29/07/2020

Les saints sur le trône des anges déchus

0000000000.jpgSi je me souviens bien, c'est Jacques de Voragine, l'auteur de la Légende dorée, qui affirme la chose suivante: les hommes saints s'assoient, après leur mort, sur les sièges laissés vacants des anges déchus. Ils deviennent donc des anges à leur place – tandis qu'eux sont devenus des démons. C'était une grande idée du christianisme médiéval, qu'on peut voir encore ailleurs: saint Amédée de Lausanne, par exemple, dit que la sainte Vierge a remplacé Lucifer sur son trône.

Mais qu'implique-t-elle?

D'abord, que les évêques étaient parfaitement conscients que les saints ont remplacé les anciens dieux. Les philosophes en parlent comme si cela rabaissait le christianisme alors que les théologiens eux-mêmes l'ont théorisé, et que les évêques l'ont publiquement recommandé. Bède le Vénérable a recopié la lettre du pape Grégoire adressée à l'évangélisateur saint Augustin (pas celui d'Hippone), et on peut y lire qu'il faut conserver les temples païens, voués à Wotan ou à Donner, mais briser les statues, et les remplacer par des reliques d'hommes qui ont vécu sur terre et à la sainteté avérée. Car on considérait que les reliques étaient un moyen de relier le ciel et la terre – l'ange qu'était devenu le saint consacré, et le corps qu'il avait laissé derrière lui. Il est donc ridicule de dire que les saints sont de simples avatars des dieux anciens, parfois sans même avoir vécu sur terre, car il s'agissait en réalité de dire ceci: les anciens dieux, que sont-ils, sinon des anges qui ont voulu se faire prendre pour des dieux, et donc des démons? Ils ont donc bien déchu. S'ils n'étaient que des hommes, de puissants 00000000.jpgsorciers, comme cela a été aussi dit par les chroniqueurs chrétiens, des démons se tenaient bien derrière eux, se liaient à eux, et ces démons étaient bien des anges déchus, et c'est sur leurs trônes célestes que les saints dont on conserve les reliques se sont assis après leur mort.

Soit dit en passant, j'en vois qui, traitant de superstition le culte des reliques, entretiennent la confusion, et laissent entendre que ce serait une pratique païenne. Inepte. Car les anciens à ma connaissance ne le pratiquaient pas. Seuls les bouddhistes le pratiquent: ce qui reste du Bouddha en tant qu'il fut un homme élevé au rang d'un dieu – au rang d'Indra, disaient les anciens textes –, est aussi un point de passage entre la terre et le ciel. Ces reliques sont des portes – des interstices entre la Matière et l'Esprit –, ou les créent. Le christianisme montre donc qu'il tient du bouddhisme bien plus que le polythéisme, qu'on doit plutôt rapprocher de l'hindouisme. Mais passons.

L'autre implication de l'idée qu'on peut lire chez Jacques de Voragine est que, au ciel, les saints se confondent avec les anges. Les écrits de François de Sales le confirment: il assimilait les deux. Prier les uns était pour lui prier les autres. Mais pénétrons plus avant cette voie.

Les anges sont préposés à des 000000000.jpgphénomènes cycliques: les saisons, par exemple. Dans l'ésotérisme chrétien, Raphaël présidait au printemps, Uriel à l'été, Michel à l'automne, Gabriel à l'hiver. Cela venait de l'ésotérisme juif. Or, Uriel a disparu des traditions chrétiennes populaires, pour être remplacé par saint Jean Baptiste. C'est pourquoi les catholiques le 21 juin fêtent la Saint-Jean. Uriel avait-il donc déchu – avait-il été remplacé par saint Jean? Ou, pour parler davantage comme les Asiatiques, incarnait-il, lui-même, Uriel? Je laisse au lecteur le soin de méditer ce mystère. Un matin, peut-être, la réponse surgira d'elle-même, dans son âme!

