17/01/2018

L'Homme-Météore aux aguets de l'Homme-Glu

godfather_by_henryz.jpgDans le dernier épisode de cette série cosmique, nous avons laissé l'Homme-Météore, alias Robert Tardivel, alors que, sous sa forme humaine - mais doué de la seconde vue de son alter ego vivant en lui -, il venait de distinguer, dans Paris, les foyers du Mal, et qu'il s'était promis de les éradiquer un à un, pour faire sortir de sa tanière leur source commune, l'ignoble Radsal-Tör.

Il fixa des yeux intérieurs le foyer qui l'attirait le plus, il n'eût su dire pourquoi. Il luisait dans un bâtiment de la rue Paradis, dans le dixième arrondissement. Là, à l'arrière de bureaux apparemment anodins, se trouvaient en réunion des hommes à la mine patibulaire, et, tendant l'oreille psychique, Robert Tardivel entendit ce dont ils parlaient. Et voici! ils faisaient commerce de femmes, qui étaient enlevées dans des banlieues déshéritées, séduites par de fausses promesses, ou recueillies quand elles avaient fugué, ou bien encore acheminées dans ce quartier depuis des pays pauvres. On les confiait à des hommes violents et impies, et ils s'employaient à les soumettre, à les droguer, à les prostituer. Radsal-Tör favorisait ce commerce parce qu'il livrait les corps aux forces obscures et enfermait les âmes dans des geôles souterraines, et il guidait à distance les hommes qui l'effectuaient, tissant aussi pour eux des rêves de puissance, des pulsions de mépris, des élans d'orgueil.

Dans le groupe d'hommes qui à présent discutaient de leurs revenus et de leurs répartitions territoriales, un visage apparut à l'Homme-Météore au sein de la nuée qui nimbait ceux qu'il distinguait à kings.jpgdistance: il portait sur le front la marque de Radsal-Tör, signe qu'il appartenait à sa secte. Et s'il ne semblait pas être le chef déclaré de ce groupe, il était toujours écouté quand il prenait la parole, et, entre les mots, des flammes pénétraient leurs cerveaux, par leurs oreilles, et les captaient à son profit. Il avait appris cela de son maître obscur. L'union entre cet homme et le sorcier était telle que le premier servait d'apparence au second, qui parlait par sa bouche: tout œil clairvoyant l'eût vu, et c'est ainsi que son front en portait la marque, comme d'un œil tiers, rouge et fumant.

Cet homme, appelé Damien Molter, passait pour en savoir extrêmement long sur l'art d'asservir les donzelles, qu'il prétendait pouvoir dresser comme des oiseaux. Sa science maléfique était étendue, et il faisait figure d'intellectuel, citant souvent, dans un ricanement significatif et énigmatique en même temps, le marquis de Sade, Éliphas Lévi et André Pieyre de Mandiargues. Il avait de singuliers mouvements de mains, quand il parlait, comme s'il s'employait à séduire ses interlocuteurs par des mouvements occultes, des rituels étranges. Cela représentait une danse, dans l'air, qui semblait dessiner des formes; mais les autres n'y voyaient qu'une originalité plaisante, Damien Molter exerçant sur eux une influence d'autant plus profonde et diffuse qu'il ne prétendait jamais commander, et ne prenait jamais de décisions claires, laissant les autres les prendre pour lui, vaniteux qu'ils étaient, persuadés d'être les véritables chefs de l'organisation.

Robert savait que Molter était le vrai danger, qu'il avait des pouvoirs cachés, et que les autres, même avec les pistolets et les couteaux qu'ils portaient sous leur veste et leur chemise, cachés, n'étaient pas de taille à Hobie_Brown_(Earth-616)_0005.jpgrésister à l'Homme-Météore comme était Damien Molter, dont les mains jetaient une glu transparente mêlée d'acide, et qui, sous son apparence vraie, dans le costume pour ainsi dire qu'il portait sous ses habits ordinaires et sous son masque, était un super-vilain appelé l'Homme-Glu.

