30/01/2008

Paysans de la Haute-Savoie

On ne sait pas vraiment ce qui a pu traumatiser Lionel Chiuch, journaliste littéraire à “La Tribune de Genève”, au point qu’il s’acharne sur les paysans de la Haute-Savoie, car il a recommencé, dernièrement, à en dire pis que pendre sur le blog de Pierre Assouline, journaliste littéraire au “Monde”. Si les paysans de la Haute-Savoie étaient aussi abjects qu’il le disait, il faudrait que leurs dirigeants syndicaux soient des monstres. Or, je connais bien le président des Jeunes Agriculteurs de Haute-Savoie, puisque c’est un cousin. J’ai lu plusieurs interviews de lui dans la presse, et j’ai souvent conversé avec ses grands frères (plus de mon âge), ainsi qu'avec ses parents, et je n’ai rien remarqué de particulier. Ils se contentent en général de défendre l’agriculture de montagne, qui a ses difficultés propres, face à celle des grandes plaines du centre de la France. Je noterai quand même que les agriculteurs de la Haute-Savoie se plaignent des droits de succession qui augmentent, parce que les prix de l’immobilier eux-mêmes montent. Ils sont attachés à ce que les enfants puissent reprendre la ferme ou habiter près de chez leurs parents : c’est vrai. Ils sont attachés à la terre, comme on dit. Du coup, ils aimeraient qu’on résolve ce problème, mais en général, pas en empêchant les gens de s’installer chez eux : en supprimant les droits de succession. Ils ont donc voté pour Sarkozy. C’est peut-être ce qui déplaît à Lionel Chiuch : je ne sais pas.

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27/01/2008

Genève et sa banlieue

Il y a quelque temps, le “Messager” (Haute-Savoie) a évoqué d’éventuelles disparités fiscales entre les Suisses et les Français qui habitent en France et travaillent à Genève. La source du problème serait dans la prise en compte des frais de déplacement, au sein de l’impôt prélevé à la source. Les Suisses seraient mieux remboursés.

Sans entrer dans le détail et prétendre en juger, puisque je n’ai rien de probant sous la main à cet égard, je crois que cela traduit, chez les Français frontaliers, le sentiment que leurs difficultés s'accroissent. Pour les fonctionnaires, le travail est de plus en plus pénible, l’Etat de Genève étant en déficit, et cherchant à faire des économies. Des infirmières savoyardes travaillant en Suisse m’en ont fait part. Et puis ce n’est plus si avantageux, avec la montée de l’euro. Enfin, les problèmes de transport sont de plus en plus grands.

J’ai toujours trouvé anormal, même si je ne travaille pas en Suisse, de voir une métropole se construire sans transports en commun dignes de ce nom. Honnêtement, c’est la jungle : on ne se croirait pas en Europe, mais en Amérique, ou en Asie. L’absence de cohérence, au sein de la métropole transfrontalière, montre cruellement les effets d’un double gouvernement. L’Etat français ne fera rien pour permettre à des gens d’aller travailler pour le compte d’entreprises suisses. Pour les fonctionnaires français que je connais, travailler en Suisse, c’est montrer peu de patriotisme, en fait.

Inversement, le verrouillage des terrains agricoles et du foncier, dans le canton de Genève, montre que les Genevois ne veulent pas réellement construire une métropole sur le long terme. Ils savent parfaitement, comme nous tous, qu’une métropole ne compte pas, en son sein, de terres agricoles : les gens doivent pouvoir vivre au plus près de leur lieu de travail. La main-d’œuvre frontalière est donc, par essence, flexible. On prévoit toujours que tôt ou tard, on pourra s’en passer. On se réserve la possibilité de fermer la frontière, et de revenir à l’état ancien, au sein duquel Genève se suffisait à elle-même.

De fait, si les missions diplomatiques partaient, on n’aurait peut-être, rapidement, plus besoin de travailleurs frontaliers. Car les entreprises de Genève sont nourries par son statut international.

Et le monde de la vieille Genève et celui de la diplomatie se côtoient plus ou moins, peuvent s’allier, jusqu’à un certain point, mais ils ne se confondent pas. Albert Cohen l’a montré.

Certes, une métropole sabaudo-genevoise peut représenter, tant d’un côté de la frontière que de l’autre, un beau rêve, chez quelques-uns, nostalgiques du comté de Genève ou du royaume de Bourgogne ; mais je crois que le flux pendulaire de travailleurs frontaliers obéit plutôt au principe d’une mondialisation générale. J’en ai parlé dans mon livre sur la Savoie : depuis la Suisse, en France voisine, ce qui coule, actuellement, c’est ce flot de la globalisation. Il passe effectivement par la Suisse !

Et les échanges culturels liés à la tradition genevoise ou à celle, spécifiquement, de la Savoie restent faibles. Les initiatives volontaires, conscientes d’elles-mêmes, sont peut-être encore inférieures à ce qu’elles étaient autrefois.

J’y reviendrai, à l’occasion.

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24/01/2008

Lamartine au bord du lac

Cette semaine, dans “Le Messager”, je publie un article sur l’ouvrage “Jocelyn”, de Lamartine, qui se passe en partie en Savoie, plutôt près du lac du Bourget, comme d’habitude avec ce grand poète, chantre d’Aix-les-Bains. J’en parle ici parce que j’ai eu fréquemment l’occasion, non sans dépit, de constater que les gens instruits, notamment à Paris, prétendaient qu’il avait surtout chanté le lac Léman. Il n’était pas assez idiot pour chanter un lac exclusivement savoyard, sans doute !

Au demeurant, d’une façon similaire, j’ai pu lire que le monstre de Frankenstein avait parcouru la rive droite du Léman, alors qu’il s’agit de la rive gauche, en particulier à la hauteur d’Evian.

Cela me rappelle l’époque où on disait que le mont-Blanc était en Suisse. C’est présent chez Gœthe. Joseph Dessaix, un écrivain savoyard du XIXe siècle, écrivit une pièce satirique, à ce sujet : le rapt du mont-Blanc par la Jungfrau, ou quelque chose approchant. C’était assez bien.

Mais c’est ainsi : la Savoie ne paraît jamais assez digne des grands écrivains, auxquels du reste on prête aussi des mœurs et des pensées toujours très aristocratiques, ce qui ne correspond pas forcément à la réalité. En tout cas, Lamartine a fait un éloge embrasé des paysages savoyards, et je vous invite à lire mon article.

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