19/10/2020

L'apparence ordinaire de Captain France – et ses pouvoirs, et sa vie

00000000.jpgDans un précédent billet – alternant avec mes diverses séries merveilleuses – j'ai évoqué la naissance du véritable Captain France (ou Capitaine France, si on préfère), fils de Charles de Gaulle et de la Marianne vivante, fée du pays et dame de nos cœurs, immortelle souriante aux bonnes âmes, tant d'ici que d'ailleurs: car il ne faut pas croire que les frontières politiques la touchent beaucoup, elle est surtout sensible à la langue qu'on parle, ayant dans sa jeunesse inspiré justement la langue de Jean Racine aux hommes.

Or, ce héros, parvenu à l'âge adulte après avoir été élevé par sa mère fée (un peu comme Achille par Thétys – ou Lancelot par la Dame du Lac, même si celle-ci n'était pas officiellement sa mère), ce héros, dis-je, s'est penché sur le sort des hommes, et son cœur s'est ému, il a voulu les aider. La belle Marianne alors lui a forgé une armure qui était telle qu'un costume de super-héros – a suit, comme disent opportunément les Anglais (puisqu'il peut s'agir à la fois d'une armure et d'un costume). Elle lui a aussi donné des armes incorporées à ce costume, qui ainsi a légitimement le nom d'armure. Je vais maintenant présenter ce costume et ces armes.

D'abord, parlons de son apparence – toute en beauté, car rien ne peut être fait par une fée qui ne soit profondément beau, même si elle l'a fait dans un esprit d'utilité. Mais, le savez-vous? l'utilité réelle de ce qui est laid est nulle, car c'est dans la beauté qu'est la force spirituelle, et donc la force tout court. C'est pourquoi le maître Jack Kirby a su créer de si jolis costumes – mais il ne fut pas le seul. Gil Kane fut un grand maître, à cet égard, et d'autres le furent aussi. C'est sans doute Stan Lee qui avait compris l'importance de cette beauté, car les Marvel Comics se distinguent surtout par là des DC Comics – le souci esthétique apporté aux costumes. Detective Comics ne se souciait guère que du symbolisme; mais qu'est-ce qu'un symbole, sans la beauté? Rien du tout, puisque, encore une fois, c'est dans la beauté qu'est la force spirituelle. Un symbole juste émane de l'art, et non de la pensée abstraite. Un symbole laid ne contient jamais que l'envers de ce qu'il prétend représenter: le dieu refuse d'y venir, et à la place sont des fantômes qui ont pris son apparence, des singes du monde spirituel. Peu importe que le symbole soit ou non conforme à une prétendue Tradition. L'important est sa beauté. Et j'essaierai de le monter, donc, avec le costume de Captain France.

Son masque était blanc, pareil au lys; et justement des fleurs de lys stylisées, mais en argent, ornaient chaque côté de son front – une à droite, une à gauche. Au cœur de cette fleur, un singulier petit diamant brillait, ayant la forme d'une étoile, et qui s'effaçait quand on essayait de le regarder de plus près. Les yeux de 00000.jpgCaptain France n'étaient pas directement visibles, car une coquille dorée les cachait, fine et ayant la forme des yeux mêmes – et elle aussi luisait, jusque dans la nuit: par eux il voyait dans les ténèbres comme en pleine lumière, et même, dit-on, à travers les murs. Plusieurs l'auraient vu faire jaillir, de ces yeux métalliques, des rayons meurtriers, pour les ennemis les plus irréductibles.

Contrairement à ce qu'il en est pour Captain America, le masque n'était pas coupé au-dessus du nez pour laisser la bouche libre; mais, curieusement, il épousait la forme de la bouche et la laissait libre, et de même pour le nez et les oreilles – il ne bouchait pas les orifices mais lui créait comme une seconde peau. C'était l'effet de l'art de la fée; car si un simple mortel avait taillé dans un tissu ordinaire un costume, il n'en eût pas été ainsi. Mais qu'attendre d'une fée, sinon la capacité, quand elle crée un costume, de donner à celui qui le porte une seconde peau? Les traditions à ce sujet sont formelles: quand un être fée donnaient la peau d'un loup ou d'un phoque à un homme, il devenait un loup ou un phoque. On en a des exemples dans la chanson de geste de Huon de Bordeaux, avec les dons de nain Obéron, issu de la mythologie germanique.

