04/09/2009

Dieu et le Vide

Sartre.jpgDans son dernier livre, l’Envers de l’esprit, mon compatriote Valère Novarina rappelle que DIEU et VIDE ne forment un anagramme qu’à condition de considérer que u et v sont une seule et même lettre, comme en latin. Il a eu un beau pressentiment! Car cette idée de l’anagramme entre Dieu et le vide, je l’ai déjà lue chez des penseurs contemporains, plutôt liés au catholicisme - et en même temps désireux de se rattacher à la philosophie contemporaine d’un Sartre, d’un Heidegger, d’un Nietzsche.

C’est Rabelais qui a le premier établi cet anagramme, je crois. Il était grandement érudit, et son orthographe porte les marques d’une volonté de rattacher le français aux langues antiques, en particulier le latin. Mais la vérité, il faut l’avouer, est que u et v sont deux lettres complètement différentes.

Heidegger.jpgL’alphabet a pour principe de faire correspondre une lettre à un son. Le u latin était équivalent, devant une voyelle, à un w anglais: il s’agit d’une labiale. Mais comme il était trop difficile à prononcer - non pas seulement pour les Français, mais pour l’ensemble des peuples romans, Italiens et Espagnols compris -, la lèvre supérieure s’est abaissée jusqu’aux dents, et le v fut instauré: il s’agit d’une dentale.

Mieux encore, dans le mot Dieu, u n’est plus même un son en soi. Ici, le son est indiqué par deux lettres, comme c’est souvent le cas en français - dont on pourrait dire, ainsi, qu’il a un alphabet spécifique: il s’agit de la labiale œ, qui est, dans son articulation, entre la voyelle latine u (notée en français ou) et le e dit muet. Le rapport avec u est encore présent, mais il s’amenuise. Le e muet de la fin du mot vide n’est lui-même présent, au fond, que pour indiquer le d se prononce (même si, dans le sud, le e se prononce aussi).

On peut le dire: il n’y a aucun rapport entre Dieu et le vide. On peut, en tant que Français, remonter à l’origine latine, mais à quoi bon, puisqu’en latin, entre Deus et vacuum, il n’y a non plus aucune sorte de rapport.

Nietzsche.jpgIl s’agit surtout, je crois, d'une coïncidence, amusante quand on a lu Sartre - qui assurait que Dieu était une forme de pur néant - ou Nietzsche - qui disait que Dieu était mort -, mais qui, du point de vue de la langue, a peu de sens, car par Dieu, on entend le plein, et par le vide, on entend précisément l’absence de Dieu, ou de tout ce qui peut être issu de lui.

Que le divin soit situé dans le vide de la matière, cela peut intellectuellement se comprendre; mais en ce cas, il faut dire que c’est la matière qui est vide, puisqu’à Dieu, il ne peut pas manquer la substance. Mais ce vide même découle de Dieu, est le reflet de sa parole, pour ainsi dire. Dieu n’est pas le vide, puisqu’en créant, il a créé aussi le vide de ce qu’il a créé. Le vide est une ombre créée par Dieu.

Même si on ne croit pas en Dieu, si on croit que le vide existe, on peut pas dire que Dieu soit le vide!

On peut seulement dire que le mot est vide: non la chose même.

09:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (30)

Commentaires

"Que le divin soit situé dans le vide de la matière, cela peut intellectuellement se comprendre". C'est aussi ce que comprenait Sainte Thérèse (d'Avila). En lisant 'Las Moradas', je m'aperçois que l'ensemble du texte est traversé et par le doute quant à la nature de ses propres visions, et par l'impossibilité de des transcrire avec des mots. A un endroit, elle les compare à des parfums dans un brasier, ailleurs à de la lumière, mais les mises en garde sont constantes, il ne faut pas que ses lecteurs pensent vraiment à des parfums ou à tout autre chose, c'est-à-dire que ses expériences sont ineffables et que les mots du langage courant utilisés dans leur description créent des confusions. Cela devait donner du fil à retordre à ses confesseurs, mais quel plaisir, pour nous, de lire ce chef-d'oeuvre d'introspection et de curiosité passionnée.

