15/01/2021

Saint Louis et le jardin enchanté

0000.jpgDans le dernier épisode de cette série mastodontesque (bien-aimé lecteur), nous avons laissé le roi saint Louis alors qu'il était parvenu à la porte du jardin où on lui avait dit que se trouvait le malheureux Robert d'Artois, son frère.

Mais quand la porte effectivement s'ouvrit, il ne vit d'abord rien du tout. Et il crut cette fois à un piège, craignant que cette porte ne donne sur un de ces puits que l'on nomme oubliettes – et il sortit son épée à demi. La lame en se dénudant jeta un éclair. Avide, elle vibrait du désir de frapper. Mais Louis se retint de la sortir tout à fait. Il crut l'en entendre gémir.

Soudain dans l'obscurité de ce seuil des lueurs surgirent; et elles étaient de différentes couleurs, comme des fleurs de lumière, et seules les teintes qui brillent, qui ont de l'éclat s'y voyaient: bleu, rouge, jaune, violet! D'abord il n'en vit que quelques-unes, puis leur vision se multiplia.

Son regard appréhenda bientôt des formes distinctes, comme au travers d'une brume qui se dissiperait, ou comme si, dans une vague étrange, des choses se cristallisaient. Et sous ses yeux des pentes s'inclinèrent, traversées d'ombres vertes, et des voies qui tournaient apparurent, parsemées de massifs fleuris. Lentement remit-il l'épée au fourreau, étonné de cette vision. Car même s'il avait déjà vu cela, dans ce pays d'Ëtön, il fut de nouveau surpris par la présence conjointe, dans le ciel, des étoiles, du soleil et de la lune: mais cette fois leur éclat semblait plus grand encore qu'auparavant, et eux-mêmes plus proches. On aurait dit que leurs rayons étaient des mains qui caressaient les plantes, ou des pieds se posant délicatement sur la pelouse uniformément répandue sur le sol – et bientôt, effectivement, saint Louis crut voir, dans la lumière, des gens scintillants, portant dans leurs cheveux d'autres astres, et passant en silence dans les allées – et semblant glisser sur l'air, au-dessus du sol.

Il fut plus émerveillé qu'on ne saurait le dire – et en même temps effrayé, car ces gens parfois ressemblaient à des êtres humains, parfois à autre chose de moins clair – évoquant l'araignée ou la pieuvre, leurs bras s'étendant curieusement comme 00000.jpgdes tentacules, et leurs pieds s'effilochant en bandes ondoyantes et tournoyantes. Leurs yeux brillants étaient terribles, et en même temps leur corps s'ouvrant parfois comme une voile semblait sourire voire rire, quoique aucun son ne s'entendît.

Imbert de Beaujeu sortit son épée en poussant un cri, comme s'il s'agissait de réels démons, et Alphonse de Poitiers tourna un visage blanc d'effroi vers le Roi, se demandant ce qu'il fallait faire. Solcum ne dit rien, mais son regard étincela, lorsqu'il entendit l'épée d'Imbert glisser rageusement le long du fourreau. Quant à Ostön, il rit à son tour, et ce fut un son cristallin, pareil à celui d'une source joyeuse surgissant entre les fleurs, au soleil.

La lumière céleste alors s'accrut, et les êtres étranges disparurent. Le visage renfrogné, et sur un signe de Solcum confirmé par Louis hochant la tête, Imbert rengaina son arme. Alphonse se tourna vers Solcum, et lui demanda dans quel guet-apens il les avait encore conduits!

De sa voix singulière, prononcée comme dans un souffle, et semblable à un murmure – sortant de lèvres à peine ouvertes, mais articulées avec clarté, et s'entendant d'une façon parfaitement nette –, Solcum répondit: Imbert, Imbert, n'amène pas avec toi, moi ami, ce que tu pourrais ensuite te plaindre de trouver: nul guet-apens, ici, ne dressera sa patte noire. Mais tu as vu la réalité des anges – des êtres que tu nommes tels, ou que tes prêtres nomment tels, et qui veillent sur la flore du monde. Ce jardin ne pourrait pas être le plus beau que la Terre porte, s'ils n'y venaient point. Et même les jardins de ton roi les accueillent, bien que tu ne les y voies pas. Y prévois-tu des pièges pour autant? Mais venez, amis, et dirigeons-nous vers le lieu que Silasán ordinairement fréquente, afin de retrouver au plus vite votre compagnon.