Les anges, au-delà de cela, étaient de vivantes idées. En ce sens, le christianisme avait un rapport avec Platon. Mais c'est à condition de laisser celui-ci dans sa majesté propre, et de ne pas l'interpréter selon le matérialisme moderne, qui le ramène à l'idéalisme abstrait. Pour Platon, les idées étaient choses vivantes. Or les anges du christianisme étaient au départ des idées conscientes d'elles-mêmes, des idées-personnes – émanées de l'esprit divin. Rudolf Steiner le confirme, appelant les anges à la fois des pensées divines et des êtres vivants à part entière. C'est ce qu'ils sont, je suis entièrement d'accord avec lui, et cela justifie les allégories. Je veux dire, le genre: car J. R. R. Tolkien, rejetant l'intellectualisme, le disait vide, mais c'est un abus, car, dans l'allégorie, les idées sont des personnes, et cela ne s'oppose pas, les bonnes allégories sont bien des êtres vivants.

Mais le songe de Jacques de Voragine alors signifie que les saints à leur tour sont de vivantes allégories: ils manifestaient, dans leur vie même, des idées pures, et les recouvraient – puisqu'elles les habitaient. C'est même en cela qu'ils furent saints, s'ils le furent authentiquement; car en ce qu'ils avaient d'humain, en ce qu'ils gardaient d'idées purement terrestres, ils ne l'étaient pas, ils restaient ordinaires – ils étaient comme vous et moi. Une fois au ciel, parce qu'ils se sont volontairement mêlés à 0000000000.jpgl'idée pure qu'ils ont saisie, ils se dirigent vers l'étoile où cette idée se meut, où elle vit. Et les églises vouées à ces saints se mettent en relation avec cette étoile, qui occupe une partie du ciel (que les anciens appelaient un temple). Souvenons-nous que Dante a sublimement placé les saints du ciel sur diverses planètes, selon leur nature, et l'idée qu'ils avaient réalisée dans le monde. Charlemagne, par exemple, vivait sur Mars! Dante maîtrisait parfaitement l'art de l'allégorie en tant qu'elle se confond avec la mythologie parce que les idées y sont vivantes.

Dès lors, ce qu'on appelle par exemple dieu du mariage se retrouve dans tel saint, que l'on peut appeler à bon droit le patron spirituel du mariage. La même force morale est symbolisée par les deux figures, parce que les deux figures ont manifesté l'idée impliquée.

De fait, en s'élevant au ciel, l'idée vivante a emporté avec elle une part du corps qu'elle a habité – au moins sa forme épurée, et c'est ce qu'on représente sur les tableaux, dans les églises, avec les auréoles et la lumière, les chérubins et les nuées. C'est pourquoi Dante était un génie: les saints chrétiens 00000.jpgpeuvent parfaitement donner lieu à de la poésie mythologique grandiose – et comme les anciens dieux ils peuvent intervenir dans les combats, les amours, l'histoire, tout ce qui importe à l'être humain! Chateaubriand, Frédéric Mistral, Antoine Jacquemoud ont agi en ce sens, dans leurs vers et récits, et je les en félicite, ce qu'ils ont écrit est très beau. Des légendes populaires aussi l'ont fait.

Encore faut-il suffisamment changer en anges luisants ces saints, pour qu'ils ne gardent pas prosaïquement leur forme terrestre lourde, qu'ils ne gardent pas jusqu'à ce qui n'a certainement pas pu être emmené au Ciel, quand l'Idée qui les portait y est retournée! Car les idées en viennent, n'en doutons pas.

Mais je fais confiance aux poètes, pour cela. Il le faut bien.

21/07/2020

L'Elfe jaune dans l'antre maudit de la butte douée d'âme

000.jpgDans le dernier épisode de cette insigne geste, nous avons laissé l'Elfe jaune, compagnon de Momülc, alors qu'il venait de se libérer d'un monstre mi-pieuvre, mi-plante, mi-homme, et qu'il se faufilait entre ses branches penaudes, voire marchait dessus rageusement.

Toutefois, alors que l'Elfe ainsi domptait la bête, le sang de son flanc ouvert aspergeait en gouttes le sol et les tentacules durs de l'être. À chaque goutte tombant sur eux, un frémissement léger persistait – la nature hideuse du monstre se maintenant même dans son échec infâme.

