19/09/2009

Acteurs du monde divin au cinéma

600x800_216621.jpgBien que Calvin ait interdit de représenter visuellement le monde divin, le cinéma n’a pas laissé de chercher à en montrer des manifestations, de manières différentes. C’est aussi à l’expérience qu’on peut savoir si Calvin avait raison. Aujourd’hui, je voudrais me concentrer sur les films au sein desquels des acteurs interprètent clairement et physiquement des envoyés du monde divin, intervenant au sein même de l’action, et où il me semble qu’ils ont pu convaincre - au même titre, à la lecture, que les anges de la Bible, peut-être - mais à condition de créer d’eux une image digne.

La main de la Dame du Lac qui brandit l’épée, au début et à la fin d’Excalibur, de John Boorman, est une des manifestations les plus saisissantes d’une volonté divine qu’il m’ait été données de voir à l’écran. La même dame plus visible rendant l’épée réparée après qu’elle a été brisée, au sein d’une rivière, convainc moins. Mais l'épée elle-même, avec ses reflets verts, a l'air divine tout du long. Et Merlin a avec le monde spirituel des liens qu'il reflète aussi. A la fin, des fées, vues de loin, emportant le roi Arthur sur leur barge au soleil couchant sont magnifiques.

Un film du même genre qui a une très bonne scène, à cet égard, est Conan le Barbare, de John Milius: la mortelle transformée en Valkyrie étincelante dans ses armes d’argent, et qui sauve, en revenant de chez les morts - et comme elle l’avait promis de son vivant -, son aimé d’une mort certaine, est sublime, parce que brève, et commençant de nouveau par un simple bras brillant, munie d’une épée claire qui arrête la lame fatale de l’ennemi juré du héros. C’est d’autant plus poignant que sans ce bras surgi de l’azur, le héros n’eût jamais pu se venger de cet ennemi, au fond trop puissant pour lui. Le reste du film montre des fantômes et un serpent géant gardant une gemme brillante d'une manière intéressante, ainsi qu'un sorcier lié lui aussi aux serpents dont les pouvoirs sont réels.

Très proche est finalement de la Valeria ressuscitée de Conan est la Good Witch de Wild at Heart, de 5108973_orig.jpgDavid Lynch: elle a encore ce côté kitsch auquel Lynch renoncera peu à peu, préférant créer des figures moins traditionnelles - moins explicites. Mais en soi, alors qu’on voit d’abord, à l’écran, le bord scintillant de la sphère magique dans laquelle elle vole, et qu’ensuite, elle sauve Sailor de ses mauvais choix - à un moment où au fond le spectateur le désirait plus que tout au monde, quoiqu’il n’en fût pas conscient -, c’est assez sublime, et semble réellement venir du monde divin!

Le divin passant par des acteurs recouvre presque toujours ceux-ci de lumière, d’éclat, et cela n’a rien d’étonnant. Obi-Wan Kenobi, ressuscité sous sa forme glorieuse, dans le Retour du Jedi, a quelque chose de profondément féerique, avec son aura elle aussi scintillante, venant guider son disciple depuis obi-wan-2.jpgles mystères de la Force. Le plus dommageable est le caractère assez trivial du dialogue qui s’ensuit: l’esprit immortel manque alors de dignité; il se comporte comme s’il était encore de ce monde.

Telles sont les manifestations du divin assumées physiquement par des acteurs de cinéma qui me viennent spontanément à l’esprit. Il y en a peut-être d’autres, mais soit elles sont plus abstraites et moins explicites, soit gratuites et peu convaincantes: il ne suffit pas de dire qu’un acteur joue le rôle d’une fée ou d’un ange pour qu’on ait réellement l’impression qu’il s’agit d’une fée ou d’un ange, au sein de l’action!

07:29 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Il me vient à l'esprit, la scène finale du Dracula de Coppola, où le prince de tenèbres voit enfin la lumière rédemptrice, la manifestation divine est représentée par une intense lumière sur un vitrail puis par la métamorphose du vampire, qui en mourant pour de vrai, retrouve ainsi la paix.

Il y a aussi le film "L'associé du diable" où le duel entre le bien et le mal (Keanu Reeves et Al Pacino) est magnifiquement représenté! (avec des dialogues sublimes)

Écrit par : Barbie Forever | 24/09/2009

Pour "Dracula", ce n'est néanmoins que suggéré. Je ne suis d'ailleurs pas convaincu par cette scène finale: après tous les crimes qu'il a commis! Cependant, je trouve ce film très émouvant dans tout ce qui concerne la rencontre entre le prince redevenu jeune et son aimée réincarnée, à Londres. Alors, le prince est réellement magique, et dans le dédoublement de la femme au fil des siècles, il y a un mystère fascinant. Les premières scènes, qui placent l'oeil de Dracula dans le ciel, scrutant l'arrivée de Jonathan Harker, sont également magiques. Mais l'ensemble du film, il faut l'avouer, est moralement très ambigu, et confine souvent à la bouffonnerie. Il y a souvent trop de merveilleux pour que cela soit crédible!

