, sont au nombre de sept: la Devise, l’Hymne, le Drapeau, le Coq gaulois, le Sceau, Marianne, le 14 Juillet.

Cette Éducation civique peut légitimement, à mes yeux, confiner à une sorte de catéchisme: on peut s’appuyer sur une mythologie, celle que Victor Hugo - avec d’autres - a créée dans ses romans et ses poèmes, et on peut même ériger des autels, pour ces symboles, des niches ornées qui en impriment le sens sur l’âme.

Les pouvoirs publics peuvent aussi encourager la création, dans ce sens: demander à des artistes - peintres, sculpteurs, architectes, poètes, romanciers, dramaturges, musiciens - ou à des philosophes de créer des œuvres grandioses donnant au peuple le sens de la République et illustrant ses glorieux Symboles - à condition qu’ils leur vouent un culte sincère, naturellement, et qui aille jusqu'au mysticisme.

Ange Bastille.jpgAinsi, les choses seront claires, et on ne sera même plus contraint de passer sous silence l’histoire de l’ancienne Savoie, puisqu’un lien national sera créé parallèlement par le culte et l’enseignement des Symboles. De ce point de vue, la Savoie aura le même statut, somme toute, que la France des rois, ou presque.

Est-ce qu’on ne peut pas dire que ceux qui seraient opposés à mon idée manqueraient simplement d’esprit républicain - qu’ils ne verraient en la République qu'un costume nouveau pour la vieille France royale? Mais cette ancienne France ne peut pas réellement concerner tout le monde: c’est une illusion. On n’a pas réussi à faire réciter à l’Afrique: Nos ancêtres les Gaulois d’une façon durable; la leçon doit en être retenue.

1789.jpgAu lieu de chercher à étatiser la culture - qui étend ses ramifications bien au-delà des limites qui sont les siennes, au fond -, la République doit - avec plus d’humilité, mais aussi, en un certain sens, plus d’ambition - créer un courant culturel qui soit pleinement émané d’elle-même, et qui puisse souder les gens autour des idées fortes qui sont les siennes - par-delà les traditions culturelles variées qui traversent en réalité son territoire. Elle doit s’assumer pleinement, sans plus chercher à s’appuyer sur un passé immémorial, remontant aux rois et plus loin encore, et qui à mon avis est plutôt illusoire. Car la République, en tant que telle, ne peut être issue que d’un acte fondamental de liberté, au sein de l’histoire; elle n’est pas un simple épisode dans la froide mécanique historique. La Révolution de 1789 doit être présentée comme un miracle, sinon, il devient dérisoire d’en parler, et le peuple s’en détourne. C’est Joseph de Maistre et Victor Hugo qui à cet égard avaient raison, je crois.

14:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

"En réalité, elle doit se concentrer dans les symboles de la République, en se déployant au sein d’une discipline particulière qui serait l’extension de ce qu’on appelle l'Éducation civique. Ces symboles, repères fondamentaux, sont au nombre de sept: la Devise, l’Hymne, le Drapeau, le Coq gaulois, le Sceau, Marianne, le 14 Juillet."

Une identité nationale est "tripale" ou elle n'est pas. Et si elle ne sert pas à établir qu'on est mieux et meilleur que les autres, elle n'a pas plus de chance de prendre, qu'une bouture de rosier dans le sable du Sahara ou dans la glace de l'Antarctique.

"Est-ce qu’on ne peut pas dire que ceux qui seraient opposés à mon idée manqueraient simplement d’esprit républicain - qu’ils ne verraient en la République qu'un costume nouveau pour la vieille France royale?"

Votre costume républicain ne permettra jamais d'habiller les Français de souche, les issus de l'immigration maghrébine, les Maliens de Montreuil, les "Chinois" du XIIIe, et les descendants de Polonais de Lorraine.

Votre costume républicain n'est pas aux mesures d'une France d'ores et déjà communautarisée, et irrémédiablement communautarisée dans laquelle les gens s'identifient en "NOUS" et en "EUX". Même un Azouz Begag dit "les Gaulois" quand il parle de ces Français - ses EUX à lui - dont il ne peut pas être, et dont il ne sera jamais par manque que racines !

