02/08/2009

François de Sales et les feux d’Orient

François de Sales.jpgBossuet appartient à mes yeux à un courant très occidental du catholicisme, qui devait beaucoup à Cicéron et à la pure tradition latine; mais François de Sales avait quelque chose qui le rattachait à l’Orient, ainsi qu’au monde allemand.

Il faut se souvenir qu’au XIIIe siècle, les comtes de Savoie invitaient à leur cour des poètes occitans - d’ailleurs prisés dans toute l’Italie du nord. Le français ne s’imposa en Savoie qu’après la croisade contre les Albigeois, qui d’ailleurs scella le sort de la langue d’oc même dans l’Occitanie. Amédée VIII, au XVe siècle, invitait, lui, des écrivains de langue d’oïl, venus de la France du nord.

BernardDeVentadour.jpgJe crois qu’au sein du style savoyard, il est resté quelque chose du vieil art des troubadours. Un passage du Traité de l’amour de Dieu, de François de Sales, évoque par exemple l’alouette qui, en montant vers la lumière du soleil, vole toujours plus haut et plus vite, portée par la présence de cette lumière: c’est une image de l’âme vouée à l’amour divin. Or, un poème célèbre de Bernard de Ventadour, troubadour bien connu, utilisait déjà, au XIIe siècle, cette image de l’alouette baignée voluptueusement par la lumière du soleil, au printemps, et se laissant choir dans cette clarté, pour la douceur qui au cœur lui vient: mais choir en volant.

Cependant, les troubadours furent accusés, par leur licence amoureuse, par leur culte évident de Vénus, de dévier de la morale chrétienne - de se laisser submerger par leur part d’animalité. Et Bernard de Ventadour oppose en réalité le plaisir de l’alouette à sa mélancolie, provoquée par l’absence de sa belle: le ressort est profane. Pour François de Sales, le soleil qui attire l’alouette contient évidemment le Christ: il redressait dans un sens chrétien la poésie amoureuse.

Cela a sans doute un lien avec l’hérésie cathare, qui met dans la nature même le bonheur ultime de l’âme. Car François de Sales admettait bien - contrairement à une tradition latine pure et héritée de saint Augustin - qu’un lien substantiel existait entre la cime de l’esprit - ou de l’âme - et la divinité, et que les sphères étaient liées, qu’entre elles existait un pont: en cela, il reprenait la mystique rhénane. Il rejetait simplement la confusion entre les deux sphères. En cela, du reste, il demeurait dans l’orthodoxie catholique; mais qu’il acceptât de les relier substantiellement le faisait s’écarter du pur courant romain, et le rattachait, je crois, aux Grecs, à l’Orient; il montrait là son appartenance objective au Saint-Empire.

D’ailleurs, l’alouette est un symbole de l’aube.

14:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

"Il faut se souvenir qu’au XIIIe siècle, les comtes de Savoie invitaient à leur cour des poètes occitans (...) Le français ne s’imposa en Savoie qu’après la croisade contre les Albigeois, qui d’ailleurs scella le sort de la langue d’oc même dans l’Occitanie."
Savez-vous que les mots Occitan et Occitanie n'existaient pas à l'époque des troubadours? Pourquoi alors les employer ici? Les langues d'oc sont toujours parlées de nos jours. Leur sort n'a pas été scellé après la croisade des albigeois, c'est quoi ce délire ???

Écrit par : Marchi | 03/08/2009

J'ai voulu parler de la tradition des seigneurs qui invitaient à leur cour des poètes de langue d'oc et finançaient la publication de leurs textes. Par la suite, me semble-t-il, les seigneurs méridionaux ont financé davantage d'écrits en français. C'est en tout cas ce que j'ai lu, ou cru lire. En Savoie, en tout cas, après avoir financé des poètes en langue d'oc, les seigneurs ont financé des poètes en langue d'oïl. Il me semble que la labgue d'oc a alors quitté les cercles officiels, les sphères de gouvernement, y compris local. Cela dit, je reconnais que ma façon de m'exprimer était impropre, et que j'aurais dû apporter tout de suite les précisions précédentes. Mais à vrai dire, je ne sais pas exactement comment on nommait au Moyen Âge la sphère linguistique méridionale. Au cours de Gérard Gouiran sur la langue occitane, que j'ai suivi à l'université de Montpellier, on parlait simplement de langue d'oc ou d'oïl, mais aussi d'occitan, et même d'occitan médiéval: c'était l'intitulé de son cours. Je pense qu'il est un peu forcé qu'on bomme par des noms modernes des réalités d'autrefois.

Écrit par : Rémi Mogenet | 03/08/2009

Erratum: "Il me semble que la laNgue d'oc".

Écrit par : Rémi Mogenet | 03/08/2009

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