06/02/2009

Nom du Lac

Ramuz.pngLe lac Léman est appelé lac de Genève par les Anglais, mais autrefois, il a pu aussi s’appeler le lac de Lausanne. De fait, on peut avoir un sentiment de propriété, vis à vis d’un lac, mais la réalité est que le lac Léman est le lac de toutes les cités qui l’entourent. Bien que je ne sache pas qu’on l’ait jamais appelé le lac de Thonon, il lui appartient aussi.

Je sais qu’il est de mise de s’émerveiller face au coteau ensoleillé que constitue le Pays de Vaud, et sans doute, c’est depuis les hauteurs de Lausanne que le Léman est le plus beau. A vrai dire, quand je vivais aux Rousses, en Franche-Comté, j’ai appris à l’aimer aussi depuis Nyon, quand le soleil se couche sur ses flots d’argent, et qu’une nappe de lumière y figure l’entrée du pays où le roi Arthur a été emmené par la fée Morgane.

Je sais, également, qu’on préfère admirer les richesses de la rive droite que la relative modestie de la rive gauche. Et même quand Ramuz souhaitait ardemment retrouver le temps où la comtesse Béatrice de Savoie, femme de Pierre II, allait d’une rive à l’autre sur sa barge glissant sur l’onde en l’effleurant à peine et en laissant derrière elle un sillon d’or, il ne pouvait pas aussi s’empêcher de saluer des échanges qui voyaient le Chablais apporter au Pays de Vaud ses matières premières, quand le second renvoyait des produits manufacturés. Dans le même ordre d’idée, un blogueur romand qui habite en Provence a un jour déclaré que la rive vaudoise faisait du vin, tandis que l’autre ne faisait que de l’eau ! Oui, mais elle est pure, et elle se vend dans le monde entier comme une eau bienfaisante, miraculeuse, pleine de vertus ! Elle est naturellement magique, et quand Guy de Pourtalès parlait de la rive du Chablais, il disait justement de son obscurité apparente qu’elle était telle : il y voyait, lui, luire l’ombre du bon évêque des fleurs, saint François de Sales... Et de fait, il est plus difficile qu’on croit, de garder pur un paysage : il y faut bien autant d’art et de grâce que pour faire un bon vin.

Au demeurant, cette qualité de la rive savoyarde, Julien Gracq l’a aussi évoquée dans un de ses livres. J’en ai fait un article, assez récemment. Il la disait semblable à ses chers bords de Loire.

Et puis Maurice-Marie Dantand, le Virgile thononais, affirmait plaisamment que Thonon était la vraie cité principale du Léman, et que les anges s’y rendaient fréquemment. En tout cas, le Léman est bien à tous ceux qui ont la chance de vivre sur ses bords.

08:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

En bon genevois, les premières syllabes de ce billet écrit je me suis empressé de l'ouvrir avec mon clavier... mais je vous ai tout de même lu jusqu'au bout et le douceur de votre regard sur ce lac, ma foi, ... Je ne puis qu'être d'accord. C'est bien par ce bout de pays que le lac est le plus beau.

Écrit par : Le merle chroniqueur | 14/02/2009

"la réalité est que le lac Léman "
Pléonasme, Léman signifie grand lac en celte.
Vous avez fait juste à la fin de votre billet : "En tout cas, le Léman est..."

Écrit par : Géo | 14/02/2009

Merci, M. le Merle.

Géo, les dédoublements dus à des changements de langues sont innombrables, dans les toponymes. Je crois que le Rose du mont Rose découle d'un mot préceltique qui voulait dire "montagne" ; mont Rose, c'est donc "montagne montagne". Mais les répétitions, même si elles sont honnies en français moderne, sont souvent utilisées comme figures de style dans d'autres langues, tel le chinois. "Bleu bleu", c'est "très bleu", et "montagne montagne", c'est : "une vraie montagne" ; "lac Léman", c'est peut-être : "un lac grand lac", "un lac vraiment grand". Les interdictions qui pèsent sur certaines figures de style, en français, m'ont toujours paru ridicules. Je les respecte, mais c'est parce que le lecteur s'y arrête. Or, vous reconnaîtrez avec moi qu'ici, peu de lecteurs sont aussi avertis que vous, d'une part parce que le celte est une langue inconnue en France et en Suisse de nos jours, d'autre part parce que l'usage même confirme la récurrence de l'expression "lac Léman". Or, vous savez peut-être ce que disait le Savoyard Vaugelas : peu importe la logique, peu importe l'étymologie, l'usage est souverain. Cela dit, d'autres ont parlé autrement, par exemple Bossuet.

Écrit par : Rémi Mogenet | 15/02/2009

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