02/03/2009

Divorce et religion

Sainte Famille.jpgJ’ai déjà évoqué la question de la morale face à la religion en rappelant qu’au sein de la perspective religieuse, la morale n’était pas une fin en soi, mais un moyen d’union de l’âme à Dieu. On estimait que l’âme qui se préoccupait trop des choses de la terre, ou de la chair, ne pouvait pas se préoccuper assez des choses de l’Esprit saint, de Dieu. Dès lors, tout s’oriente de cette façon, et non, comme on le fait souvent croire, à partir de principes abstraits et généraux qui ne furent énoncés que pour marquer les esprits, et non pour expliquer de quoi concrètement il retournait.

De fait, un peu comme au temps de Moïse, les esprits se laissent marquer par des commandements solennels, plus que par des explications subtiles qui partent de la nature profonde de l’âme. Je ne veux pas dire par là que les lois de Moïse sont sans utilité : elles donnent un cadre à la mémoire et à l’intelligence ; mais en soi, ce qui compte, en tout cas aux yeux de saint Paul, c’est la foi, c’est à dire l’âme unie à Dieu, par le moyen de la loi. La loi trace une route : encore faut-il l’emprunter. Or, il n’y a que la force intime agissant au sein de l’âme qui puisse le faire.

Évidemment, on a le droit, à notre époque de liberté de conscience, de contester les lois traditionnelles, en disant qu’elles ne permettent pas autant qu’on croit de mener à Dieu. Mais puisque nous vivons dans une société laïque, contester un principe moral hérité de la religion d’un point de vue social, alors même qu’en rien les lois civiles ne sont soumises à une quelconque obligation religieuse, cela me paraît plutôt ridicule : le débat est ressorti du XVIIIe siècle.

Bref, ce n’est pas au nom d’un principe abstrait qu’on a tiré qu’il valait mieux que les prêtres soient célibataires et qu’on ne divorce pas. Saint Paul dit simplement que si on s’occupe de plaire à sa femme ou à son mari, on s’occupe moins de plaire à Dieu ; le cœur même n’est pas tourné vers le Christ. Or, le mariage crée l’obligation de s’aimer l’un l’autre : car contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’Église n’a jamais préconisé la contrainte, en matière de mariage. François de Sales même a constamment insisté sur la nécessité d’accomplir de bonne volonté son devoir conjugal. Saint Paul dit seulement qu’il vaudrait mieux ne s’occuper que de Dieu, comme lui-même le fait - créant ainsi une obligation implicite de célibat aux prêtres -, et que, si on brûle de désir, il faut se marier. Mais une seule fois. Car il s’agit de savoir si on peut résister à la nature ou non : pas de se soucier d’un bonheur terrestre qui, à ses yeux - à tort ou à raison -, était illusoire.

Si on ne pense pas que le bonheur terrestre est illusoire ; si on ne pense pas non plus que le bonheur peut quand même être acquis de façon dite céleste, c’est à dire sans enveloppe charnelle, on n’a pas de religiosité au sens chrétien, je pense. Dès lors, à quoi bon discuter avec le Pape ? Cela n’a guère de sens.

Quant au débat de savoir si le divorce empêche ou non le bonheur céleste, il a déjà eu lieu au temps des Réformateurs, et il est également un peu vain d’y revenir, puisqu’à notre époque, chacun a le droit d’adopter la religion qu’il veut !

Commentaires

Merci pour votre billet, il est toujours agréable de trouver des vues inconformistes dans ces blogs.

Une autre chose sur le mariage, que je n'ai compris qu'en me mariant, c'est le rôle de l'économie. Parce que lorsqu'on vit en célibataire, on dépense davantage : deux appartements au lieu d'un, plus de consommation compulsive, plus de shopping, aucun souci de l'avenir... Et les célibataires sont des robots de rêve au travail. Pas d'horaires aménagés parce que pas d'enfants, une plus grande 'flexibilité' ou 'souplesse' ou je ne sais plus quel autre terme. Il est bien sûr plus facile de manipuler et de convaincre une population isolée, esseulée, une suite de particules élémentaires chacune dans sa case, entretenant son illusion de bonheur ponctuée de déprimes et autres passages à vide, ce c'est ce qu'on nous vend sous le nom de liberté.

Écrit par : Inma Abbet | 02/03/2009

Oui, quand j'étais célibataire, que je vivais seul, je m'en suis aperçu. La société s'attend à ce que les gens vivent en couple. Les célibataires sont des fauteurs de troubles. On s'attend toujours à ce qu'ils brisent des liens déjà établis, ou qu'ils débauchent des jeunes. Les curés sont regardés de cette façon depuis bien longtemps : Boccace en parlait. On pense au fond qu'il est impossible de vaincre la nature, à cet égard. Je sais que Pestalozzi l'énonçait comme principe ; les Réformateurs aussi, je crois bien. Saint Paul vivait une vie de sacrifice ; il vivait en martyr.

Écrit par : R.Mogenet | 02/03/2009

Vivent les prêtres qui pourront se marier!