Et ayant dit ces paroles, il partit vers le sommet de la colline par un chemin gazonné tapissé de fleurs d'or et longé de lauriers-roses. Les autres le suivirent: Ostön aussitôt, restant près de son pareil, et Louis sans tarder, suivi de ses deux nobles chevaliers.

Ils marchèrent, montèrent la pente qui tournait – et entendaient des oiseaux gazouiller, dans les buissons, et au loin dans les arbres qui se dressaient au sommet de la colline. Ils volaient, aussi, dans l'air, laissant derrière eux des traînées de lumière qui dessinaient le monde astral, et parfois redonnaient à voir le visage ou le corps des êtres étranges que les cinq hommes avaient 00000000000000000000000000000000.jpgdistingués auparavant en entier: ces vols lumineux les dévoilaient par fragments, comme par éclairs – et puis ces géants disparaissaient, plus effrayants peut-être, maintenant qu'on ne les voyait plus que par brefs instants.

En montant, Imbert de Beaujeu tremblait, et il commença à ralentir. Il ne parvenait pas à maintenir le rythme de la marche qu'imposait Solcum et que saint Louis plaçait dans ses jambes, et les sons lui parvenaient comme étouffés, et quand Alphonse de Poitiers l'appela, il lui sembla que sa voix venait de très loin, qu'un épais brouillard se trouvait entre elle et ses oreilles, et qu'il retenait les sons dans ses volutes. 

Il se mit à pleurer, car il craignait, plus que jamais, que Louis ne fût attiré dans un piège, et il s'en voulait de ne pas pouvoir l'en protéger, il prévoyait déjà les amers reproches que lui infligeraient les siens à son retour en France – se représentait même le jugement de Jésus-Christ, à la fin des temps! Il tenta de hurler un avertissement, mais sa voix resta dans sa bouche – et il se voyait sans force, comme vidé, et il se demanda si les êtres qu'il avait vus n'étaient pas des vampires qui lui suçaient le sang en secret, ou s'il n'avait pas été ensorcelé par quelques démons habiles à la magie noire. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, vraiment, et vivait un cauchemar!

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange aventure.

07/01/2021

Les cosmiques Mitounes de Rennes-le-Château

00000.jpgLe plus grand mystère de Rennes-le-Château est peut-être constitué par les méconnues Mitounes. Il s'agit de fées malignes que la tradition paysanne dit vivre dans le beau lieu qui entoure le village – lumineux, ouvert au ciel, ceinturé de montagnes. Là, les rayons des étoiles, entrant dans l'atmosphère terrestre, se déploient en formes ondoyantes et charmantes, douées de vie propre et humaines en apparence – ce sont les Mitounes.

La tradition assure qu'elles pouvaient se déguiser en toute sorte de choses – notamment en moutons, et ainsi s'amusaient à tromper les bergers, à les tourner en bourrique. Ils les entendaient rire, se moquant d'eux. Elles étaient facétieuses.

On disait en particulier qu'elles vivaient dans des grottes – notamment celle où Béranger Saunière crut voir, un jour, Marie-Madeleine en vision: rien d'autre qu'un bon tour des Mitounes.

Dans ses poèmes, Frédéric Mistral aussi nous rappelait que les fées en général vivaient dans les failles de la terre, et aimaient s'amuser avec les mortels – tombant amoureuse de chevaliers, ou de curés. Il ajoute qu'à cause de cela Dieu les a réduites au silence, éloignant leur présence par la force des Anges et des Saints.

Telles qu'on les décrivait dans les temps anciens, les fées n'aimaient rien tant que tisser des illusions trompeuses, et saint Augustin dit, de manière plus globale, que c'est la faculté principale des démons. Il 0000.pngest clair que les mitounes de Rennes-le-Château entrent dans cette catégorie.