Mais l'Elfe jaune se faufila sans problème jusqu'au seuil ouvert, et pénétra dans l'antre obscur en longeant les branches qui désormais n'osaient plus le toucher, tant il avait de vigueur à les briser ou à les trancher. Puis il vit, au loin dans l'obscurité, tout près du sol, un reflet d'yeux malins et cruels, qui clignaient, et où une lueur de peur, à cette apparition lumineuse du Premier Disciple, désormais se décelait. Nombreux étaient-ils, ces yeux ronds et noirs – et sur un éventuel visage disséminés sans ordre clair, comme si cet être eût été multiple – comme s'il n'eût été qu'un informe amas de plusieurs êtres mêlés. Quel père démoniaque de cette masse ignoble avait pu les mâcher et les recracher pour former cette entité unitaire, Dieu seul sait. Puis quelle magie, quel art immonde avait pu donner vie à ce monstre, il serait bien difficile de le dire. Mais aussi, mieux vaut ne pas entrer dans ces mystères, car ils pourraient ôter la raison aux hommes imprudents qui s'y risqueraient.

Cependant, l'Elfe jaune, lui, n'avait point peur. À ses pieds désormais luisaient des ailes formées de fines flammes, car en lui le feu était revenu plus fort que jamais. Même sa blessure, qui avait longtemps goutté et qui avait paru si profonde, déjà se refermait: les forces de vie qui emplissaient son corps accomplissaient cet office. Une bulle de clarté molle, traversée d'irisations mouvantes, l'entourait, éclairant l'air autour de lui.

En vérité l'œil aguerri, ou initié par quelque ange, eût pu voir à sa blessure s'affairer des gnomes, suspendus à son flanc. Y demeurant comme le long d'une falaise aux subtils rebords, ils tissaient de fils mystérieux une 0000000000.jpgcouture inconnue, aussi belle que vivante, et reformaient sa peau. De leur haleine leurs épouses fines et ravissantes vivifiaient ce fil d'or, achevant de faire disparaître sa triste plaie. Car tel était le pouvoir des disciples de Captain Savoy, qu'ils disposaient d'êtres élémentaires à leur service pour les soigner au combat et les rendre quasiment invincibles, et immortels.

Quand ce travail de chair tissée fut achevé, miracle suprême, d'autres gnomes surgirent – d'un rang plus noble, plus élevé, plus digne, semblant plus près du ciel que les précédents, ressemblant davantage aux anges dont ils émanaient. Car il faut le savoir, en passant les anges laissent sur leurs pas ces êtres élémentaires, qui naissent d'eux à mesure qu'ils marchent, et qu'on voit surgir de leurs pieds, de leurs flancs, de leurs mains, de leurs bouches, selon les cas. Cela aussi est un grand mystère, sur lequel nous reviendrons un autre jour.

Et voici! ces autres lutins de leur art consommé réparèrent son haubert rompu, sans que l'Elfe jaune en fût gêné dans sa marche propre: sans l'empêcher de marcher, de bouger, de lever les bras s'il en avait besoin, ces êtres petits et fins reforgèrent ses mailles d'or qui lui faisaient comme une seconde peau, révélant en même temps sa nature divine cachée, puisque c'est de sa propre énergie sacrée que les gnomes tiraient le métal dont elle était faite. Liée par divers conduits aux étoiles, cette énergie était captée, concentrée et purifiée, pour former les mailles de son haubert, nouveau mystère. De telle sorte que ce qui apparaissait le plus à l'extérieur était en réalité ce qui manifestait le plus l'intérieur de l'Elfe jaune, et que son costume, en un 0000000.jpgcertain sens, lui ressemblait plus que sa propre peau. Entendez cela, âmes de peu d'éveil! Car c'est plus important qu'on pourrait le croire, et en même temps nous ne pouvons, présentement, nous y attarder.

