23/06/2009

Teilhard de Chardin & christianisme mystique

Pierre Teilhard de Chardin.jpgJ’ai évoqué la doctrine de l’écrivain mystique Jeanne Guyon, qui vivait sous le règne de Louis XIV, afin de la comparer avec Teilhard de Chardin - qui vivait sous De Gaulle. En réalité, fondamentalement, leur pensée se rejoint, car ils insistaient tous deux sur la fusion de l’âme avec le Corps mystique du Christ, lequel devait sublimer, transcender l’individualité elle-même. Toutefois, dans les faits, une différence de sensibilité essentielle apparaît.

Car Jeanne Guyon affirme que l’âme active en Dieu est passive en elle-même, et Teilhard évoquait inlassablement l’activité humaine comme suscitée par le Christ. En d’autres termes, alors que l’assimilation à Dieu était pour Guyon un but intérieur, passant par un certain dédain de l’action physique et par l’inflammation amoureuse, pour Teilhard, l’assimilation de l’âme à Dieu était d’abord une affaire de degré de conscience, puisque l’homme évoluant, quoiqu’il n’en fût pas conscient, était déjà agi par Dieu: le soi n’était dès l’origine qu’une illusion. Or, pour Jeanne Guyon, il était lié à l’ange déchu. Ce qui voulait dire que Teilhard était moins imaginatif, moins lié aux figures, aux symboles, davantage à la clarté de la conscience. On pourrait dire que Jeanne Guyon était une mystique qui avait appris à écrire, et que Teilhard était un scientifique porté par le sens du mystère.

De cette façon, il me semble que Teilhard est en réalité plus l’héritier de Bossuet que d’une Jeanne Guyon. Son discours ne se meut pas dans une sphère purement psychique: sa foi l’amenait à regarder ce qui dans le monde reflétait la volonté de Dieu, plus que sa beauté. Son souci devenait l’orientation de l’humanité en général: non les sentiments intimes d’un individu. Et c’est ce qu’on peut considérer: les mystiques comme Jeanne Guyon et François de Sales ont une visée essentiellement individualiste, cherchant le salut de chacun par la contemplation émue de la gloire divine; tandis que Teilhard et Bossuet cherchaient un salut collectif, et se penchaient sur le nombre, cherchant une voie pratique de parousie. Cela les conduisait à avoir, d’une manière ou d’une autre, une pensée sociale.

Commentaires

Hynayana versus Mahayana, en quelque sorte...=:o)

Écrit par : Azrael | 23/06/2009

Oui, peut-être. Il faut néanmoins savoir que Mme Guyon pensait s'adresser, en français, à tous. Elle a par exemple écrit "Le Moyen court": la voie brève pour accéder intérieurement à la plénitude en entrant en fusion avec le Père. Cela évoque plutôt le Grand Véhicule. La voie restreinte, ardue, difficile, ce serait plutôt Calvin. Je pense qu'il s'agit ici surtout d'une opposition entre le sentiment de Dieu et l'intelligence de Dieu. Cela se recoupe-t-il? Le peu de bouddhisme que je connais appartient plutôt au Mahayana, je pense.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/06/2009

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