Ce qui est remarquable est l'abondance d'idées farfelues énoncées sur Rennes-le-Château depuis un siècle et demi. On a cru y voir un tombeau de Marie Madeleine, à laquelle l'église du village est du reste dédiée: il y a fort à parier que le visionnaire qui l'a songé a vu une mitoune qu'il a prise pour la sainte, à laquelle il vouait une dévotion d'autant plus profonde qu'il n'était autre que le curé du lieu. Mais on peut raisonnablement penser que les Mitounes ont aussi pris l'apparence de tout ce qu'on a cru voir dans cet endroit magique: le Graal, les Templiers, les Cathares, les Wisigoths, le temple voué à Mithra, Jésus marié, sont tous nés de visions de mitounes mal évaluées et mal comprises.

On a vu la grotte des Mitounes et on l'a prise pour un temple solaire; on a vu une mitoune faire l'amour avec un berger, et on a cru que c'était Jésus et Marie-Madeleine; on a des mitounes boire dans un hanap, et on a cru que c'était le Graal; on a vu des elfes graves se mêler à leur reine, et on a nommé templiers et cathares. C'est en tout cas l'impression que cela me fait, après plus d'une année de recherches. Même le vaisseau spatial aperçu au au-dessus du pic de Bugarach n'est probablement qu'un bateau de mitounes: léger, il flotte sur les nuées, et les brouillards. Car elles ont le pouvoir d'aller et venir entre la Terre et la Lune, c'est sûr!

Il y a quand même quelque chose qui est prouvé par toutes ces imaginations: les Mitounes du lieu ont une grande puissance. Les Pyrénées leur en donnent certainement beaucoup. L'intensité de l'éthérique, 00000.jpgcomme disent les occultistes, y est incroyable.

Cela n'est d'ailleurs pas sans rapport avec le grand nombre de sources d'eau chaude qu'on y trouve. Maurice Magre liait intelligemment la déesse des eaux locale Ilixone à l'esprit des Pyrénées tout entières – mais aussi aux cathares, au Graal, à l'âme de Toulouse et de la Garonne, et elle est certainement aussi la mère des Mitounes, qui ne sont peut-être rien d'autre que les nymphes de l'Aude.

Je veux dire: il y a peut-être des gens dont le corps le plus épais est fait de gouttelettes, et qu'on voit quand la Lune les éclaire, ou dans des grottes, dans la brume, dans ce qui justement tend à condenser les vapeurs sans pour autant les changer en eau liquide. H. P. Blavatsky assure que les anges sont des hommes qui ont pris conscience d'eux-mêmes en acquérant un corps d'air; les dieux, un corps de feu; pour les fées, sans doute, c'est un corps d'eau – et c'est pourquoi elles sont si liées à la terre: l'eau y monte et descend en rythme.

Pour d'autres planètes, la science-fiction a souvent exploré cette possibilité, d'êtres gazeux ou magnétiques, sans corps solide; mais l'a-t-elle fait assez pour la Terre même?

L'eau a ses reflets, et crée aisément des formes ou des illusions: le lien est patent.

Peut-être même que Marie-Madeleine, depuis le ciel, brille sur les vapeurs en suspension au-dessus du sol, et donne son visage à ces êtres qui n'en ont pas – n'ayant pas de chair palpable, encore moins d'os calcaires. De telle sorte que l'illusion de l'abbé Saunière aurait quelque chose de légitime: les Mitounes elles-mêmes étant vouées à Marie-Madeleine – ayant pour elle une dilection spécifique –, elles tendraient à prendre son visage, donnant l'occasion à toute sorte de gens d'en avoir la vision, et les poussant à croire que celle-ci émane du passé historique – ce qui, il faut bien le dire, est complètement impossible: les visions étant apparentées aux rêves, elles émanent du psychisme, et donc n'expriment que le monde psychique, qui n'est pas le monde physique dont s'occupent les historiens. Encore une 0000.jpgfois, si Marie-Madeleine est venue à Rennes-le-Château, c'est en esprit, et les Mitounes lui ont servi de messagères.