Il avait déjà agi, avant l'apparition de l'Homme-Météore, dans Paris, repoussant les âmes portées au bien, asservissant les faibles, anéantissant celles qui résistaient. Il ne distinguait point encore nettement son apparence, lorsqu'il se révélait pour le suppôt de Radsal-Tör qu'il était, mais il ne tarderait pas à la découvrir. Pour le moment, une fumée dissimulait son authentique visage, qui créait pour les mortels l'image d'un homme normal. Robert savait que c'était là son masque.

Au-dessus de lui, invisible à ses compagnons, se distinguait la forme spectrale de Radsal-Tör, unie par le bas, qui s'effilait en une queue de serpent, jusqu'à l'arrière du crâne de Damien Molter l'Homme-Glu. De temps en temps, entrait dans la pièce une ou deux femmes légèrement habillées, pour servir à boire aux hommes. Elles étaient jeunes, et leurs maîtres feignaient de les ignorer, jusqu'à ce que l'un d'eux brusquement se levât, et suivît l'une d'elles, en la prenant par le bras. Elle le regarda de son œil craintif, et il l'emmena. Il ne devait revenir que de longues minutes plus tard.

Il faut savoir que, pour l'Homme-Météore vivant en Robert Tardivel, le temps passait différemment: des heures défilaient devant ses yeux comme s'il s'agissait de secondes, et il prenait connaissance de mille faits qu'il eût fallu des semaines, des mois à des hommes ordinaires pour réunir en un tableau rétrospectif. Robert eût pu scruter, par le biais de cet alter ego, ce qui s'était passé avec la femme, mais il refusa d'y attarder son regard: il n'y avait rien, là, qu'on ne pût trouver dans mille écrits vulgaires assimilant l'animalité à l'amour. Et lorsque notre récit abordera le sujet d'une union amoureuse de l'Homme-Météore, nous verrons tout autre chose; car le coït d'un être surhumain nimbe de lumière, et donne des ailes de feu.

Détournant l'œil de ce spectacle pitoyable des voluptés égoïstes dont l'homme tire orgueil, Robert concentra son attention sur Damien Molter, dont il s'attendait, à demi inquiet, à ce qu'il le distingue à travers la brume des apparences. De fait, il leva les yeux vers lui, les plissa, mais son pouvoir était inférieur à celui de son double, en ce qui concerne la vision. Il ne vit, par-delà les nuées sombres, qu'un vague éclat, comme une Oncle_Boonmee_celui_qui_se_souvient_de_ses_vies_anterieures (2).jpgétoile derrière les nuages, et, par bonheur pour lui et sa famille, ne vit point le visage de Robert, ni ne sut depuis quel lieu il le scrutait. Son identité demeurée secrète le protégerait, ainsi que sa mère.

Mais il était temps de s'assurer une autre protection, et d'agir. Robert se leva, joignit les mains et inclina la tête, comme s'il se recueillait. Se concentrant, il ferma les yeux.

Il pria silencieusement l'ange qui l'avait revêtu, pour la première fois dans les catacombes, de son armure palpitante, et visualisa cet être qui était le Génie d'or libéré de la Terre mais revenu pour lui, et l'aider à combattre dans Paris le Mal!

Et voici qu'apparut, autour de ses membres, sur son corps, le costume rutilant de l'Homme-Météore dans une grande clarté, et un fin nuage d'or. Dans la pièce adjacente, où la mère de Robert dormait toujours, on entendit faiblement gémir.

Mais cet épisode très long doit voir sa suite remise à une autre fois: nous assisterons alors au combat contre l'Homme-Glu, rue de Paradis!

09/01/2018

Christianisme et monde élémentaire: Teilhard de Chardin

e63407c5d99174b13adbe9fba6754e30.jpgDans un article relativement récent, j'ai montré que la religion catholique n'avait pas réussi à vaincre la croyance en un monde élémentaire, en une face spirituelle interne à la substance terrestre qui ne fût pas forcément mauvaise, comme elle avait essayé de le prouver en assimilant les fées aux démons. Les bons esprits du foyer restaient plus proches, plus intimes, plus familiers que les anges de la Bible, plutôt abstraits, et, sous la forme des lutins, des sarvants, des nains, des korrigans, même chez des peuples pieux et assidus à l'église ils continuaient d'être vénérés et de recevoir des offrandes. La terre visible et les corps charnels avaient eux aussi leurs secrets protecteurs, leurs thaumaturges invisibles.

