29/06/2009

Jean Calvin et les images

Kandinsky.jpgEtienne Dumont, dans la Tribune de Genève du 28 février dernier, a évoqué la conception que Calvin avait de l’image en rappelant qu’aux yeux du grand Réformateur, il ne fallait pas représenter ce qui participait de l’Esprit: l’image devait être cantonnée à la matière, à ce qu’on pouvait voir avec ses yeux.

Je crois que l’histoire lui a donné tort: le Musée d’Art et d’Histoire de Genève met en valeur le célèbre tableau de Konrad Witz La Pêche miraculeuse, dont le sens ne se saisit que spirituellement, puisqu’on y voit Jésus marcher sur les eaux du Léman, ce qu’historiquement il n’a pas pu faire. Sans doute, on peut faire valoir que le paysage peint par Konrad Witz n’était justement pas rêvé et qu’il l’avait sous les yeux. Il est cependant évident que Calvin n’eût pas approuvé d’y placer le Christ. D’ailleurs, le musée de Genève met aussi en valeur d’anciennes fresques de la cathédrale représentant des anges musiciens, et pour le coup, l’excuse du paysage réaliste ne peut plus être évoquée: il s’agit bien d’êtres célestes!

Il me paraît en outre difficile d’excuser Calvin, comme on a pu le faire, en invoquant la peinture sacrée qui donnait à la sainte Vierge les traits des maîtresses des prélats: ce n’est quand même pas le cas dans les exemples que je viens de citer. Et puis François de Sales a lui aussi lutté contre de tels excès; cela ne l’a pas empêché de continuer à faire de l’activité de peintre mystique une pratique dévote en soi. Si Calvin a combattu un excès par une décision radicale, c’est qu’il était excessif lui-même.

La vérité néanmoins se trouve au-delà: il se réclamait d’un Ancien Testament qui condamnait l’imagerie sacrée, et François de Sales demeurait dans la tradition issue de l’ancienne Grèce, qui avait simplement essayé de moraliser les dieux de l’Olympe et d’en faire de saints anges, des reflets du seul vrai Dieu, ou de saints hommes divinisés par la grâce du Père éternel, ainsi que Joseph de Maistre l’a montré à la fin de son Du Pape.

Il faut admettre que le Naturalisme a repris ensuite la doctrine de Calvin. Mais l’Art abstrait de Kandinsky ou de Miró s’efforce bien de représenter par les couleurs le monde de l’esprit, même s’il a l'avantage de ne pas rabaisser ce monde aux perceptions sensibles. Et puis le cinéma ne déplaît pas, lorsqu’il place les fantômes des chevaliers Jedi à la façon d’anges auprès de Luke Skywalker! Le problème est de ne pas ridiculiser l’Esprit par des représentations trop triviales; mais en interdire absolument la représentation ôte tout sens profond à la peinture. Les peuples qui s’interdisaient de peindre l’Esprit peignaient très peu, de fait.

08:33 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Tout au plus un pisse-froid pour moi.

Écrit par : Victor Devaud | 03/07/2009

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