Les cheveux de Captain France, du reste, ne disparaissaient pas sous le masque lui recouvrant le crâne. Il se passait, pour eux, quelque chose de très curieux, qui nous rappelait à quel point Captain France n'était qu'à moitié de ce monde – à quel point il était plus qu'un homme. Car s'il avait souvent une apparence d'homme ordinaire – lui permettant de se mêler aux autres hommes et de passer inaperçu, de vivre une vie anodine sous une identité empruntée –, il restait constamment fils d'une fée et, en remettant son costume de super-héros, il retrouvait cette nature enchantée qui était peut-être vraiment la sienne, comme s'il avait tenu plus au fond de sa mère que de son père. Car dans ce costume tissé par sa mère, il avait véritablement des traits impossibles, inouïs, miraculeux – défiant les lois de la science, comme on dit –, et qui faisait facilement croire en lui à une origine extraterrestre. Et qu'on me pardonne cette nouvelle digression, mais c'était à la fois faux et vrai, puisque même sa mère vivait sur Terre, où il était né: elle vivait, seulement, dans une dimension parallèle. 000000.jpgCependant, il était vrai qu'elle était issue d'une lignée solaire, qu'elle appartenait à un peuple né sur le soleil, ou sur terre à l'époque où celle-ci et le soleil ne faisaient qu'un: on s'exprimera comme on voudra. Elle était née, peut-être, peu après leur séparation; mais d'un peuple qui avait gardé en lui les qualités solaires, et était resté sur terre pour accomplir une mission – justement y conserver les vertus solaires. C'est ce qu'on appelle la suite du dieu Yahvé, en vérité.

Les cheveux de Capitaine France, donc, ne semblaient pas pleinement implantés dans son crâne; on voyait le masque épouser la forme ronde de la tête qui lui permet de refléter les étoiles à toute heure du jour et de la nuit. Mais au-dessus il y avait comme une nuée de cheveux mouvants, lumineux, pareils à des herbes ondoyant dans l'eau claire, et dont la taille semblait curieusement varier selon les mouvements que faisait Captain France même. Ils avaient quelque chose de vivant, comme doués de volonté propre, et parfois des étoiles semblaient s'y accrocher – des éclats scintillants y vivaient, comme au sein d'une forêt. Là encore était un grand pouvoir, sur lequel je reviendrai une autre fois, car, à cause de mes digressions importunes, cet article est venu à sa fin canonique avant que j'aie pu décrire entièrement notre héros. Je renvoie le lecteur à ce qui sera en principe publié ici dans seize jours.

11/10/2020

L'Homme-Météore et l'effectif combat de l'Homme-Fétiche

5a79eff3331dbcd663b3deb292fb1e5d.jpgDans le dernier épisode de cette série incroyable, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il écoutait le long récit de l'Homme-Fétiche relatif à son combat contre un certain Tassinga la Couleuvre, horrible sorcier. Il a commencé à évoquer ses terribles pouvoirs en utilisant les termes suivants.

Ceux qu'il ne tuait pas au combat, disait-on, il les réduisait en esclavage, et leur sort était pire que la mort. Vidés de leur âme propre, ils étaient tels que des automates, ou ceux qu'on nomme les zombies – corps sans conscience, animés par des seuls êtres élémentaires, machines vivantes mais coupées du lien qu'a l'homme avec la divinité, véritables esclaves du sorcier maudit.

Ô combien de cauchemars ont fait la nuit, dans leur lit, les enfants qui le soir en entendaient parler, lorsque les vieux murmuraient dans leurs salons, n'osant parler plus fort, n'osant dire ces choses à voix haute.

Le pire était ceci: même quand ces êtres mouraient, même quand leurs corps n'avaient plus de cœur battant, ils continuaient à se mouvoir, dirigés à distance par Tassinga la Couleuvre, mus par des souffles chargés d'éclairs que le sorcier suscitait des gouffres. Et l'on entendait crier ces esprits, qui tournaient autour de ces corps aux yeux vitreux, aux bouches lâches, salivantes et gluantes, pleines de sang séché. Il se servait de ces corps comme de véhicules pour les démons les plus noirs de l'enfer, et leur vue seule était insoutenable. Il était difficile de les tuer, de les immobiliser, et le sorcier leur faisait accomplir dans les ténèbres les plus sombres tâches. Dès qu'ils étaient vus dans une rue, on s'enfuyait. Ils répandaient autour d'eux d'horribles maladies, et le désespoir étreignait ceux qui ne pouvaient pas échapper à leur présence infecte et suffocante. Rien que parler d'eux, aujourd'hui encore, me fait frissonner.