En dernière instance, de tous ces êtres, les extraterrestres de la science-fiction sont l'expression renouvelée. Dans les histoires qu'on en raconte, ils apportent aux hommes des solutions pour leurs problèmes matériels, leur santé, leur organisation sociale - et parfois, jugeant l'humanité et ses méfaits, ils ressemblent plus étroitement aux anges de la Bible.

Pierre Teilhard de Chardin prit conscience, à sa manière, que la métaphysique catholique était trop abstraite, et refusa de rejeter le progrès technique dans l'enfer habituel: les esprits de la nature eux aussi étaient tournés vers le Christ, assurait-il! Les machines n'empêcheraient donc pas la spiritualisation de la Terre, qui était elle-même, au fond, un être spirituel.

Tout en demeurant théorique dans son langage comme pouvaient l'être les héritiers de la scolastique, il a défini une nouvelle façon plus embrassante, plus globalisante, de concevoir la divinité. L'union même du couple était, à ses yeux, la première marche vers l'union avec l'univers, c'est à dire son esprit, c'est à dire Dieu. Il donnait raison à Dante et à la spiritualité orientale, et désavouait implicitement l'héritage de Pietro_Perugino_-_Cato_-_WGA17247.jpgl'ancienne Rome qui avait glorifié Caton parce que, ayant engendré les enfants qu'il espérait avoir, il avait répudié sa femme et mariée à un autre, estimant ne plus avoir à copuler. Cette conception mécaniste de l'amour, qu'on a longtemps prétendue être d'origine chrétienne, s'avère prendre ses racines dans la morale rigoureuse, toute masculine et nourrie de stoïcisme, de l'ancienne Rome. Teilhard, plusieurs siècles après Dante, comprit que le christianisme allait au-delà, qu'il embrassait l'Orient, et le culte de la femme comme image du monde.

L'enjeu était grand, car l'humanité moderne, détournée des grandes pensées mystiques médiévales, assimilait le monde des phénomènes à la matière pure. Rejetant, dans son matérialisme, au sein d'une bulle désuète et caduque tout ce qui avait trait aux mythologies, elle déliait l'individu de l'univers, créait une morale elle-même arbitraire, choisie par goût personnel par les hommes.

Du reste, les prouesses de la science moderne attestaient de la faculté de la connaissance de la matière à améliorer la vie humaine au moins en cette vie, à la façon des vieux thaumaturges. La science-fiction la plus intelligence faisait se rejoindre la science et la magie, et rendait au savant, ou à l'ingénieur, son vieux titre sacerdotal. Car lorsque, dans la Rome primitive, on commandait à la foudre, disait Tite-Live, c'était en suivant un rite précis, qui permettait à l'initié d'utiliser l'arme de Jupiter. On a eu beau jeu d'établir le rapprochement avec la maîtrise de l'électricité: Théophile Gautier, par exemple, l'a fait.

Lorsque Milarépa affronte un prêtre bön, c'est à dire antérieur au bouddhisme, il lui reproche de ne s'adresser qu'aux esprits terrestres, ne réglant que des problèmes physiques; lui, Milarépa, a des préoccupations morales supérieures. Mais en même temps, sur le plan physique, les divinités célestes qu'il invoque, et qui entourent le Bouddha, ont une efficacité supérieure à celles invoquées par le bön, puisque la Terre est soumise au Ciel. Or, les prêtres catholiques ne montraient aucune faculté à effectuer des miracles naturels aussi admirables que ceux de la technologie. Louis-Claude de Saint-Martin le mila.jpgréclamait d'eux, mais ils se montrèrent dépassés jusque dans leurs conceptions scientifiques, ainsi que l'affaire de Galilée l'avait dévoilé.

Pour Teilhard, il s'agissait de reconquérir le terrain perdu en faisant pénétrer le Christ jusque dans l'inanimé, dans la pierre et les atomes, qu'il affirmait être porteurs d'ébauches de psychisme. Mais ces ébauches de psychisme justement pouvaient, ou pourraient être figurées par les êtres élémentaires de la vieille mythologie, et l'esprit de la pierre être à nouveau un gnome, l'esprit de croissance végétale une ondine, et ainsi de suite. N'étant pas artiste, il est resté dans les généralités; mais cela amenait bien à cela, et il a avoué être panthéiste, ou animiste. Il admettait implicitement l'existence des génies, dans la mesure où ils étaient l'expression localisée, dans un pays, un sol, de l'esprit cosmique.