Écrit par : Inma Abbet | 04/09/2009

"L’alphabet a pour principe de faire correspondre une lettre à un son. Le u latin était équivalent à un w anglais"

Plus exactement, le u notait deux phonèmes (au moins) en latin, une voyelle, probablement prononcée comme le ou français et une consonne labio-vélaire, probablement proche du w anglais sonore. Remarquez que le français utilise aussi le ou pour noter la consonne dans quelques cas, comme dans 'oui' ou 'ouate' en plus de son emploi vocalique plus usuel.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 04/09/2009

"de les transcrire"...

Écrit par : Inma Abbet | 04/09/2009

Certes, Stéphane, mais le "u" qui a donné le "v" est seulement la consonne labio-vélaire. D'ailleurs, l'évolution continue, puisque "oui" est parfois prononcé "vi", dans la langue courante. Et selon moi, à l'origine, le "u" ne notait pas deux sons trop distincts, pour les Romains: pour eux, c'était sans doute à peu près le même, et cela explique qu'ils aient utilisé un seul signe. D'ailleurs, on peut aussi dire "ou-ate", même si cela fait désuet. A Montpellier, j'ai entendu prononcer "cacahü-ète" (et non [kakawet]). Le plus probable est que les Romains ont créé la semi-consonne [w] par affaiblissmeent et relâchement, et que "u" a au départ seulement noté [u]. Cela dit, cela ne change pas grand-chose à mon idée, sur le fond.

Certes, Inma, les mots humains ne désignent en réalité que des expériences matérielles, la plupart du temps, et les expériences mystiques ne peuvent être exprimées dans ces mots que par une sorte de transposition, voire de "métaphore directe": le ressenti face aux choses matérielles peut renvoyer, par réfraction ascendante, pour ainsi dire, vers un ressenti équivalent en coloration (quoique pas en intensité) face aux choses de l'Esprit. Ce n'est bien sûr pas à prendre au sens littéral. Le doute est ici peut-être celui du langage lui-même, du langage humain, et donc du rendu de la Chose. (Mais je n'ai quasiment pas lu sainte Thérèse d'Avila: je ne peux donc rien dire.)

Cela me rappelle un mot de J.R.R. Tolkien (que j'aime beaucoup) selon lequel depuis que le langage des Elfes (sortes d'anges de la Terre) a été remplacé par celui des Hommes, il est devenu impossible d'exprimer fidèlement les objets du monde divin. La poésie essaye de le retrouver, toutefois. Elle essaye de rendre à nouveau "elfique" le langage humain. Car les Immortels s'exprimaient toujours en vers, comme les oracles de Delphes le montrent!

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/09/2009

(Cela dit, Stéphane, en me relisant, je me rends compte que j’ai manqué de clarté: le complément circonstanciel de lieu - “devant une voyelle” - n’était pas, lui-même, au bon endroit; cela rendait le passage confus. Je l‘ai donc corrigé. Grâce à vous. Merci.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 04/09/2009

Mon Vide ! Ò Vide! Ovide!... La poésie et le vide! La poésie du vide!

Si les termes Dieu et vide sont intergeangeables, poétisons notre vocabulaire:

- vide-poche = Dieu-poche: un Dieu pratique pour les voyages, Mercure?
- pompe à vide = pompe à Dieu: appareil pour les mystiques.
- vide-cave = Dieu-cave (à vin): = Bacchus
- vide-ordure = Dieu-ordure: Le veau d'or, mais d'or dur, pas d'or pur.
- vide-pomme = Dieu-pomme: Celui qui a guidé la flèche de Guillaume Tell.
- vide-vite = Dieu-vite: Un Dieu très contemporain.
- avide de Dieu = adieu de vide.
- marche à vide = marche à Dieu: pélérinage de Compostelle.
- Dieu-Serpent = vide-serpent: même genre d'appareil que le vide-pomme
- Vide intersellaire = Dieu interstellaire: Celui qui ne possède qu'un atome par cm3, mais n'est pas le néant, mais ne serait pas grand-chose si son volume était mesurable, mais vu l'immensité de celui de son univers, il fait, malgré tout, une belle "tripotée" d'atomes!
- La nature à horreur du vide (Aristote) = la nature a horreur de Dieu (Gorgias*, premier nihiliste)

*pourrait avoir été vrai!