Ce que je veux bien croire, pour le coup. C'est plus vraisemblable que sa venue physique dans ce lieu misérable. Mais la dévotion des braves gens qui y vivaient a pu l'attirer, depuis les étoiles où désormais elle demeure!

Je terminerai cet exposé en disant que s'il y a bien une œuvre d'art qui donne à voir le monde des Mitounes, c'est le gracieux, le coloré décor de l'église de Rennes-le-Château. Je ne sais pas si Béranger Saunière a bien interprété ce qu'il a cru voir en vision, mais il en a donné une forme chatoyante, belle, luisante, élégante, et même le diable qu'il a fait représenter est assurément présent dans le royaume des Mitounes. Il y est une sorte de gnome, avec des ailes. Les anges de l'église figurent du reste d'autres êtres qu'on peut y voir, et aussi les saints dont il a placé les statues. Et comme la reine des Mitounes prie continuellement les Dieux de bien vouloir lui pardonner d'avoir trop frayé avec des mortels (espérant, ainsi, que la porte fermée des cieux lui soit rouverte), je laisse au lecteur le soin de deviner que l'image de Marie-Madeleine qu'on voit sur l'autel s'en inspire évidemment. Sa statue aussi, peut-être, avec la croix et le crâne qui montrent qu'au grand jamais l'abbé Saunière a pu croire que Jésus n'était pas mort sur la croix, comme certains le prétendent – nouvelle plaisanterie des Mitounes!

Le mystère de Rennes-le-Château en tout cas n'est pas forcément là où on dit qu'il est: car il est peut-être simplement dans ce qu'ont vu les paysans locaux – plus avisés, au fond, que les visionnaires et les philosophes qui leur ont succédé.

30/12/2020

Captain Savoy et le déshonneur de l'Amazone céleste

0000.jpgDans le dernier épisode de cette série incroyable, nous avons laissé Captain Savoy et ses troupes alors qu'ils semblaient avoir pris l'avantage sur le tyran de Chambéry, usurpateur de la Cité des Ducs.

Mais Ortacul, après un instant de sidération, décida de répliquer par un coup majeur, dont il pensait que Captain Savoy même serait durement affecté. Il fit venir ses quatre prisonniers, et cria une menace, aussitôt répercutée par un son de trompette qu'il avait chargé un de ses hommes de faire entendre. Et voici! il se dirigea vers l'Amazone céleste attachée les mains dans le dos, et lui arracha ses habits – détacha de son beau corps son armure et déchira la soie qui lui recouvrait le sein, le ventre, les hanches ou les cuisses. Devant tous elle fut nue, et il posa la main sur elle, et s'apprêta à l'humilier. De sa voix forte il demanda Captain Savoy de regarder ce qu'il faisait – car il entendait l'affaiblir par la douleur, et de son cœur meurtri se rendre maître.

Le Maître des Douze ne broncha pas, se contentant d'abattre son arme, comme à son ordinaire, sur ses ennemis – tâchant toutefois de progresser vers le dais où se tenaient Ortacul et ses prisonniers. Du coin de l'œil il voyait le monstre tenir devant lui l'Amazone céleste et s'efforcer de la pencher malgré sa résistance, et une pointe de colère entra dans son âme, lui qui toujours maîtrisait si bien ses sentiments – du moins le disait-on. Elle était vierge, il le savait, mais il se tenait prêt à tout. Il craignait seulement que ses autres disciples, notamment la Femme de Cristal – si proche de l'Amazone céleste, qu'elle avait failli la suivre dans son effort de reconquête de Chambéry –, il craignait seulement qu'une folle douleur ne sorte ses autres disciples de leurs gonds, et ne les fasse prendre au piège d'Ortacul le Maudit.

Le Léopard des Neiges, enchaîné tout près de l'Amazone céleste et de son tortionnaire, bondit, tendant son lien à l'extrême – à se rompre le cou, qu'il entourait. Mais il put dans son élan envoyer sa puissante queue vers Ortacul, qui en fut vigoureusement frappé, et tomba sur un genou. Aussitôt, humilié devant tous et honteux, il se releva, se dirigea vers son agresseur, et abattit sur son beau visage une pluie de coups de poing et de coups de pied, qui 0000.jpgle couvrirent de sang. Mais à aucun moment le Troisième Disciple ne fit entendre le moindre son plaintif!