Le problème devenait seulement, comme pour Milarépa et les bouddhistes asiatiques, celui de la hiérarchie entre les esprits célestes supérieurs et les esprits terrestres inférieurs devant leur obéir. Pour Teilhard, il existait une hiérarchie entre l'esprit du couple, l'esprit de l'humanité entière et l'esprit universel. Cela créait une trinité, et, assurément, puisque le couple est lié à une pratique sexuelle, l'ange qui préside à ses destinées est lui-même placé dans le monde élémentaire, il est entouré, pour ainsi dire, de faunes et de nymphes - ou d'amours ailés et armés d'arcs et burn.jpgde flèches, qu'il dirige, ou doit diriger, pour que le couple s'épanouisse pleinement. Ainsi était réhabilitée la vieille poésie courtoise, si elle était soumise cependant à l'esprit chrétien, qui ne voit d'amour légitime que dans le mariage religieux, et l'union durable.

À un niveau supérieur, la Terre est à son tour imprégnée d'âme, mais d'une âme aussi élémentaire devant obéir au Christ, à l'esprit de l'humanité. Ainsi était-elle spiritualisée, peut-être plus par l'art que par la technique, néanmoins: et à cet égard Teilhard a manqué de lucidité.

Certes, jamais il ne se serait jamais exprimé de cette manière trop poétique pour lui, mais, précisément, si l'on utilise le langage des figures et, comme le disait Frederic Schlegel, de la mythologie qui est suprême poésie, on parvient bien à ces tableaux grandioses, qui d'eux-mêmes parlent, sans qu'il soit besoin de faire appel à des concepts abstraits.

Directement ces images spiritualisent la matière, et les machines deviennent secondaires, la science matérialiste aussi.

02/01/2018

Momülc et l'Elfe jaune et leurs divins présents

horizon-zero-dawn-ps4-new-siggraph.jpegDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé l'Elfe jaune et Momülc alors que, reconduits durant leur sommeil hors du monde des fées de Vouan, ils s'étaient réveillés dans le monde ordinaire au moment où l'aube paraissait. L'Elfe jaune avait ouvert les yeux avant son ami.

Il craignit d'avoir fait un grand rêve, mais fut rassuré quand il vit que Momülc avait toujours son armure, telle que la lui avaient donnée les fées. Puis le géant ouvrit ses yeux de rubis, et regarda l'Elfe jaune. Celui-ci se demanda s'il se souvenait de ce qui s'était passé, s'il avait conservé sa conscience accrue par les bienfaits des fées, ou s'il était retourné à sa brutalité première, et s'ils allaient devoir se battre à nouveau. Mais Momülc sourit et dit, de sa voix lourde, basse et rauque: Elfe... Ami! L'Elfe jaune à son tour sourit et répondit: Bonjour, noble Momülc. As-tu bien dormi? Le monstre ne fit que rire. Il se souleva sur un coude et prononça ces mots: Quoi faire, maintenant? Où, Amariel? Où, nos blondes amies?

- Je ne sais pas, ami, répondit l'Elfe jaune.

Il sentit soudain à son cou une chaînette, qu'il n'y avait jamais mise. Il la prit, et l'ôta de son cou en la faisant passer par la tête, et qu'il pût le faire si aisément le surprit, car il l'avait crue bien ajustée à son cou, et donc trop petite pour passer par sa tête; avait-elle la faculté de changer de taille? Il la regarda, et elle était fine et dorée. Un pendentif, dont il avait senti aussi la fraîcheur, l'ornait. Il s'agissait d'un cristal de forme ovale, légèrement aplati. Il luisait d'une pâle luminescence, en ce matin qui s'éclairait, et l'Elfe se demanda si cette nek.jpegclarté, qui émanait de son intérieur, se voyait plus distinctement la nuit; il apprendrait, la nuit suivante, qu'il en était bien ainsi, et qu'il brillait, alors, comme une lointaine étoile. Mais le jour il se voyait moins. Il regarda à l'intérieur de façon plus attentive, et crut voir le visage souriant d'Amariel; et il lui sembla qu'elle remuait la bouche, et lui parlait, mais qu'il ne comprenait pas ce qu'elle lui disait. Toutefois, il devina qu'il s'agissait d'amour. L'Elfe se sentit heureux, et fort.

