27/01/2008

Genève et sa banlieue

Il y a quelque temps, le “Messager” (Haute-Savoie) a évoqué d’éventuelles disparités fiscales entre les Suisses et les Français qui habitent en France et travaillent à Genève. La source du problème serait dans la prise en compte des frais de déplacement, au sein de l’impôt prélevé à la source. Les Suisses seraient mieux remboursés.

Sans entrer dans le détail et prétendre en juger, puisque je n’ai rien de probant sous la main à cet égard, je crois que cela traduit, chez les Français frontaliers, le sentiment que leurs difficultés s'accroissent. Pour les fonctionnaires, le travail est de plus en plus pénible, l’Etat de Genève étant en déficit, et cherchant à faire des économies. Des infirmières savoyardes travaillant en Suisse m’en ont fait part. Et puis ce n’est plus si avantageux, avec la montée de l’euro. Enfin, les problèmes de transport sont de plus en plus grands.

J’ai toujours trouvé anormal, même si je ne travaille pas en Suisse, de voir une métropole se construire sans transports en commun dignes de ce nom. Honnêtement, c’est la jungle : on ne se croirait pas en Europe, mais en Amérique, ou en Asie. L’absence de cohérence, au sein de la métropole transfrontalière, montre cruellement les effets d’un double gouvernement. L’Etat français ne fera rien pour permettre à des gens d’aller travailler pour le compte d’entreprises suisses. Pour les fonctionnaires français que je connais, travailler en Suisse, c’est montrer peu de patriotisme, en fait.

Inversement, le verrouillage des terrains agricoles et du foncier, dans le canton de Genève, montre que les Genevois ne veulent pas réellement construire une métropole sur le long terme. Ils savent parfaitement, comme nous tous, qu’une métropole ne compte pas, en son sein, de terres agricoles : les gens doivent pouvoir vivre au plus près de leur lieu de travail. La main-d’œuvre frontalière est donc, par essence, flexible. On prévoit toujours que tôt ou tard, on pourra s’en passer. On se réserve la possibilité de fermer la frontière, et de revenir à l’état ancien, au sein duquel Genève se suffisait à elle-même.

De fait, si les missions diplomatiques partaient, on n’aurait peut-être, rapidement, plus besoin de travailleurs frontaliers. Car les entreprises de Genève sont nourries par son statut international.

Et le monde de la vieille Genève et celui de la diplomatie se côtoient plus ou moins, peuvent s’allier, jusqu’à un certain point, mais ils ne se confondent pas. Albert Cohen l’a montré.

Certes, une métropole sabaudo-genevoise peut représenter, tant d’un côté de la frontière que de l’autre, un beau rêve, chez quelques-uns, nostalgiques du comté de Genève ou du royaume de Bourgogne ; mais je crois que le flux pendulaire de travailleurs frontaliers obéit plutôt au principe d’une mondialisation générale. J’en ai parlé dans mon livre sur la Savoie : depuis la Suisse, en France voisine, ce qui coule, actuellement, c’est ce flot de la globalisation. Il passe effectivement par la Suisse !

Et les échanges culturels liés à la tradition genevoise ou à celle, spécifiquement, de la Savoie restent faibles. Les initiatives volontaires, conscientes d’elles-mêmes, sont peut-être encore inférieures à ce qu’elles étaient autrefois.

J’y reviendrai, à l’occasion.

16:31 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

En effet, cher Monsieur, comme vous l'avez relevé, il est inadmissible que la Fance ne fasse pas d'effort pour améliorer son réseau des transports publics. Cela ne sufit pas d'avoir de beaux giratoires, des villages fleuris.. iIL NOUS FAUT DES TRANSPORTS dignes de ce nom. Que font les autorités françaises ?! il est inadmissible qu'il n'y ait pas de parkings côté français ! je ne comprends pas que Genève ne fasse pas pression sur la France pour qu'elle prenne des dispositions. Je trouve que les frontaliers paient assez d'impôts pour mériter des transports convenables côté français ! Si vous voulez aller d'Yvoire à Genève.. vous n'avez rien !
Avez-vous contacté les responsables des transports ? que vous ont-elles répondu ?

Écrit par : Genevois frontalier | 30/01/2008

Le Conseil général de la Haute-Savoie dit que ses ressources sont insuffisantes, et que sans aide de l'Etat ou au moins de la Région, il doit se contenter d'entretenir les routes, comme il le fait actuellement. Il n'a pas les moyens de faire davantage. L'A41 a pu être faite parce qu'elle se posait comme rentable sur le long terme.
Cela dit, si l'Etat de Genève donnait plus, sur la part d'impôts à la source qu'il prélève pour le donner au Département, peut-être que cela serait plus facile.
Pour la Région et l'Etat, en fait, on pense qu'ils préfèrent que les Français travaillent pour des entreprises françaises, et s'orientent vers Lyon ou Paris. Car il s'agit toujours de voir vers qui vont finalement les revenus.