Car je craignais plus que tout que ce sort m'attende. Je craignais plus que tout d'être vaincu par mon ennemi, et qu'il fasse de moi son esclave, qu'il vide mon corps de mon âme, et envoie celle-ci errer dans les limbes, torturée Naga_Sadow_WotC.jpget tourmentée, malheureuse et criante. Je craignais de devenir l'outil passif des passions perverses de Tassinga, et d'accomplir pour lui les actes les plus abjects, sans que ma conscience pût en rien l'empêcher; je craignais d'être sa chose, et que ma vie ne fût plus qu'un long cauchemar, prolongé même au-delà de ma mort.

Or je décidai de chasser ces pensées de mon esprit, car il fallait que je le combatte avec le plus grand courage possible. Je songeai avec fermeté et clarté, rigueur et netteté au mal qu'il faisait autour de lui, à ses innombrables victimes, à son odieuse tyrannie – et aux êtres divins qui immanquablement m'assisteraient dans ce combat, contre cet homme maudit du ciel.

Je songeai à ceux que vous appelez les anges, je songeai à mes ancêtres lumineux dans l'espace cosmique, et à l'aide sublime qu'ils allaient forcément m'apporter dans le cours de cette bataille, si je les en priais de tout mon cœur, de toute mon âme. Je songeai, oui, que les puissances d'en haut désiraient certainement voir abattu, et mis hors d'état de nuire, cet odieux tyran, et, fort de ces pensées nouvelles, et avec à mes lèvres la prière adéquate, je m'avançai vers lui, et voici! le combat commença.

Je vais maintenant te le raconter. Écoute, si ta patience n'a pas trouvé sa limite, Homme-Météore mon ami!

Le premier coup fut donné par Tassinga la Couleuvre; mais ce n'était qu'un amuse-gueule, comme on dit: il allongea brusquement le bras, et tenta de me frapper du plat de la main. Je le parai de mon bras gauche, et file1VFAUYEX.jpgrépliquai par un coup de pied rapide, qui l'effleura à la cuisse onduleuse qu'il portait à sa gauche.

Ah! fit-il, tu es rapide, mais pourras-tu toucher un jour Tassinga la Couleuvre aux cuisses onduleuses de manière à lui faire vraiment mal, et éviter à ton tour ses coups de serpent, qui jaillissent de lui comme le fait l'éclair?

Et ayant dit ces mots, il rit, et tenta de me surprendre en levant la main et en agitant la jambe droite, ce qui attira naturellement mon attention. Mais sa langue alors jaillit de sa gorge, inhabituellement longue, et me saisit au cou, m'attirant à lui.

Il me donna à ce moment des coups de poing au visage et au ventre, faisant jaillir le sang de ma bouche et me coupant dangereusement le souffle. Puis, ne me laissant pas le temps de réagir, il me repoussa d'un coup de pied fouetté qui me fit tomber.

Il éclata bruyamment de rire, me narguant, se moquant de moi et se déclarant surpris que j'eusse acquis contre ses sbires tant de renommée, puisque j'étais déjà vaincu. Il railla ses propres hommes, ses propres troupes, les 2c385c1fa393ae92bf4fec4ea2748005.jpgdisant mille fois inférieures à lui, et serra le poing en signe de victoire, pendant qu'il pointait le doigt de l'autre main sur moi, pour me lancer un foudre impalpable, un rayon magique qui me frappa encore, et répandit en moi l'obscurité fatale.

Je l'entendis toutefois continuer à m'insulter, parmi la douleur et le désarroi, et voici qu'il me comparait à des déjections et à des ordures, et qu'il annonçait des voluptés immondes avec mon corps sans vie – car il avait des habitudes sexuelles que je préfère ne pas te redire, tant elles sont choquantes. Tu ne parviendrais pas à écouter sereinement la suite.