Écrit par : Père Siffleur | 04/09/2009

Ingénieux! Mais il faudrait le dire à Valère Novarina, qui en fait croit à l'assimilation de Dieu et du Vide, sans doute parce qu'il fait le grand écart entre Joseph de Maistre et Nietzsche, admirant à la fois les deux! J'ai connu un poète, Robert Marteau, une sorte de symboliste chrétien que j'aime beaucoup, et qui préconisait aussi ce rapprochement. Mais au bout du compte, lui-même avouait admirer Heidegger, et il critiquait Joseph de Maistre pour sa vision pleine et vivante de Dieu agissant.

Écrit par : Rémi Mogenet | 05/09/2009

De nombreuses traditions assimilent D. au vide. Exemple: la notion de Aïn Sof de la tradition hébraïque. Le tao Te King de Lao Tseu s'ouvre par:

"La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel.
(L'être) sans nom est l'origine du ciel et de la terre ; avec un nom, il est la mère de toutes choses.
C'est pourquoi, lorsqu'on est constamment exempt de passions, on voit son essence spirituelle ; lorsqu'on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée.
Ces deux choses ont une même origine et reçoivent des noms différents. On les appelle toutes deux profondes. Elles sont profondes, doublement profondes. C'est la porte de toutes les choses spirituelles."

Etant Principe premier, L'Unité, on peut tout à fait envisager qu'il contienne le Plein et le Vide. Tout cela se situe à mon sens au-delà de toutes les contradictions. Dès lors il est absurde de se demander ce qu'est D. ou pas, la seule réponse étant Tout (donc également ... Rien). Un bou

Écrit par : Elicha | 11/09/2009

Dieu est le vide par rapport à la matière, ou à ses représentations, sans doute: il est toujours au-delà. Mais je pense que le croyant préfère dire que c'est le monde visible ou celui des représentations, qui est illusoire et, au fond, vide.

Écrit par : R.M. | 11/09/2009

(De fait, à mes yeux, le nom tiré d'un langage humain - ici, la langue française - n'est lui-même qu'une représentation sonore de la chose.)

Écrit par : R.M. | 11/09/2009

GOD
DOG

Voilà ce qu'il en coûte de faire des anagrammes avec un nom sacré. La preuve que le langage humain est impropre à s'exprimer sur de tels sujets. Les hébreux s'interdisent de prononcer le non de D, ce qui exclut toute discussion de ce type.

Il en va de même pour les images et les statues qui sont prohibées dans l'Islam et le Judaïsme. Lorsque l'on confond l'image, le mot avec la chose, on la réduit et l'on tombe dans l'idolâtrie.

Les Templiers avaient coutume, paraît-ils de cracher sur la croix, peut-être n'était-ce pas si sacrilège en fin de compte ?

Écrit par : Elicha | 14/09/2009

Il est certain qu'il est impossible de parler de Dieu absolument. Pour autant, je ne pense pas que le mot soit limité à l'expression du monde matériel. Il peut aussi exprimer des éléments de l'âme. Or, je pense qu'on pourrait dire que même si Dieu est bien au-delà de l'âme humaine, on pourrait aussi dire que l'âme humaine est d'une certaine façon plus proche, par sa nature, de Dieu que le monde matériel tel qu'il apparaît aux sens. C'est en tout cas, je pense, ce qui justifie la vie mystique. Dès lors, il apparaît aussi que toucher à l'âme (comme, disons, dans une pièce de Racine) donne non pas l'expression de la chose ultime, mais comme une direction: c'est un doigt pointé. Le tout est ensuite de pas contempler le doigt, pour reprendre un proverbe oriental célèbre. C'est en tout cas ma façon de voir.

Écrit par : R.M. | 14/09/2009

Monsieur ou Madame? RM,

Je me "doigt" de dire que je n'ai rien compris! Absolument! Et pourtant j'ai essayé de regarder plus loin que où je dois avoir le doigt pour avoir le savoir!
J'ai comptabilisé: zéro, le vide! Je suis certainement un manche, Mais un manche sans "l'âme". Maigre consolation: je ne suis pas le seul! J'ai proposé votre texte à une jeune fille... Elle l'a lu plusieurs "foi" et à chaque coup, la miss tique!

Écrit par : Père Siffleur | 14/09/2009

Prenons un exemple, Père siffleur: on a devant soi un réel, et en soi l'image d'un autre réel, plus beau, plus propre à combler les désirs. Donc, le désir même emmène plus loin que le visible, il se projette au-delà. Or, le désir fait partie de l'âme. Le mystique dira ensuite qu'il est vain de vouloir ramener l'objet du désir vers le sensible, puisque constamment, le désir se projette au-delà. Mais une image intérieure peut, par son caractère idéal, donner une direction de l'objet véritable du désir, par une comparaison implicite avec le monde sensible, commun. D'où Racine.