Pour "L'Associé du diable", il m'a semblé que le meilleur en venait de "Rosemary's Baby", mais le mur constitué de femmes-démons est intéressant, et n'est d'ailleurs pas sans rapport avec "Dracula", et sa scène de femmes-démons surgissant du lit. Je pense même qu'elle en est directement inspirée, et que ce film n'a pas d'originalité particulière: c'est juste Al Pacino qui est amusant. Comme vous le dites, c'est le dialogue, qui intéresse, d'autant plus qu'il cite plus ou moins Milton. Mais là aussi, je pense que le surnaturel est plutôt gratuit et la simple occasion de créer des images et des situations amusantes à voir à l'écran.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/09/2009

Erratum: "Je pense même qu'IL [le mur] en est directement inspiré".

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/09/2009

Le mur. Très intéressant au point de vue du symbole. Ces femmes-démons qui empêche le maître des ténèbres de venir à la lumière, ne seraient-elles pas des prostituées ou des actrices de films pornos? Et dans le même temps, ce mur empêcherait-il, à cause de la honte, les citoyens de "voir" Dracula en héros romantique des temps modernes? Car Dracula s'est transformé à travers les âges. Du héros sanguinaire, il est devenu un héros romantique qui promène sa dégaine et son spleen en des lieux dit-on mal fréquentés (où pourtant pas mal de gens fréquentables, pour ne pas dire des notables, se baladent occasionnellement). La question est ouverte et la comédie dramatique continue...

Écrit par : pachakmac | 25/09/2009

Disons que Coppola en a fait un héros romantique, héritier des héros créés par Lord Byron - Manfred, Childe Harold, Don Juan. Mais il faut noter que Bram Stoker est postérieur à Lord Byron, de telle sorte que s'il avait voulu donner à son vampire l'allure d'un héros romantique, il aurait pu. C'est un choix de Coppola. Un choix qui a beaucoup plu au public. Mais qui reste sur le plan moral très contestable, car Dracula tue bien des gens pour retrouver sa jeunesse perdue, et je ne pense pas que la morale l'autorise. C'est en fait profondément égoïste. Je pense du reste que l'histoire que raconte Stoker est plus belle et plus forte que celle que raconte Coppola, qui néanmoins a un remarquable talent pour créer de jolies images, ainsi que ses films le montrent, en général.

Écrit par : rm | 25/09/2009

Effectivement. Le vrai Vlad Dracul, à la base du mythe, tue... comme tous les Seigneurs de cette époque. C'est le plus cruel de tous. Le pire sanguinaire. Il n'a qu'une morale: la sienne. Elle est bizarrement fait d'idéal incorruptible. Il déteste les voleurs. Il va même jusqu'à laisser exposer sur une place publique une coupe en or afin de mettre à l'épreuve sa population. Ce tyran est pourtant animé d'une flamme si violente contre les impurs qu'il n'hésite pas à frapper aussi le clergé de l'épreuve du pal. Une époque folle d'où est née la légende des dragons bienfaisants protégeant les populations contre les monstres qui auraient été trahis par des dragons jaloux décidés à leur tour de tout détruire sur leur passage et d'assassiner la dernière famille de gentils dragons... histoire et légende à suivre...

Écrit par : pachakmac | 25/09/2009

Néanmoins, selon mon souvenir, le roman de Stoker n'entre pas tant dans ces détails. Dracula est simplement un homme-démon, un démon à face humaine. Il manque peut-être d'ailleurs d'âme, dans le roman: il est comme une figure mythologique, une "abstraction". Il représente simplement le mal venu de Roumanie et s'étendant à Londres. Je n'ai même pas souvenir que ses origines soient évoquées. Ce sont les historiens et les commentateurs, je crois, qui se sont employés à la donner. Car Stoker s'inspirait visiblement d'une légende préexistante. Ce qui est passionnant, dans son roman, est surtout le combat - contre le Mal incarné qu'est Dracula - de la confrérie de Van Helsing. Et la chute de Lucy. Mais Dracula, dans le roman, est plutôt impersonnel: il agit comme une force, plus que comme un homme. Je pense que c'est bien restitué par le "Nosferatu" de Murnau. Finalement, le roman de Stoker a quelque chose d'assez médiéval, dans sa conception. C'est du moins le souvenir que j'en ai.

Comme je suis assez crédule, je suppose que la légende roumaine repose sur la réalité historique d'un coeur implacable. Les motivations apparentes, les idées qu'on suit, sont ici peut-être moins importantes que les élans de l'âme et la manière dont on applique les idées qu'on a.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/09/2009

Erratum: "qui se sont employés à LES donner [les origines]".

Et pour Lucy: sa transformation en spectre est belle et troublante, et montre dans l'actualité de l'action, pour ainsi dire, la chute d'un être humain et sa transformation en démon.

Écrit par : Rémi Mogenet | 25/09/2009

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