09/04/2011

Le Père Noël parmi les astres

tolkienFC1.jpgLe Père Noël, dit-on, n'existe pas. Il n'est qu'une image créée par l'âme. Cependant, Rudolf Steiner dit, dans un de ses livres, que les images mythologiques sont créées par l'âme qui perçoit la présence d'êtres divins: cette perception provoque en elle les images de la fable, des mythologies. Or, on ne peut pas contester que la période de Noël est remplie d'une atmosphère à la fois forte et singulière. Je me plais à dire que la pensée de Noël, lorsque son rayonnement est perçu, au sein de l'heure que l'ordre du monde lui a assignée, crée en l'âme l'image d'un être qui peut réellement prendre le vêtement extérieur du Père Noël. Cette apparence se mêle bien sûr à celle de saint Nicolas, patron des enfants, et peut-être que celle-ci est nourrie, à son tour, du souvenir qu'a laissé ce Saint lorsqu'il vécut sur Terre, ou bien de l'image que chacun se fait du père idéal, en fonction de celui qu'il a personnellement eu. On peut regarder les pensées comme de simples productions du cerveau; mais, d'un point de vue mystique, Dieu a aussi des pensées, et elles sont justement ses anges: car il s'agit de pensées vivantes - qui le sont d'elles-mêmes. C'est d'ailleurs pourquoi on ne peut pas réellement, dans la vie religieuse, regarder les pensées même humaines comme totalement séparées du monde divin.

L'esprit angélique de Noël rayonne des étoiles. Le Père Noël est la cristallisation de ce rayonnement.arton164-1047f.jpg On le voit à l'intérieur de soi, mais il est la résonance, je crois, de quelque chose qui est à l'extérieur et que l'œil ne voit pas.

Naturellement, il en allait ainsi surtout à l'origine, quand cette figure légendaire a été créée; car dans les faits, les idées que les êtres humains s'échangent par leurs mots suffisent, à présent, à transmettre cette image. On ne peut pas du tout nier que les figures des mythologies, en général, ne sont pas spécialement inspirées, dans le contexte où elles sont données. S'il n'en était pas ainsi, en vérité, il serait à mes yeux quasi impossible de découvrir une de ces images sans leur vouer immédiatement un culte. C'est parce que ces images sont transmises de façon purement mécanique, par le biais de l'intelligence froide, qu'elles sont creuses, et n'éveillent la plupart du temps pas de sentiment particulier. Mais à une certaine profondeur de l'âme, on peut sentir, j'en suis convaincu, une résonance, car on a le pressentiment qu'à l'origine, elles n'étaient pas le fruit de philosophes qui dissertaient stérilement, mais de véritables inspirations poétiques.

Cela rappelle que, parmi les écrivains modernes qui font appel aux mythes, ou créent une mythologie, certains sont plus inspirés que d'autres. On peut avoir le sentiment que tous ne font que reprendre et combiner des images déjà créées auparavant. Souvent, on me dit que Tolkien, par resizeimage.jpgexemple, n'a fait que reprendre des mythologies préexistantes. Mais même en ce cas, la sensibilité de l'artiste peut ramener l'esprit qui a présidé à la création, au départ, des mythes. On sait peut-être que, précisément, Tolkien a écrit des Lettres du Père Noël à l'origine destinées à ses enfants, et illustrées par ses soins. Eh bien, je leur trouve une certaine beauté, une certaine noblesse.

On peut regarder le Père Noël comme étant un reflet tardif - peut-être très terni, privé de son éclat propre au cours du temps - des anges qui se sont adressés aux bergers lors de la naissance de Jésus, mais aussi, et surtout, des Rois Mages: dans le tableau de l'Adoration des Mages de Hans Baldung Grien, la ressemblance entre le Père Noël et le Mage qui s'agenouille devant l'Enfant et que je crois être Gaspard n'est-elle pas frappante? Ainsi, tant que la figure de ce noble vieillard demeurait belle, inspirant le respect, on pouvait la percevoir de cette manière. On pouvait la percevoir comme le rayonnement cristallisé d'une étoile: celle qui donne envie aux gens d'honorer leurs enfants par des offrandes, qui leur inspire le désir d'incarner la figure des Rois Mages, qui peut-être conduisit jadis ceux-ci auprès de l'Enfant divin!

Alors, la clarté de Noël plane sur les têtes, se mêle aux cœurs, et les cadeaux viennent. On a raison de dire que le Père Noël, ce sont les parents, mais il faudrait le prendre dans un sens spirituel: ce sont les parents tels qu'ils devraient être, projetés dans l'idéal, guidés par un esprit qui les transfigure.

08:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

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