16/02/2009

Le Lac sous Amédée VIII

Lazare.jpgJ’ai dit que Maurice-Marie Dantand, le Virgile thononais, estimait que Thonon était réellement la cité la plus noble des bords du Léman. Peut-être se souvenait-il obscurément du temps où le duc Amédée VIII siégeait au château de Ripaille. De fait, ce prince dominait réellement, dans la première moitié du XVe siècle, l’ensemble du pays lémanique.

Outre son domaine propre, hérité du Comte Rouge son père, comprenant déjà le Chablais, le Valais en amont du lac, le Pays de Vaud et le Faucigny - qui touchait au lac par Hermance -, en 1401, il reçut encore en apanage le comté de Genève. Or, quinze ans plus tard, il était fait Duc par l’Empereur, qui voulait ainsi marquer son caractère souverain au sein de ses États. Car on sait que Genève et Lausanne étaient cités impériales ; mais le titre de Duc était une sorte de titre de souveraineté accordé par l’Empereur y compris au sein du domaine impérial.

Il restait le pouvoir personnel de l’Évêque, qui pouvait, en théorie, contrer le pouvoir du Syndic : à Genève, le syndic Jean Servion - rappelons-le - était un proche du Duc ; il était même son historiographe officiel. Cependant, l’autorité des princes-évêques mêmes allait passer sous la coupe d’Amédée VIII quand il serait élu Pape - sous le nom de Félix V - par les évêques du Saint-Empire réunis en Concile à Bâle.

Certes, ce pape était schismatique, et Amédée VIII renonça finalement à la tiare. Mais entre-temps, il a bien assis son pouvoir sur les évêques de ses États. Tout le pourtour du Léman lui appartenait, et d’ailleurs, le château de Ripaille, où il s’est retiré après son renoncement à la tiare, était bien plus vaste qu’aujourd’hui. Il abrita, dans les dernières années de vie terrestre du Prince, un ordre qu’il avait créé, voué aux saints Maurice et Lazare - le premier étant le saint patron de la Maison de Savoie, le second étant le premier homme ressuscité par le Christ.

Bref, il fut un temps où tout le Léman avait un seul gouvernement, dont le siège était à Thonon. Les anges y venaient sans doute à cette époque, pour reprendre le mot de Dantand, qui affirmait que ces êtres célestes aimaient particulièrement cette noble cité !

17:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Très très intéressant. Comme l'Histoire change!...

Écrit par : hommelibre | 16/02/2009

Oui, Berne est plus grosse, et le château de Ripaille n'a plus que trois tours sur les sept qu'il avait à l'origine !

Écrit par : Rémi Mogenet | 17/02/2009

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