Pendant ce temps, le Noton bleu, lui aussi enchaîné, ne restait point inactif. Malgré les coups qu'il en recevait des hommes d'Ortacul, il s'employait à vibrer dans ses liens – ce qui faisait trembler tout le dais, tant sa capacité à se mouvoir vite était grande.

Et voici! la chaîne qui tenait sa jambe droite se rompit, épuisée par la vibration incessante, et levant son pied il en asséna un coup au ventre d'Ortacul, déporté vers lui à la suite d'un crochet puissant donné au Léopard des Neiges. Le monstre, courbé sous le choc, jeta un regard injecté de sang vers cet ennemi.

Sur son ordre un soldat s'apprêtait à trancher la jambe coupable, quand il reçut en plein cœur la lance de Captain Savoy, jetée sur lui à distance; le coup fut si vigoureux que la pointe traversa son corps, tout en le poussant jusqu'au poteau où l'on avait rivé les chaînes des quatre disciples, et que, finalement, elle se planta dans son bois, clouant le malheureux de la façon la plus étrange.

Le voyant sans sa lance, les guerriers d'Ortacul se jetèrent sur Captain Savoy avec une ardeur renouvelée, mais le gardien sacré de l'éternelle Savoie se créa aussitôt, par la puissance de son anneau sublime, une nouvelle arme – plus tendre et souple que la précédente, moins solide et forte, mais qui ne lui permit pas moins de se défendre, et qu'il soutenait de rayons verts, jetés depuis sa bague divine. Il assénait, aussi, des coups virevoltants de ses pieds et de ses mains, adroit comme pas un ne l'est dans l'art du combat, et les voies les plus subtiles de la savate.

La Femme de Cristal, quoique sans heaume, prit sur elle de s'élancer vers Ortacul pour aider ses amis, en se créant un pont de glace qui passa par dessus les ennemis proches – et qui l'emmena, sans qu'elle eût à bouger, juste devant le dais du monstre. De ses mains gantées jaillissait la glace instantanément durcie, cristallisée à toute allure dans la direction qu'elle déterminait – et qui la tirait, elle-même, vers sa vengeance espérée.

Ortacul la vit venir, et comprit que pour le moment il n'aurait pas le temps de mettre ses méfaits en œuvre, et de continuer à torturer les prisonniers placés à sa vile merci. Il se tourna vers la Femme de Cristal – puisque, après 00000000.jpgl'avoir vue agir, il savait qu'il n'y aurait que peu d'espoir à mettre dans ses sbires, s'il s'agissait de se débarrasser d'elle, et de soutenir ses puissants assauts.

Il fit tourner sa main, et un disque de feu apparut, transparent au sein de l'air comme le cristal. Il tournait comme un soleil, et des rayons en partirent, flamboyants et purs. Ils atteignirent la Femme de Cristal au buste, et elle fut précipitée au bas de son propre pont, quoique son haubert n'eût point été rompu. Le choc terrible l'avait tout de même meurtrie, et lui avait coupé le souffle – car les pouvoirs d'Ortacul étaient grands, et il puisait leur source aux profondeurs de la Terre, dans l'abîme propre où se tenait Mardon, et auquel lui avait donné accès Malitroc en personne!

Péniblement elle se releva, mais Ortacul ne la laissa pas respirer. À nouveau il fit tourner son étrange disque flamboyant, et à nouveau des rayons en sortirent, traits de feu répétés. Elle esquiva le premier, mais le second l'atteignit à la hanche, et elle fit entendre un gémissement. Le troisième effleura son front, et du sang en jaillit. Quelques centimètres auraient suffi à lui transpercer la tête, et l'effarement et la peur se lurent sur le visage de Captain Savoy, qui dans ce péril voyait sa disciple.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à ce combat terrible.