Je bougeai un peu, tentant de me ramasser sur moi-même pour me relever d'un coup, et il se moqua encore, m'annonçant de plus terribles douleurs encore si j'osais me relever contre lui, et m'annonçant sa victoire infaillible.

Mais je ne m'en relevai pas moins, et, me mettant en garde, tentai encore de l'atteindre d'un coup de pied, qu'il para facilement de sa jambe gauche, soudain relevée comme si elle était un fouet brusquement détendu – ou quelque serpent, je le dirai une nouvelle fois.

Mais il est temps, chers lecteurs, d'arrêter là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant au combat légendaire de l'Homme-Fétiche contre Tassinga la Couleuvre, raconté par le premier des deux, victorieux et brave.

03/10/2020

Histoire de l'union de Charles de Gaulle avec le génie féminin de la France aux ailes de lumière

otherlandcityofgoldenshadows.jpgJ'ai, dans un précédent article, assuré que la relation coïtale avec le génie national, pour un prince pieux, était possible. J'ai dit que l'imagination pouvait en être assez vive pour être vécue comme réalité.

Au Cambodge, à l'époque d'Angkor, le roi khmer était réputé, chaque lune, monter dans une tour dorée, et y passer la nuit avec la fille du roi des Nagas, véritable maître occulte de la terre khmère. Elle l'initiait, mais cela prenait la forme d'une union sexuelle – comme dans le tantrisme avec la radieuse Shakti.

Il est curieux que Charles Duits, dans La Seule Femme vraiment noire, ait à la fois glorifié Charles de Gaulle comme s'étant mis en relation intime avec la Maison Animique qu'est la France (ce sont ses mots), et décrit des unions très charnelles avec des déesses à la peau noire – l'esprit féminin du monde qui était, disait-il, Isis. Or, selon les occultistes, celle-ci est aussi la patronne de Paris, à laquelle les chrétiens ont ensuite donné le visage de sainte Geneviève, puis de sainte Marie. Peut-être, d'ailleurs, l'esprit d'Isis habitait-il vraiment sainte Geneviève, dont on dit qu'elle a initié Clovis aux mystères parisiens – participant, au moins, à son illumination, à l'ouverture de son âme à la vraie divinité du pays, et du monde. Mais de cela, Charles Duits ne parle pas, n'étant pas féru d'histoire médiévale et de christianisme ancien.

Il a été assez hardi pour mêler l'érotisme et la mythologie – pour ne pas dire la pornographie et la mythologie, car les actes sexuels qu'il décrit relativement à sa déesse noire sont très crus, même s'ils ne sont qu'imaginés, il le précise bien: cela fait partie du mystère, que ces relations sexuelles ne se déroulent que dans le monde qu'Henry Corbin disait imaginal.

Serait-ce ainsi blasphématoire de décrire l'union sexuelle de Charles de Gaulle avec la fée de la France – avec le génie féminin de la France dans un monde parallèle, où De-Gaulle-affiche.jpgd'emblée ce génie est nu? On pourrait l'imaginer se retrouver, une nuit, dans un étrange pays, et rencontrer une dame ravissante, qui l'attirerait dans sa maison au fond des bois, et qu'il aimerait comme on aime une femme de chair, et qu'il comblerait de ses caresses, tandis que lui serait comblé des siennes. Tout le monde sait comment ces choses se passent, plus ou moins. Car il faut tenir compte de ceci, que de Gaulle devrait être décrit comme un bon amant – quitte à être guidé en cela, et dans les préliminaires nécessaires, par la fée de la France, et qu'elle possède des ailes de lumière qui dans l'acte le recouvriraient progressivement, jusqu'à l'envelopper et l'éblouir, lui faire perdre conscience de lui-même.

Et lorsqu'il se réveillerait, il serait dans son lit, à Colombey-les-deux-églises. Étonné. Le songe paraissait si vrai! Et de fait, il s'en souvient, signe d'alliance éternelle, la fée lui a donné, dans ce rêve, un anneau, et voici que maintenant, pour la première fois de sa vie, il le voit dans sa main: il est bien réel. Et ses pieds sont tachés par de la terre et de l'herbe écrasée, et il est nu, alors que d'ordinaire il ne s'endort jamais sans son pyjama. Mais celui-ci reste introuvable – ce n'est pas seulement que, somnambule qu'anime le désir, il l'aurait retiré en dormant, mais que, entrant dans le monde parallèle où la France est une femme aux ailes d'or, il l'y a laissé derrière lui, distrait par l'intensité de son séjour.