Écrit par : R.M. | 15/09/2009

Cher Père Siffleur,

C'est normal les femmes n'ont pas d'âme (!) J(e précise qu'il s'agit d'une plaisanterie).

Cher Remi, je suis somme toute en accord avec ce que tu dis. Les Upanishad déclarent "Tu es Cela" affirmant l'identité de l'âme avec le Divin. Je crois qu'il étant bon de séparer D. en tant qu'Essence qui est absolument et radicalement transcendante, par là inexprimable et inconnaissable des manifestations divines, qui elles, en sont le reflet de cette Essence.

En ce qui concerne le mysticisme, beaucoup de soufis arrivent à la conclusion d'un échec, merveilleux échec, infiniment supérieur à l'existence mondaine, mais échec en ce sens, que plus proches de D. ils en demeurent néanmoins séparés. Il s'agit là du problème de la différenciation de la créature et du Créateur. Pour eux l'union totale ne peut exister que dans l'indifférenciation, donc AVANT la création. Ils atteignent en quelque sorte le Jardin d'Eden qui l'étape ultime avant D. Lui-Même.

Dans un même ordre d'idée, la notion hébraïque de Tsimtsoum, prétend que la création ne peut exister que dès l'instant où l'Infini se limite lui-même ce qui n'empêche nullement la Shekinah (^me de D.) de pouvoir pénétrer le monde.

Tout cela m'amène à une interrogation personnelle: Si D. est le Tout, il ne manque de rien et ne peut donc ou n'a rien à rien désirer. Quelle utilité a dès lors la création de ce monde imparfait et des créatures qui le peuplent ?

Les soufis me répondraient bien sûr, que D. fait ce qu'il veut et que je je n'ai pas à me poser cette question... Aurais-tu une autre réponse ?

Écrit par : Elicha | 16/09/2009

Madame Elicha,

En plaisantant, vous dites que les femmes n'ont pas d'âme!
Mais les Hommes en ont-ils réellement une?
La question n'est pas une plaisanterie. Et si ils devaient en avoir une, elle serait malheureusement souvent de couleur vraiment noire! Pourtant Dieu aurait créé l'Homme à son image. Dès lors, en utilisant un syllogisme, il serait possible de dire que Dieu à une âme et une âme souvent très noire. Mais selon les Soufis je n'ai pas à me poser cette question... Il "soufi-rait" de croire!
Et je croirais que Dieu qui est TOUT est aussi le diable!
Mon Dieu! Quel casse-tête!

Écrit par : Père Siffleur | 16/09/2009

Les femmes n'ont pas d'âme. Ce n'est pas une plaisanterie!

Ce sont bel et bien les corps de femmes décédées qui ont été disséqués, en premier pour la recherche, car selon l'Eglise, elles n'avaient pas d'âme.

Écrit par : oceane | 16/09/2009

Mais Jésus dit quand même: l'être humain a été fait homme et femme: qui fecit hominem ab initio, masculum et feminam fecit eos. Il les faits mâle et femelle. C'est l'humanité qui prévaut.

Pour les causes profondes de la Création, il y a plusieurs réponses, selon les écoles. Peut-être que la divinité pure et absolue est au-delà de tout concept, et donc qu'on ne peut pas trouver ses raisons. On pourrait, néanmoins, si on partait de la logique des concepts, dire que l'action ne peut pas manquer à l'être divin, puisqu'il ne lui manque rien, et que son action est forcément créatrice, puisqu'il est divin.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/09/2009

(La création, en tant qu'elle est limitée, serait ainsi limitée, Elicha, parce qu'elle n'est que l'être divin dans sa facette agissante. Derrière cette facette ne s'en trouve pas moins sa volonté, laquelle touche à l'Infini. Mais le raisonnement est peut-être trop général, je ne sais pas. Je n'ai étudié la théologie qu'en amateur, je dirais.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/09/2009

Les voies du Seigneur sont impénétrables et votre logique, Rémi Mogenet, aussi.

Le machisme de l'Eglise est évident. Je pourrai vous donner mille et un exemples, mais le temps me manque, car je m'en vais sur les routes du Japon si cher à Nicolas Bouvier.