Si d'aventure vous regardez Jean-Luc Petitrenaud à la télévision, comme je le fais régulièrement, pensez en même temps aux banlieues sensibles et vous percevrez peut-être, comme moi, l'abîme vertigineux qui sépare le Sauternes du thé à la menthe.

Écrit par : Scipion | 06/02/2010

Moi-même, je ne bois pas de vin, et les Gaulois, à mes yeux, sont plutôt un peuple de l'Antiquité.

En fait, par ces symboles, je ne veux pas exprimer, ou ne vois pas s'exprimer maximalement "l'identité française", mais plutôt minimalement, comme un lien qui n'est pas forcément "au-dessus", finalement, des cultures particulières non "gauloises", mais qui peut être compris comme étant aussi "au-dessous", ou "en-deçà". L'attachement commun à une organisation étatique peut s'exprimer par des symboles, mais l'Etat a un territoire limité dans l'espace, et il s'agit justement, pour moi, de ne pas limiter la culture telle qu'elle peut se développer en France à la tradition purement "gauloise" sans pour autant remettre en cause le lien que chacun entretient intérieurement avec la République. Le coq gaulois même doit être regardé comme purement symbolique, sans lien ethnique avec la population, les Gaulois étant non des ancêtres génétiques, mais plutôt des ancêtres psychiques, des figures symboliques, morales, liées au territoire, ou aux cités qu'ils ont créées et dans lesquelles nous vivons toujours, la plupart du temps, sans pour autant descendre génétiquement d'eux (la plupart du temps aussi). Il est donc légitime, en cours d'éducation civique, de raconter leur histoire.

Écrit par : R.M | 07/02/2010

Je partage votre analyse.
Mais j'aimerais en savoir plus sur un point :

"Ainsi, les choses seront claires, et on ne sera même plus contraint de passer sous silence l’histoire de l’ancienne Savoie, puisqu’un lien national sera créé parallèlement par le culte et l’enseignement des Symboles. De ce point de vue, la Savoie aura le même statut, somme toute, que la France des rois, ou presque."

Concrètement, comment voyez-vous les choses ?
Je verrais bien par exemple qu'on enseigne les paroles des Allobroges : est-ce possible ?

Souvenez-vous de l'accident du passage à niveau des Allinges : cette tragédie nous rappelle que les enseignants ont bien le souci de faire découvrir l'Histoire et la Culture savoyardes. J'y vais régulièrement, cela fait partie intégrante de notre Histoire maintenant.

Écrit par : Marie-Paule Dimet | 15/07/2010

Il faut voir ce qui est montré aux Allinges ou à Yvoire: des exemples de vie menée dans les temps anciens, ou réellement l'histoire locale? Car sur le plan historique, les lieux évoqués indirectement ici n'ont pas forcément l'importance des châteaux d'Annecy et de Ripaille, qui sont bien moins visités. Le programme d'histoire se fonde sur des généralités dont les monuments donnent des exemples. C'est l'organisation féodale en général, ou la vie quotidienne du peuple en général. Mais dès qu'il s'agit de points particuliers du programme, on renvoie aux rois de France sans préciser que la Savoie ne leur était pas soumise, et donc en laissant simplement entendre qu'elle était gouvernée par eux: car si on ne dit rien, et si on dit que les rois gouvernaient la France, si on ne précise pas que les frontières de la France ont changé, on y intègre la Savoie, même au XIIe siècle (par exemple). C'est donc mensonger. Or, les châteaux de Ripaille et d'Annecy ne peuvent pas être visités sans que le doute à cet égard soit totalement levé, alors que pour Yvoire, par exemple, on peut noyer un peu le poisson, si on met l'accent sur "la vie quotidienne au Moyen Âge". Il faut donc refaire une partie des programmes d'histoire à partir des monuments locaux qui ont une vraie importance historique, le château d'Annecy bâti par les comtes de Genève et les ducs de Genevois-Nemours, qui étaient des princes de la Maison de Savoie, et le château de Ripaille, avec le duc Amédée VIII. Même le château des Allinges n'appartenait qu'à un seigneur très local, qui après tout aurait pu être le vassal des rois de France. Mais les châteaux de Ripaille et d'Annecy étaient occupés par des princes souverains.

Écrit par : R.M | 15/07/2010

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