Il devait apprendre que, face au danger, cette pierre, posée sur sa gorge, s'allumait d'une façon toute particulière, et décuplait ses forces. Il s'agissait, il n'en doutait pas, d'un présent d'Amariel. Ému, il le baisa, et tenta de remettre l'objet à son cou; or, de nouveau, alors que la chaînette avait paru petite, il put la faire passer aisément par sa tête. Un enchantement l'avait permis, assurément. Il glissa la pierre sous son costume-armure, afin que ce don restât secret, et que son cœur seul sentît près de lui l'image vivante de la fée. Les yeux des autres ne devaient point la souiller, les pensées viles des gens ne devaient point déflorer le mystère pur de son amour pour l'immortelle reine de Vouan.

Momülc pourtant avait eu le temps de la voir. Il dit: Beau. Art pur. Anges l'ont fait, fée l'a donné. Vouan placée l'a sur cou Elfe jaune, béni lui!

L'Elfe jaune le regarda et comprit le sens profond de ses paroles. Derrière les fées Vouan agissait, était une personne, un dieu. Son corps était sur terre, mais sa tête était dans les étoiles. Les fées étaient ses filles, et ses servantes nobles.

Momülc continua: Vois! Cadeau, moi aussi. Il détacha alors, de sa ceinture, un bâton fin et doré, pareil à un sceptre et serti de saphirs, et le leva vers le ciel. Or, à ce moment précis, le soleil se montra au-dessus de la Fantasy_staff_by_gapipro.jpgmontagne, et envoya ses rayons sur l'objet, qui en étincela, devenant semblable à la chevelure d'une comète. Sous cette merveille, les yeux vermeils du monstre scintillèrent comme jamais.

En riant l'Elfe jaune s'écria: Oui, Momülc, oui, quel magnifique présent, quel don superbe! Et quels pouvoirs sont en lui! Je les vois vibrer comme des souffles de feu. Un puissant esprit demeure en cet objet saint, confié par les fées. Lui aussi a dû être forgé en quelque astre par des anges!

Ô Momülc, ô Momülc, il faut que tu viennes avec moi, maintenant, à la cour de Captain Savoy, le gardien et le prince occulte de ce pays, afin d'utiliser tes facultés contre le mal! Qu'en dis-tu? Tu pourras y montrer ta valeur, et y faire le bien!

Momulk le regarda et dit: Oui. Bien.

Et l'Elfe: Allons-y donc! s'écria-t-il. Viens!

Et tous deux montèrent vers les hauteurs du massif, et ils regardèrent vers le sud, vers Annecy où, pensait l'Elfe jaune, devait se trouver Captain Savoy, dans sa puissante base du Roc de Chère.

Or, il s'attendait à voir la plaine illuminée par le soleil aux rayons d'or rasant, perçant les brumes et y semant des roses, pendant que les montagnes se perdraient au loin dans l'azur encore clair, mais ce qui s'offrit à ses yeux fut d'une tout autre nature. Une épaisse nuée noire encombrait les vallées et montait sur les pentes dark-paths-fog-mist-stairways-fantasy-art-tombs-1920x1080-64696.jpgcomme une marée du diable, comme un animal diffus et infâme, comme une bête de la mer, et absorbait les rayons du soleil, les buvait de ses mille fosses, de ses mille bouches, faisant disparaître la lumière aussitôt qu'elle avait paru. Une puanteur infecte semblait s'éveiller à l'arrivée de la chaleur matinale, et le tableau était celui de l'Apocalypse. Des lueurs rougeoyantes seules traversaient parfois la nappe sombre, comme si des forges étaient dessous, et le cœur de l'Elfe jaune se souleva. Qu'est ceci? demanda-t-il. Momülc évidemment ne put lui répondre.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui évoquera la communication à distance qui eut lieu entre Captain Savoy et son premier disciple, l'Elfe jaune!