Et le costume était fait de rêves profonds qu'avait le Premier Disciple, de rêves durcis et affinés, et il en était d'autant plus fort et puissant, il en recelait d'autant plus de merveilleux secrets, de ressources incroyables. Une grâce venue de l'arc de la Lune le permettait, et c'est aussi elle qui l'entourait de son feu légendaire, et mettait des ailes de flamme à ses pieds. Adalïn, épouse lunaire de Captain Savoy, intervenait dans l'accomplissement de cet adeptat, et les êtres qui l'entouraient et disposaient des officines à cela destinées, lui obéissaient. Les onze disciples plus un bénéficiaient de ce don des astres, et l'Elfe jaune ne pouvait pas, ainsi, sentant sur lui la main de la belle princesse de la Lune, avancer devant lui avec courage, plein de foi en lui-même et en ses protections saintes. Ce n'était plus de son côté, non, qu'était désormais la peur, mais de celui de cette pieuvre-arbre qui l'avait attaqué, et qui maintenant devant lui fuyait. Elle n'offrirait ainsi plus d'obstacle sur son chemin vers Arcolod le Meurtrier. Et sa traînée sanglante, sur le sol éclairé par la pierre frontale de l'Elfe, était toujours visible, aisée à suivre, jetant sous la lumière des reflets humides.

Fuyant devant l'éclat de ses rayons, l'arbre que douait une âme s'affairait à rétracter ses branches, et l'Elfe jaune les voyait glisser le long des parois de la grotte, emportant avec elle de la glaire venue d'on ne sait où. 0000000000000000.jpgL'être immonde s'enfonçait dans des profondeurs obscures, disparaissait dans des ténèbres insondables, comme s'il avait été accroché à l'abîme par on ne sait quelle queue infinie. Il reculait de plus en plus vite, à la façon d'un crachat avalé, tombant dans on ne sait quel puits – dont l'Elfe jaune lui-même, tout triomphant qu'il était, frissonna à la pensée de son fond. Se pouvait-il, songea-t-il, qu'il était entré dans la gueule d'un monstre énorme dont l'être-pieuvre n'était qu'un parasite, une sorte de ver vivant dans son œsophage et parfois sortant de sa bouche, quand il le lui ordonnait pour ses besoins? L'horreur d'une telle perspective faillit immobiliser l'Elfe jaune, dont le pas hésita: pouvait-il entrer sans crainte dans le corps d'un tel être? Mais il le fallait, et il était prêt à tout obstacle, à tout ennemi.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette aventure effrayante, et de la chasse de l'Elfe jaune à Arcolod le Traître.

13/07/2020

L'ordre divin est la source des lois

000.jpgIl y a quelque temps, j'ai évoqué l'idée de Cicéron selon laquelle la tâche de l'être humain, âme divine dans un corps mortel, était de placer sur Terre l'ordre divin – tel qu'il s'exprime dans l'harmonie des étoiles, et fait de mesure et de constance, c'est à dire de lois. Les lois sociales sont en réalité inspirées des lois physiques. Mais des lois physiques telles qu'elles se contemplent dans l'ordre céleste, reflétant la volonté des dieux.

Ceux-ci, en apparence, se conduisaient mal, mais Cicéron reprenait l'idée de Platon selon laquelle les histoires qu'on racontait en ce sens étaient fausses, juste faites pour flatter les bas instincts de l'être humain, qui cherchait par ces contes des justifications à ses mauvaises actions.

Le philosophe romain plaçait au ciel surtout les âmes de ses compatriotes vertueux, comme les Juifs plaçaient leurs héros, dignes fils de Yahvé, dans le sein d'Abraham leur ancêtre. Les étoiles signalaient, dans leur éclat et leur ordre, cette vertu – et le visage des héros s'apercevait en leur sein. Comme on disait, ils allaient, à leur mort, ad astra.

Or, comme je l'ai suggéré il y a cinq mois, c'est à peu près la pensée de Pierre Teilhard de Chardin, qui regardait l'univers comme mû en profondeur par Jésus-Christ – lequel était en même temps un homme divinisé, la fleur de l'humanité placée au centre mystique du cosmos. Il croyait que l'œuvre technique et politique de l'être humain avait pour vocation de spiritualiser la Terre, de la transformer, de l'échauffer jusqu'à la rendre divine – jusqu'à en faire pour ainsi dire une étoile.

Rudolf Steiner allait aussi dans ce sens qui n'est pas celui des mystiques rejetant la Terre, ni celui des mystiques qui la divinisent, mais celui qui aspire à sa métamorphose, à la modeler selon le royaume divin tel 00.jpgque l'âme en reçoit l'image, notamment au cours de l'initiation.

