20/01/2009

Indiana Jones & le cristal vide

1339649213.jpgPierre Béguin, sur son blog, a récemment opposé les héros immortels, tel Indiana Jones, et les héros périssables des romans à la française, marqués du sceau de la tragédie - ou du moins du drame bourgeois, selon l’exemple donné par Flaubert. Mais l’immortalité n’empêche pas la fatigue - la lassitude -, ainsi qu’au Moyen Âge on le disait des dieux de l’Olympe: elle n’empêche pas pour ainsi dire le vieillissement, et Tolkien laissait même entendre que quand l’heure de la mort eût dû venir, ceux qui avaient acquis l’immortalité de façon illicite devenaient l’ombre d’eux-mêmes, des spectres hideux qui parcouraient sans fin la Terre sans plus pouvoir revenir réellement à la vie.

Gattaca.jpgLe dernier volet d’Indiana Jones ne rappelle-t-il pas ces vérités? D’emblée, l’image était baignée d’une teinte dorée qui renvoyait à une forme de nostalgie. Steven Spielberg, depuis un certain temps, a pris l’habitude de créer ce genre d’effets irréalisants, en donnant à ses images des couleurs de dessin animé. Il n’est d’ailleurs pas le seul, mais je ne suis pas sûr que cela soit toujours approprié. Personnellement, j‘ai trouvé cela très beau et très réussi dans un des plus anciens films qui aient procédé de cette façon, Bienvenue à Gattaca. Mais quand cela devient systématique et artificiellement justifié, cela cesse de convaincre, je crois. Cela rappelle le ton éthéré de la poésie contemporaine: à force d’être toujours le même, on se dit qu’il ne doit pas réellement s’enraciner dans un sentiment mystique si profond.

dark-crystal.jpgLe fond mythologique d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal n’est pas inintéressant et crée une sensation de mystère pendant un certain temps, mais la fin est plus spectaculaire que grandiose, parce qu’elle aussi manque de souffle et de perspectives sur l’ailleurs. Elle rappelait la fin d’un autre chef-d’œuvre d’autrefois, Dark Crystal. Il avait d’ailleurs été fait par des collaborateurs de George Lucas. Mais que Lucas et Spielberg, qui ont donné si souvent l’impression d’inventer de nouveaux genres, paraissent au contraire, à présent, imiter des films déjà faits, est assez déconcertant.

Le manque de conviction de Spielberg se voit à mon avis bien dans l’expérience que le héros fait de la magie de la pierre, qui est censée donner des pouvoirs psychiques extraordinaires. On s’attend alors Odyssée de l'espace.jpgà voir, à l’écran, les visions mêmes du Dr Jones: des galaxies, des cités fabuleuses, des dimensions incroyables, un peu comme dans 2001: l’Odyssée de l’espace. Mais non: le spectateur n’a pas, ici, le privilège d’entrer dans l’esprit du personnage: on en reste à de discrètes luminosités apparaissant dans le cristal. Cela déshumanise du reste le héros. Mais quoi qu’il en soit, à quoi bon faire de la mythologie, ou jaunir et lisser les images, si c’est pour montrer aussi peu, du monde qui se meut précisément au fond du rêve? Et est-on encore un héros, si on n’a pas eu des visions étranges de l’autre monde? Au moins, dans le premier volet, si ce même héros n’avait pas vu le feu de Dieu sortir de l’Arche, puisqu’il avait fermé les yeux, il y avait assisté par ses autres sens. Et le spectateur, lui, l’avait vu!

Un film décevant, assez comparable, finalement - mais en moins bien -, à Vol 714 pour Sydney, l’album de Tintin: le thème est devenu éculé, entre-temps. Je crois que c’est Harisson Ford qui l’a le plus voulue, cette suite: sa carrière s’essoufflait, et il était lui-même nostalgique des temps heureux de sa gloire terrestre!

18:11 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

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