Bien à vous.

Écrit par : oceane | 16/09/2009

Je ne sais pas si les prêtres ont été globalement plus phallocrates que les nobles, dans les temps anciens. Les anciens Romains eux-mêmes n'eussent pas admis une femme à la tête de leur empire, je pense. Il faudrait voir ce qui dans une institution religieuse est simplement lié à la société dont elle est issue. Je ne pense pas non plus qu'aucune conversion ait jamais pu anéantir totalement ou changer totalement de vieilles habitudes, réformer totalement la morale, métamorphoser complètement les traditions. Maintenant, si l'Eglise catholique a institué, au sein de l'Empire romain, des inégalités entre les sexes qui n'existaient pas auparavant, c'est autre chose. Je ne suis pas sûr, néanmoins, que cela soit facile à prouver. La société romaine était bien fondée sur les mâles avant même qu'elle ne se convertisse au christianisme, je pense. Mais tout est possible.

Écrit par : Rémi Mogenet | 16/09/2009

Chère Océane,

Dans MA bouche il s'agissait d'une plaisanterie, mon épouse et je puis en témoigner, dispose d'une très belle âme.

Il est vrai, et vous avez raison de le relever, que l'Eglise catholique n'attribua une âme aux femmes qu'au Concile de Trente (1542), c'est-à-dire essentiellement pour lutter contre la Réforme protestante. Il ne me viendrait pas à l'esprit d'essayer de la dédouaner pour cela, ni plus que la défendre en tant qu'institution ou autorité spirituelle.

Chère Père Siffleur, je crains que la logique dont vous vous réclamez ne vous soit d'aucun secours sur le sujet de la métaphysique. Dès lors syllogismes et autres instruments de la logique formelle sont impropres à appréhender un tel sujet.

J'en profite également pour vous rappeler ce que disait Hugo: "Les calembours sont des pets de l'esprit". Notons que cela n'empêcha pas Joseph Pujol (dit le pétomane) de faire une brillante carrière dans le music-hall. Je noterai également que vos textes sont plus proche de la poésie que du calembour et que je les lis toujours avec plaisir.

Quant à savoir si tous les hommes ont une âme, je puis sans trop m'avancer, vous dire que celui qui occupe de manière frauduleuse ma place de parc, n'en a pas. Je pense que si âme il y a il s'agit de la découvrir et de la raviver, travail de connaissance de soi-même, que beaucoup, et je vous rejoins sur ce point, ne font pas. Alors effectivement ça sent un peu le souffre ici bas...

Écrit par : elicha | 16/09/2009

Remarquons néanmoins qu'un concile ne crée pas forcément une idée nouvelle. Il tend plutôt à énoncer un dogme à propos de questions qui font débat. Le dogme de l'Immaculée Conception par exemple a été comme dogme institué au XIXe siècle, mais l'idée se trouve déjà chez François de Sales, au XVIIe. Cependant, au XIIe, Amédée de Lausanne montre qu'il n'y croit pas. Après un concile, cela devient un dogme, et tous les catholiques sont censés y adhérer. Mais avant, cela fait seulement débat: cela ne veut pas dire qu'on pensait forcément le contraire, mais qu'il y en avait qui pensaient le contraire.

Écrit par : rm | 17/09/2009

Effectivement Remi, toute la question est de savoir pourquoi à un moment donné, on ressent le besoin de créer en dogme et à quels fins il servira.

Quant à la prétention d'imposer celui-ci à une communauté de croyants ou à qui que ce soit, cela me paraît inacceptable. Vous relevez d'ailleurs le caractère illusoire d'une telle entreprise. Si l'eglise (sans majuscule) a pu empêcher certains de parler, elle n'a jamais pu en empêcher d'Autres de penser. Quoique je ne sois pas certain de la dernière partie de cette affirmation car j'apprends à l'instant que le salopard qui squatte ma place de parc est catholique.