Mais dans quel but ultime? Cicéron, à ma connaissance, n'en parle pas. Et quelques siècles après lui, Boèce, qui disait aussi que les lois terrestres aspiraient à refléter les harmonies célestes, ne révèle pas pourquoi il faut œuvrer en ce noble sens. Cicéron en parle même comme d'un réflexe naturel: comme l'homme a une âme divine, il a envie que son environnement terrestre ressemble à son origine céleste. Il a envie, pour ainsi dire, que règnent la liberté, l'égalité et la fraternité! Toutefois, il appelle également l'homme gardien, comme s'il avait une mission à accomplir...

Steiner en dit plus long, sur la question, lorsqu'il affirma que la Terre spiritualisée par l'action humaine noble et inspirée par le Ciel s'arracherait finalement à son enveloppe physique, et créerait une planète nouvelle, dite éthérique. Là, les hommes auront un corps glorieux, seront devenus tels que des anges.

C'est à dire qu'ils auront une forme, et des organes permettant de la distinguer, et de la ressentir comme pleinement réelle, substantielle – permettant aussi de communiquer, pour ainsi dire directement par la pensée. Mais ils n'auront plus de corps physique au sens le plus lourd.

Il a appelé cette planète nouvelle, transfiguration de l'ancienne, la nouvelle Jupiter, sans qu'on comprenne forcément le rapport avec la Jupiter actuelle. Il y en a sans doute un. Et quant à l'élément physique de la 0000000.jpgTerre que ne sera pas parvenu à s'intégrer à cette cité sainte, il s'affaissera sur lui-même dans une pourriture momifiée et apparemment immortelle, un enfer réalisé, une prison pour Ahriman et ses affidés, toujours plus crispée sur ses derniers habitants. De fait, contrairement par exemple à Victor Hugo, Rudolf Steiner ne croyait pas que tout le monde serait sauvé, parce qu'il distinguait des évolutions successives, au lieu, comme le grand poète français, d'opposer simplement la matière au feu qui l'enflamme et la dissout – ce qui est un peu facile, en même temps que d'un mysticisme excessif.

Pour Teilhard de Chardin, il fallait rester optimiste: il l'était apparemment plus que Rudolf Steiner – peut-être en bon jésuite. À moins qu'il ne le tienne d'une incarnation antérieure, qu'il ait été Cicéron dans une autre vie, car celui-ci ne croyait pas non plus à l'enfer, il disait que les âmes vertueuses allaient au ciel, et que les autres ne faisaient rien, disparaissaient. Cicéron était optimiste, il croyait à la divinité de Rome, et qu'Octave n'était qu'un jeune homme sans envergure – que le destin de Rome était de rester une magnifique république. Le résultat est qu'il a été proscrit, et tué sauvagement. En tout cas cette mort semble lui avoir 00000000000000000000000.jpgdonné tort, ainsi que la suite de l'histoire romaine.

Teilhard de Chardin toutefois était chrétien – et donc plus lucide, quoique les philosophes disent. Car il est dans le dogme chrétien qu'il y ait un Jugement dernier, séparant les justes des infâmes, et créant deux mondes distincts – notamment une Jérusalem céleste dans laquelle les justes ressuscités auront un corps glorieux: cela ressemble à la nouvelle Jupiter de Rudolf Steiner, et il est avéré que dans quelques écrits, Teilhard de Chardin a admis cette séparation fondamentale, même s'il voulait croire, en principe, à l'action gracieuse et efficace de la Providence, au travers de ce qu'on appelle l'Évolution.

Il restait un noyau irréductible d'Ahriman, rappelant la façon dont Jésus n'a pas pleinement vaincu ses tentations dans le désert. Une invincibilité satanique demeurait, dans la pensée de Rudolf Steiner, qui justifiait une certaine vision tragique du monde, qui était aussi celle de J. R. R. Tolkien. Ahriman reste présent, plus que les anges du ciel, il reste plus proche des hommes, et dangereux. L'esprit est moins directement accessible que la matière, pour un être humain dont l'âme peut bien être d'origine divine, mais qui n'en vit pas moins sur terre, au présent.