11/06/2009

Épopées romantiques & Europe centrale

180px-Klopstock_Portret.pngLe Romantisme tenta de rénover l’art de l’épopée en ne s’appuyant plus tant sur une antiquité lointaine et devenue avant tout objet de connaissance intellectuelle que sur les traditions nationales, censées toucher directement le cœur du public. Or, en Savoie, portée par des rois de Sardaigne désireux de raviver le sentiment patriotique local, furent alors composés plusieurs grands poèmes narratifs à la gloire de la dynastie. J’ai lu par exemple l’épopée qu’Antoine Jacquemoud consacra au Comte Vert - où il est notamment question du soulèvement de Sion contre son évêque et de l’aide qu’apporta Amédée VI à ce dernier. J’ai par ailleurs évoqué cette épopée et son style, ainsi que la nature de son merveilleux, dans mon livre Portes de la Savoie occulte.

Les épopées savoyardes devaient indubitablement quelque chose à la littérature allemande, notamment Klopstock, révélé par Mme de Staël. La Savoie restait une terre gothique, un pays francophone dont l’esprit était allemand; n’était-elle pas demeurée jusqu’au bout partie intégrante du Saint-Empire?

La Franche-Comté fut aussi, par sa culture, très liée à l’Allemagne, et Victor Hugo, qui était né à Besançon et était un proche du Franc-Comtois Nodier, réalisa de petits poèmes épiques intégrant le monde germanique: ils sont bien connus. Or, il est indéniablement le Français qui fut le plus convaincant, pour ce qui est de l’épopée, notamment avec La Fin de Satan. Chateaubriand ne réussit pas aussi bien les Natchez et les Martyrs. Le réalisme de Lamartine, dans Jocelyn, le caractère inabouti de Daphné, de Vigny, illustrent les difficultés que connurent les Français avec l’épopée. Mais curieusement, en Franche-Comté, un auteur aussi méconnu que mes Savoyards écrivit un fabuleux roman historique mêlé de merveilleux, sur le capitaine Lacuson, qui avait déjà fasciné Hugo: c’est Louis Jousserandot, avec Le Diamant de la Vouivre, un pur chef-d’œuvre.

Le monde allemand avait conservé la vieille capacité de mêler le merveilleux à l’histoire d’une façon convaincante. Il était à la frontière entre l’Occident et l’Orient, pour ainsi dire. La Savoie aussi était un pays d’Europe centrale, comme l’a justement écrit Valère Novarina dans son dernier livre, sorti le 4 juin.

08:58 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

C'est normal que les pays voisins influencent l'un l'autre.

Écrit par : Quinby @ international calling cards | 21/10/2009

une belle histoire

Écrit par : emule | 31/10/2009

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