Écrit par : Elicha | 17/09/2009

Sans doute, mais la tentation est grande, lorsqu'il s'agit de savoir si la femme a ou non une âme, de mettre fin à une discussion qui autorise à penser qu'elle n'en a pas, et je ne suis pas persuadé que cela soit propre à l'Eglise catholique. La société tout entière rejette d'emblée des opinions de ce genre. Pour l'Eglise, de surcroît, cela pourrait remettre en cause la canonisation de toutes les femmes de son panthéon propre, et donc en quelque sorte délogerait du Ciel toutes les Saintes que la tradition y a placées, en n'y laissant que des mâles, et je pense, honnêtement, que cela aussi n'eût pas été acceptable. Paris privé de sa sainte patronne Geneviève, et la poésie de Charles Péguy perd tout son sens, et si Jeanne d'Arc même ne peut plus incarner la Justice divine, les "Grands Cimetières sous la Lune" de Bernanos s'achèvent eux-mêmes sur du non-sens, ce qui, sur le plan moral, serait très dommage. Je ne parle même pas de l'histoire de France de Michelet, dans laquelle la même sainte Jeanne d'Arc joue un si grand rôle. Et puis Jésus a réellement dit que l'être humain avait été créé mâle et femelle, et le concile ne pouvait que reprendre ce principe, si la question y était abordée. Cela dit, cela n'empêche pas l'Eglise d'avoir véhiculé en son sein beaucoup de phallocratie. Et de dogmatisme, aussi: c'est certain. Mais, de toutes façons, qui oserait dire aujourd'hui autre chose, sur la nature de la femme, que ce qu'elle a proclamé lors d'un de ses conciles? Cela provoquerait aussitôt un tollé.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/09/2009

Je dois avouer que je ne comprends pas ta dernière intervention (surtout la première phrase).

Je pense en suivant Eliade que la sentence "qui fecit hominem ab initio, masculum et feminam fecit eos" se réfère à la figure de l'androgyne. Archétype de l'être complet.

Je pense pour ma part que tout ce qui existe à une âme (exception faite du gars dont le véhicule persiste à stationner devant chez moi, sur MA place de parc)... Etant apostat, le sujet de la canonisation par une autorité humaine (même qui affirme être instituée et tirer son pouvoir d'en haut) ne m'intéresse pas. Il doit exister de nombreux êtres qui par leur vie pourraient être considérés comme des saints, et qui nous sont inconnus, ou attendront des siècles avant d'êtres reconnus ... ou réhabilités.

Écrit par : elicha | 18/09/2009

Sans doute, et si l'Eglise prétend (ce qui est possible, je n'en sais rien) connaître tous les Saints qui ont vécu sur Terre, elle est complètement dans l'erreur. Elle peut même avoir été dans l'erreur en déclarant Saints des hommes ou des femmes qui somme toute ne l'étaient pas tant: c'est une forme particulière d'erreur judiciaire. Mais en principe, l'Eglise a pensé révéler les Saints qui étaient réellement allés au Ciel.

Pour l'idée énoncée par Jésus, il s'agit peut-être, effectivement, d'une allusion ésotérique à l'androgyne initial. Mais cela n'empêche pas la femme de se rattacher à l'Homo, qui est "l'Homme fait à l'image de Dieu" de l'Ecriture, et que les théologiens catholiques disaient être le seul être terrestre à posséder une "connaissance de Dieu", et donc la possibilité de se diriger ou non, intérieurement, vers le Divin, et donc d'avoir une vie mystique. Or, la femme fut considérée être dans ce cas, et le statut de Saint, du reste, ne peut être réservé même à un animal qui se fût bien comporté toute sa vie durant: il faut que cela dépende d'un choix. Je suppose que c'est plutôt cette question qu'a essayé de résoudre ce Concile. Car sinon, bien sûr, tout est animé, et donc tout dispose d'une "âme". Mais l'Eglise ne disait pas le contraire, je pense, lorsqu'elle proclamait que "Dieu était en toute chose", et c'est ainsi que Teilhard de Chardin a pu dire que même les atomes avaient une forme de conscience. Pour lui, cependant, seul l'être humain pouvait évoluer volontairement, parce que lui seul avait conscience d'un point situé "en haut et en avant": il était le seul à avoir franchir ce palier de la conscience qui permettait d'avoir ce point en ligne de mire. A la question de savoir si la femme l'a aussi franchi, il est évident qu'il aurait répondu oui.

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2009

A avoir franchI (erratum).

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2009

(Franchi: le "i" majuscule est comme un "L" minuscule!)

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2009

Autres imprécisions: il eût fallu écrire "l'Eglise a pensé révéler DES Saints qui étaient réellement allés au Ciel", et "il faut que cela PROCEDE" d'un choix".

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2009

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