Écrit par : R.M. | 30/01/2008

(Cela dit, de Genève à Yvoire, il n'y a pas rien, mais le bateau ; or, le Conseil général de Haute-Savoie, à l'initiative du maire de Thonon, a donné de l'argent à la compagnie suisses des bateaux du Léman, à cette fin. C'est bien la preuve que le Conseil général de la Haute-Savoie fait quelque chose.)

Écrit par : R.M. | 30/01/2008

La compagnie suisse (erratum).

Écrit par : Rémi Mogenet | 30/01/2008

Et comment va-t-on à Genève depuis Yvoire ? Je vous signale qu'à Chens-sur-léman, ils ont fait un giratoire qui ne SERT A RIEN ! C'EST UNE HONTE DE GASIPILLER L'ARGENT DU CONTRIBUABLE ! au lieu de mettre des transports publics pour Hermance !

Écrit par : Genevois | 30/01/2008

Peut-être. Mais à Viuz en Sallaz, on a mis des rond-points qui ont supprimé les feux de signalisation et résorbé les embouteillages en provenance de Genève (par Annemasse). On ne peut pas toujours réussir ce qu'on projette. Mais ce n'est pas le problème d'un ou deux ronds-points. La construction d'un chemin de fer ne peut pas, à mon avis, se financer seulement au niveau départemental. Si l'Etat ne veut rien qu'on fasse, le Département ne peut pas économiser en attendant d'avoir assez pour construire des tramways, car en attendant, ce sera le chaos. Il se contente donc de faire des ronds-points pour alléger les embouteillages. Il fait de petites choses.

Ensuite, même si on parvenait à financer des transports en commun, rien ne prouve que les lignes prévues seraient réellement rentables, ou utiles, ou efficaces : on ne peut pas tout prévoir, ni tout réussir. C'est impossible. Même chez Homère, les critiques ont vu de mauvais passages. Cela ne condamne pas l'ensemble de son oeuvre.

Personnellement, j'ai vu mettre aussi des feux de signalisation à la sortie Findrol de l'autoroute vers Chamonix, pour mettre fin aux embouteillages qui s'étendaient sur l'autoroute elle-même, le soir, après le travail, ou un système de routes au niveau d'Annemasse qui permet à ceux qui vont plus loin de ne pas être pris dans les embouteillages de ceux qui veulent aller dans Annemasse, toujours le soir après le travail, et tout cela m'a paru bien fait et efficace. Cela m'a, à moi-même, grandement facilité la vie (alors que je ne suis pas salarié à Genève : mais cela ne m'empêche pas d'être pris dans des embouteillages créés par les salariés de Genève simplement lorsque je me déplace d'un village à l'autre pour aller acheter le journal). Ensuite, pour Chens-sur-Léman, il faudrait voir les responsables en particulier, l'ingénieur ou l'élu qui a proposé un rond-point. Mais un échec ne condamne pas toute une politique.

Écrit par : R.M. | 30/01/2008

Ce giratoire inutile a été mis là pour l'accès à un futur lotissement vendu par un élu de Chens ! Normal non ?

Écrit par : Zoro de Chens | 21/02/2008

Zoro,

Je ne comprends pas que la population de Chens de proteste pas ! c'est tout de même grâce à leurs impôts que cette chose inutile a été construire. Par contre les enfants continuent à longer la route quji va de Chens à Hermance, au peit matin à pieds et très très dangereusement. Les Chensinois sont vraiment des moutons ! ils feraient mieux de demander des bus !

Écrit par : frontalier | 21/02/2008

Hum, hum. Vous ne voyez là qu'un exemple de la politique française en général, très personnalisée, et finalement héritée du pouvoir justement très personnel de Louis XIV. Les élections servent surtout à donner à des gens issus de la bourgeoisie ou de la paysannerie le pouvoir dont disposaient autrefois les seuls nobles héréditaires.

Face à ces gabegies, le seul recours, c'est le Préfet, qui s'exprime au nom de l'Etat et de la loi générale. Mais comme le gouvernement français est lui-même personnalisé autour d'un président monarque, ce n'est pas ce genre de recours qui peut changer les mentalités.

Enfin, il ne faut pas croire que tout l'argent public est dépensé de cette manière en France. C'est une tendance qui existe. A la mode africaine : le principe de la chefferie élective. De temps en temps, on se venge. Un jour, tout trouve sa compensation : qu'on le veuille ou non.

Écrit par : R.M. | 21/02/2008

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