Elle le lui a retiré pour prendre son organe génésique dans la main et le guider jusqu'à elle, et il l'a oublié, ensuite, au pied du lit enchanté au doux bois odorant de la belle. Qui sait si, une fois qu'il est revenu dans le monde périssable, elle n'a pas émue ramassé la tendre flanelle, charmée par le souvenir de son odeur à lui, et de sa chaleur d'homme? Nous ne le saurons pas, puisque cela s'est CrDYxFKXgAAwi1R.jpg_small.jpgforcément passé en dehors de tout rêve du sauveur de la France.

Mais on peut également imaginer, merveille étrange, qu'un enfant est de cette union. Et qu'est-ce que cet enfant, sinon un super-héros, vivant dans les deux mondes à la fois, mais pouvant apparaître et disparaître à volonté de la vue des mortels, et agissant dans l'ombre pour affaiblir les méchants et renforcer les bons – pour combattre les démons qui font le mal et soutenir les anges qui font le bien, sans que personne s'en aperçoive.

Car, sur un autre plan d'existence, ces choses sont réelles, elles existent! Les symboles qui font s'affronter les vertus et les vices décrivent une réalité. Ce que l'être humain a dans son âme n'est pas fait de fantasmes purs et simples, son âme n'est qu'un miroir de forces existant objectivement, et la traversant.

D'une certaine façon, les pensées humaines sont des êtres, et ces êtres s'affrontent, car il y a les sombres et les lumineux, les chauds et les froids, les vivifiants et les mortifères – ou les anges et les démons, les elfes et les orcs, les super-héros et les super-vilains!

Bref, de Gaulle a engendré, en la fée de la France, un homme qu'on peut appeler Captain France, et qui est plus grand que lui-même – quoiqu'il partage avec lui bien des traits, puisqu'il est son fils, puisqu'il est issu de lui. On peut même dire, paraphrasant Pierre Teilhard de Chardin, qu'il est plus lui que lui-même, quoiqu'il soit autre! C'est dans l'avenir que l'homme se trouve dans son individualité profonde et vraie, disait le célèbre jésuite sondeur fiable de l'Inconnu. Et que lisait, d'ailleurs, Charles de Gaulle: c'est historique.

Pourquoi Captain? demanderont les puristes. Ne sommes-nous pas en France? Cela ne se dit-il pas en français capitaine? C'est vrai. Va pour Capitaine France.

Mais je voudrais faire remarquer deux choses. La première est que le mot anglais captain vient du mot français capitaine tel qu'il se prononçait au Moyen Âge, et que ce sont les savants qui depuis Paris ont imposé la prononciation moderne, par l'entremise de l'administration militaire. On sait, en effet, que l'Angleterre médiévale parlait français, notamment à la Cour, et je trouve consternant que les savants académiciens aient rejeté l'ancien français, et réjouissant que bien des mots de l'ancien français (si 0dr9f2lf0ll01.pngnaturel, si pur, si peu compassé) reviennent à présent par le biais de l'anglais, bien plus francisé et latinisé qu'on a l'air de s'en rendre compte. Car, même, beaucoup de mots anglais sont de simples latinismes que le français n'a pas adoptés – les latinismes n'étant pas vraiment moins nombreux en anglais qu'en français.

La seconde chose est que les Français, je veux dire leurs écrivains, se sont montrés incapables de cristalliser le sentiment du super-héros, le restreignant dangereusement à l'expression symbolique du scientisme, et omettant de rattacher à lui le monde spirituel – les égrégores, les génies nationaux – comme les Américains l'ont très tôt fait avec Superman, génie de Métropolis, Batman, ange de Gotham, et Captain America, secret protecteur de l'Amérique entière – entendez, de ses États-Unis. La dimension mystique était assumée, et c'est de cette façon que (notamment par Jack Kirby, Joe Simon et Stan Lee) le mot captain a été consacré.

Un autre jour, peut-être, je donnerai l'apparence ordinaire de Captain France. Car dans le monde occulte, le costume est une seconde peau, un attribut fondamental. Pour aujourd'hui, c'est assez de ces folies, qui apparaîtront à beaucoup comme absurdes, ridicules, voire sacrilèges.