Écrit par : mimi | 02/03/2009

La société s'attend à ce que les gens vivent en couple. Le célibat dérange, et l'une des caractéristiques de notre époque est, à mon avis, la domestication du célibat et du célibataire. Ce n'est plus un état voulu mais une situation inconfortable dont il faut s'en sortir au plus vite. Pas tellement dans ce sujet, mais qui le reflète indirectement, le livre d'Alain de Botton 'Du Statut social' évoque l'anxiété liée à la quête de la reconnaissance sociale. Lorsque la reconnaissance tardait à venir, ou ne venait pas du tout, deux milieux offraient certaines consolations : la religion et la bohème artistique. Deux choses intéressantes : d'une part, ces deux milieux attiraient des célibataires, pas forcément en marge de la société, mais qui n'étaient pas attirés par les contraintes mondaines ou qui pensaient 'autrement'; d'autre part, le développement les bohèmes artistiques ou littéraires débute justement à l'époque où les couvents sont devenus des repaires mondains. Il faut toujours qu'il y ait des refuges.

Écrit par : Inma Abbet | 02/03/2009

Il ne faut pas oublier que le mariage a représenté un énorme facteur de progrès puisque, les hommes n'ayant plus à se battre pour la possession des femelles, ils ont pu consacrer une bonne partie de leur temps à ces occupations plus nobles et plus productives.

Écrit par : Scipion | 02/03/2009

Comme il ne faut pas confondre "prêtre" et "prêtre catholique", je suppose que les prêtres qui peuvent se marier sont d'ores et déjà très nombreux. Les druides se mariaient, et ils étaient les prêtres des Celtes.

Le progrès institué par le mariage est réel mais antérieur au christianisme, et date sans doute des premiers temps de l'humanité, puisque la vie de couple existe sur tous les continents.

Mais c'est sûr que le célibataire est mal vu, et comme les prêtres pouvant se marier sont déjà très nombreux, l'appel au mariage de tous les prêtres traduit soit une situation au sein de laquelle la religion est assimilée instinctivement à la seule Eglise catholique, soit un rejet instinctif du célibat pour tout le monde, je pense.

Écrit par : R. Mogenet | 02/03/2009

"Le progrès institué par le mariage est réel mais antérieur au christianisme, et date sans doute des premiers temps de l'humanité..."

Bien entendu.

"Mais c'est sûr que le célibataire est mal vu..."

Ce qui doit se situer au plus profond d'un inconscient collectif façonné depuis des temps immémoriaux.

Écrit par : Scipion | 02/03/2009

L'image d'une unité première, peut-être : les deux sexes sont complémentaires ; chacun a paraît-il une âme-soeur. En tout cas, le principe du féminin est censé s'unir au principe du masculin pour obtenir un être doué de plénitude. Seulement, une période matérialiste exige de voir le couple, physiquement, tandis que dans le cadre mystique chrétien, l'union était censée pouvoir se réaliser spirituellement, les nonnes étant mariées avec Dieu, pour ainsi dire, et les prêtres aussi, mais le culte marial offrait le principe féminin à la méditation. Saint Amédée de Lausanne a d'ailleurs dépeint l'union de la Vierge Marie et du Saint-Esprit dans des termes dont le caractère cru en étonnerait beaucoup.

Écrit par : Rémi Mogenet | 03/03/2009

Saint Amédée de Lausanne a d'ailleurs dépeint l'union de la Vierge Marie et du Saint-Esprit dans des termes dont le caractère cru en étonnerait beaucoup.

Pourriez-vous nous les faire parvenir ? Merci.

Avec mes meilleures salutations.

François

Jean-Paul II a notamment comparé le rapport sexuel chaste entre les époux chrétiens à l'adoration eucharistique.
Admiration.
http://www.union-ch.com/file/portrait.wmv
http://aimerplus.com/

Écrit par : François | 13/03/2009

Pour Amédée de Lausanne, il s'agit d'une union purement spirituelle, ne passant pas du tout par la chair, mais s'accomplissant selon les mêmes principes que l'acte charnel : voyez "Homélies", III : "Spiritus sanctus superveniet in te, ut attactu eius venter tuus contremiscat, uterus intumescat, gaudeat animus, floreat alvus". Personnellement, je prends cela comme une marque de la façon dont les temps anciens vivaient intérieurement la vie spirituelle : c'était imagé, et même assez imagé pour que l'image de l'esprit, pour ainsi dire, supplante les perceptions physiques. Je crois qu'il faut comprendre ainsi bien plus qu'on ne s'en rend aujourd'hui compte les anciens récits mythologiques sur l'union de mortels avec des êtres spirituels. Depuis l'histoire d'un Jésus épousant physiquement Marie-Madeleine, on est dans une tout autre atmosphère. Personnellement, je ne crois pas que même l'union charnelle entre les époux puisse être légitimement assimilée à l'Eucharistie. C'est plutôt bizarre. La Vierge épousant le Saint Esprit, lequel épanouit ses flancs sans pour autant être de chair et de sang, cela en tout cas est très loin d'une telle idée. Amédée de Lausanne voulait dire que le monde de l'esprit pouvait sans cesser d'être lui-même être vécu comme une réalité à part entière par les âmes qu'animait la foi.

Écrit par : Rémi Mogenet | 13/03/2009

(En revanche, bien sûr, l'évocation de saint Amédée a certainement d'étroits rapports avec l'Eucharistie. Mais j'ai lu beaucoup de vieux auteurs chrétienset religieux qui évoquaient le mariage, et je n'ai pas vu qu'ils comparaient l'union charnelle des époux avec l'Eucharistie. François de Sales avec plus de réalisme, à mon avis, dit que sans la charité, les relations entre les époux deviennent vite exécrables, et présente globalement le mariage à la façon de saint Paul, c'est à dire comme une concession faite à la nature : il dit même que le plaisir donné par le chair ne doit pas en soi être recherché, mais concédé à la nature.)

Écrit par : Rémi Mogenet | 13/03/2009

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