05/06/2009

François de Sales et la Nature

Plato-raphael.jpgFrançois de Sales, sur le plan doctrinal, était classique, et son originalité vient surtout de ce qu’il a fondé la vie religieuse sur le sentiment. Mais à la suite de saint François d’Assise, pour lequel il avait une dévotion profonde et personnelle, il développa, à l’égard de la Nature, un penchant particulièrement marqué.

Pour lui, comme pour Aristote, la nature était hiérarchisée: Dieu était plus ou moins présent selon les règnes. Relativement absent dans le minéral, il se manifestait mieux dans le végétal, encore mieux dans l’animal, et complètement dans l’humain.

Mais chez ce dernier non plus, les organes n’étaient pas égaux: c’est le cœur qui contenait, aux yeux du pieux évêque, le divin de la façon la plus appuyée; non le cerveau.

En cela, il s’écartait de l’aristotélisme, et il se rapprochait de Platon.

Au-delà de l’être humain, François de Sales plaçait encore d’autres entités, qui avaient également leur pendant dans la Nature. Il croyait en des âmes collectives, et mettait au-dessus de toutes la communauté chrétienne unie par l’Église. Puis les anges et les saints - qui protégeaient les cités, ou simplement les hommes, individuellement: qui étaient leurs reflets dans le monde divin, pour ainsi dire. Puis la sainte Vierge, que François de Sales assimila explicitement à la Lune. Puis le Fils de Dieu, assimilé au Soleil. Enfin, le Père éternel, assimilé à l’Infini. Le sentiment d’amour divin était relayé par chaque degré de cette hiérarchie cosmique, et il s’enroulait sur lui-même sans fin avec le Père, seul être dont la conscience égale par son étendue la Divinité.

Pour le pieux évêque, la Nature cachait partout la présence de Dieu. D’un point de vue absolu, la Terre le contenait même autant que le Ciel. Mais l’entendement ne pouvait l’entrevoir qu’au Ciel: la lumière était la porte de l’âme; l’obscurité était son mur. L’Homme n’avait rien d’absolu: son mode d’adoration était bon relativement à son essence propre.

La Nature pouvait en effet se dévoiler dans sa substance divine à l’âme dévote et entraînée, à la foi sincère et profonde. L’âme étant d’origine divine, la voie du cœur pouvait remonter ce qui avait été descendu. Et une forme de conscience supérieure, de nature intuitive, amènerait un jour face à Dieu. Mais c’était surtout après la mort: François de Sales attendait d’être délivré de sa nature relative d’être humain pour se fondre dans la lumière de l’Univers - et participer directement de la Divinité.

Les commentaires sont fermés.